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Qu’est-ce qui motive le grand nettoyage en cours au Quai d’Orsay ?
   Par Romain Mielcarek, atlantico.fr | Webnews |  Lundi 18 mars, 2013 14:02  | Consulté 3587  fois  | 0 commentaires   Favoris
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International | Mots Clés: Quai d’Orsay, Grand nettoyage, France, Fabius, Limogeage
source: Webnews

Atlantico : Plusieurs personnalités du Quai d'Orsay ont récemment été remerciées. Mises en causes pour leurs erreurs d'analyse sur l'ensemble de la zone sahélienne, d'autres facteurs pourraient avoir participé à ces changements de têtes. Pouvez-vous nous décrire l'ampleur de ces remplacements, les raisons et les motivations évoquées ?


Emmanuel Dupuy : En effet, il semblerait que le ministère des Affaires étrangères poursuive désormais ostensiblement ce qui apparaissait jusqu’ici comme une véritable "chasse aux sorcières" menée plus discrètement. Cette traque interne des éléments jugés "hostiles" susceptibles de parasiter la conduite actuelle du dossier malien a fait au moins trois victimes, mais ce n’est qu’un début.


Après le limogeage brutal de la directrice de la Direction Afrique-Océan Indien (DAOI), Elizabeth Barbier, l’automne dernier, nommée depuis comme ambassadrice en Afrique du Sud, dont l’incompatibilité d’humeur avec Laurent Fabius était notoirement connue, c’est le sous-directeur Afrique de l’Ouest de la DAOI, Laurent Bigot qui vient, à son tour, de se voir notifier son congé "sous 48 heures" par sa hiérarchie, sans explication ni affectation. En charge du dossier malien, parmi les reproches les plus sérieux, figurent des prises de paroles répétées quant à la corruption endémique qui a gangréné le système politique malien sous le régime d’Amadou Toumani Touré et au-delà du Coup d’état du 22 mars 2012…


Il ne s’était, du reste, pas seulement contenté de focaliser ses critiques sur le Mali, mais n’avait pas hésité - au cours d’une conférence à l’FRI en juillet dernier, immortalisée par une vidéo qui circule dans les réseaux sociaux – à élargir son propos à plusieurs Etats de la bande sahélo-saharienne, notamment le Burkina-Faso ; où, il est vrai, le président Blaise Campaoré semble très affaibli, comme sont venues le prouver les dernières élections législatives et municipales de décembre dernier.


C’est, entre autre, cette critique dans la continuité qui lui est surtout reproché, au moment où la France cherche à ancrer la stabilisation politique à Bamako, à l’aune de la tenue des élections d’ici le 31 juillet prochain, condition préalable au passage de relais entre l’action militaire que Paris mène depuis maintenant deux mois, dans l’attente de la mise en place de la MINUMA (Mission des Nations Unies au Mali) d’ici avril ou plus vraisemblablement avant l’été.


Par ailleurs, Laurent Bigot s’était récemment montré très critique à l’encontre de la décision française de s’appuyer sur un gouvernement intérimaire contesté et une armée suspectée d’exactions à l’encontre des populations civiles, et, dans le même temps, de favoriser "exclusivement" le MNLA, en utilisant ses hommes pour mener à bien la bataille du Massif des Ifoghas.


N’oublions pas non plus, qu’avant lui, l’ambassadeur Jean-Félix Paganon - en poste au Caire, jusqu’à sa nomination en juin dernier par Laurent Fabius comme son Représentant spécial pour le Sahel - avait été remercié fin janvier. Celui-ci reste, lui aussi, toujours dans l’attente d’une nouvelle affectation. Ce dernier, bien que demeurant Conseiller diplomatique du Gouvernement, semble bel et bien écarté du dossier malien, dont il était pourtant un des fins connaisseurs.

Faut-il voir une motivation politique à ces remplacements dans la diplomatie française ? Que sait-on des remplaçants pressentis ?


Certains médias n’hésitent pas, en effet, à évoquer une "purge" sans précédent. C’est sans doute vrai quant à la forme, néanmoins certains diplomates éconduits avaient été nommés depuis mai 2007 !


Je serai donc plus nuancé, sur le fond, en plaçant aussi cette décision sur le compte de la sempiternelle querelle entre tenants de l’approche sécuritaire et partisans d’une approche plus globale qui implique une action de développement et de coopération en amont, qui, il est vrai, a failli à se mettre en place au Sahel.


Certains y voient un épisode de la guerre pichrocholine entre ministères de la Défense et des Affaires Etrangères. C’est ainsi un ancien militaire, passé dans le privé, fin connaisseur des arcanes sécuritaires de Bamako qui assure désormais une mission similaire de coordination interministérielle Mali-Sahel (MMS) au sein de la DAOI. Cette nouvelle "task force" semble néanmoins faire la part plus belle au volet sécuritaire et diplomatique, aux dépens de ceux liés au développement.


Ancien gendarme et Saint-cyrien, Gilles Huberson, avait rejoint en septembre l’ambassade de France à Bamako pour opérer comme officier de liaison entre le Quai d’Orsay et la Défense. Selon certaines sources diplomatiques, il a fait partie, aux côtés de la DGSE, des discussions initiées à Kidal avec les responsables locaux et les chefs des grandes tribus touarègues, dont le très influent chef Ifoghas Intalla ag Attaher.


D’autres changements spectaculaires devraient très certainement venir. On évoque le départ de l’actuel ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain, ou encore notre ambassadeur au Tchad, Michel Réveyrand de Menthon. Ce dernier, époux de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, fut auparavant ambassadeur à Bamako et pourrait avoir une promotion, en l’occurrence atterrir à la tête de l’Agence Française de Développement (AFD) !


Difficile donc de parler uniquement de motivations politiques…

De tels changements sont-ils anormaux ? Les changements de gouvernements précédents n'ont-ils pas entraînés le même type de grands nettoyages dans l'institution diplomatique ?


Certainement. Chaque nouveau gouvernement a besoin de s’appuyer sur des hommes et des femmes de confiance, notamment dans les zones où ses intérêts sont les plus exposés. C’est le cas aujourd’hui au Mali ; ce fut vrai en Tunisie, aux lendemains de la révolution du Jasmin en 2011.


Le "protégé" de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon remplaça Pierre Ménat, à qui l’on reprochait de n’avoir pas su déceler les ferments du "Printemps arabe", en février 2011. Moins d’une année et demi après, le même Boris Boillon fut rappelé précipitamment et remplacé par François Gouyette, réputé plus à gauche !


Au-delà du grand nettoyage que vous évoquez, j’y vois aussi un changement dans la sociologie de nos représentants à l’étranger et peut-être une évolution de la fonction d’ambassadeur. Faut-il y voir un effet "WikiLeaks", dont une des conséquences aura été aussi de montrer des différences notables de cultures diplomatiques entre alliés : la France restant sans doute trop rétive à prendre en compte la prégnance de la société civile dans les Etats où elle dispose de représentations diplomatiques.


Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner n’avait pas hésité à nommer des hommes et des femmes, distancés de la culture du Quai. L’écrivain Daniel Rondeau avait été nommé à Malte en 2008 puis à l’UNESCO en novembre 2011. Eric Chevalier, médecin de profession, issu du milieu des ONG, est toujours ambassadeur de France - du moins en titre – en Syrie.


On se souvient aussi que l’académicien Jean-Christophe Ruffin avait été nommé au Sénégal en août 2007, poste qu’il quitta avec fracas en 2010…ce qui ne l’a pas empêché de participer activement à la campagne interne au PS de Martine Aubry.


Bref, si les changements d’ambassadeurs n’est pas l’apanage de la gauche, il semblerait que l’on observe une reconcentration autour des fonctions régaliennes du ministère des Affaires étrangères. S’il en fallait une preuve supplémentaire, il suffirait de constater l’amenuisement progressif des Ambassadeurs thématiques "en mission" qui avait fleuris sous la précédente mandature (piraterie, prévention des conflits en Afrique, auprès des familles du vol AF447, droits de l’homme, relations avec la société, investissements internationaux…).

Risque-t-il d'y avoir des conséquences sur le terrain, dans la gestion de l'intervention au Mali et des autres enjeux internationaux qui y sont liés ?


J’en vois au moins un : celui d’une certaine forme de déséquilibre dans la gestion du dossier malien dans un cadre sahélien. Le Secrétaire général des Nations unies a nommé comme son Représentant spécial, l’ancien Président du Conseil italien, Romano Prodi.


L’UE a - enfin - désigné son Haut-Représentant le 20 janvier dernier, après moult tergiversations au sein du Service européen pour l’action extérieure. Ce dernier peut, du reste, s’appuyer sur 50 millions d’euros que l’UE a décidé de débloquer pour soutenir la stabilisation au Mali.


L’Union africaine a choisi, le 25 octobre dernier, l’ancien président de la République du Burundi, Pierre Buyoya comme son Haut-représentant pour le Sahel. Les Etats-Unis souhaiteraient eux aussi élargir le dossier malien à une vision plus sahélienne, comme les y incite la mise en place de leur stratégie du "Transsaharian Counter Terrorism Partnership".


Bref, la France en désignant Gilles Huberson, au profil nettement plus sécuritaire, très impliqué dans la gestion des dossiers sensibles aux côtés de nos services de renseignement-au premier chef desquels celui des otages français - que son prédécesseur, diplomate confirmé, Jean-Félix Paganon, semble indiquer que la question malienne restait avant tout un dossier estampillé "secret défense", et pour l’heure focalisé sur le seul cas du Mali, et ce au grand dam de certains de nos diplomates…


Il faut néanmoins aussi tenir compte du fait que ce dossier aux volets sécuritaires nettement plus marqués que d’autres dossiers africains est suivi avec une très grande attention par la cellule Afrique de l’Elysée, même si la dimension "développement et solidarité internationale" de celle-ci est plus marquée que celle de la précédente mandature.


Propos recueillis par Romain Mielcarek

 

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