10 choses que vous ignoriez peut-être sur les règles

  • Source: : Nouvelobs.com | Le 11 janvier, 2017 à 16:01:14 | Lu 21056 fois | 1 Commentaires
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Instagram avait censuré cette photo de l'artiste Rupi Kaur ( Instagram © Rupi Kaur)

 femmes sont victimes d'"inégalité menstruelle" : c'est ce qu'affirme Elise Thiébaut dans "Ceci est mon sang" (Editions La Découverte). Les règles sont en effet un sujet dont on s’autorise rarement à parler dans l’espace public - notamment pour éviter un malotru "T’as tes ragnagnas ou quoi ?".

Dans son ouvrage, elle raconte avec humour ses 40 ans de femme menstruée et balaye d'un point de vue aussi bien historique que scientifique le parcours de ces saignements auxquels on a attribué tous les maux. L'objectif de la journaliste : briser le tabou de "cette expérience qui, pour être d’une banalité absolue, était si peu partagée, si peu racontée qu’on aurait pu croire que les règles étaient au fond un phénomène imaginaire - comme les licornes ou les sirènes".

1 Parler des règles, un acte féministe

"J’avais envie d’écrire sur mon expérience féministe en me demandant ce qui avait pu constituer un frein à mon émancipation et j’en revenais toujours à cet épisode des règles", explique Elise Thiébaut à "l’Obs".

"Lors de nos premières règles, on nous dit 'Ça y est, tu es une femme', puis il faut immédiatement les cacher. Comment estimer l’impact sur soi quand ce qui fait de vous une femme est censé vous faire honte pendant 40 ans ?"

"Les règles supposent une stratégie pour les cacher : il faut prendre ses dispositions pour faire du sport ou voyager, demander une protection à voix basse, pudiquement. Pourtant, c’est quelque chose qui est très présent dans nos vies", ajoute-t-elle. Alors, la journaliste a voulu poser tranquillement la question : c’est quoi les règles ?

"Je ne sais pas ce qui m’est arrivé pendant 40 ans, de la même manière que M. Jourdain ne sait pas qu’il fait de la prose", sourit-elle. Son livre n'emploie pas un ton militant, mais plutôt bienveillant, "de façon à ce que les femmes puissent se considérer avec tendresse et sourire en pensant à leurs propres règles. Le phénomène doit arrêter de dégager une aura négative. Après avoir lu ce livre, les hommes et les femmes se regarderont peut-être autrement."

2 Le travail de sape des règles, un mal ancien

Diaboliser le sang menstruel, beaucoup d'hommes s'en sont chargés au fil des siècles. Hippocrate, en observant des femmes soi-disant de mauvaise humeur jusqu’à l’arrivée de leurs règles, en déduit qu’il faut saigner pour être en bonne santé afin d'évacuer les "humeurs mauvaises". C'est à lui qu'on devrait la pratique de la saignée. Pline l’Ancien lui estimait qu'une femme "gâterait pour toujours des jeunes plants de vigne si elle se dénudait devant eux pendant ses périodes de lever au soleil". Arriéré ? En 1920 encore, pas si loin de nous, le docteur Béla Schick élaborait la théorie des ménotoxines, qui veut que les femmes indisposées produisent des sécrétions nocives capables de faire pourrir les végétaux autour d’elles.

Les légendes urbaines ont prêté de nombreuses vertus et tares au sang menstruel : la capacité d'aigrir la bière et le vin, de faire tourner le lait et la mayonnaise, de gâter les conserves, et même de servir d'insecticide puisqu’on envoyait encore au début du XXe siècle en Anjou les femmes menstruées courir dans les champs de choux pour exterminer les chenilles. 

3 Les règles pourraient être à l'origine de la division du travail

Selon une thèse de l'anthropologue Alain Testart, "ce serait l'interdiction symbolique de mélanger les sangs (sang menstruel et sang jaillissant)" qui aurait pu mener à la division sexuelle du travail. Aux hommes donc, l'extérieur (chasse, pêche) et le travail sur les matières dures (métal, bois, pierre). "Les armes que n'utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang", résume le chercheur. Les activités des femmes consistent alors à tisser, fabriquer des poteries ou confectionner des paniers.

4 Avoir "ses ourses" ou "ses ragnagnas"

Avoir ses ourses, ses fleurs, ses coquelicots, ses jours, son rosaire, son ketchup ou son coulis de tomates : le vocabulaire imagé ne manque pas quand il s'agit de désigner les règles. Les Hollandais s'illustrent particulièrement. Chez eux, on "hisse le drapeau rouge" ou le "drapeau japonais", ou bien on dit "La Ferrari est devant la porte". En France, quand on utilise le fameux "Les Anglais ont débarqué", on ne fait pas référence à la Seconde guerre mondiale mais à la guerre de 1815 que les Français ont perdu à Waterloo, devant des Britanniques en uniforme rouge. Quant aux "ragnagnas", l'expression vient du mot gascon "arrouganh", signifiant désir ou envie.

5 Les serviettes ne sont apparues qu’au XIXe siècle

Le musée de la menstruation donne à voir des schémas d’un guide allemand du début du XXe siècle qui permet de fabriquer des culottes menstruelles avec des serviettes amovibles, allant du nombril aux reins. Car les premières serviettes externes jetables n'ont été commercialisées qu'à partir de la fin du XIXe siècle, sans succès, puisque la publicité, jugée inconvenante sur ce sujet, était interdite.

Le premier tampon a été inventé sous le nom de Tampax en 1937 par Earle Cleveland Haas, médecin généraliste américain, qui le conçoit dès l’origine avec un applicateur. Il faudra néanmoins attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour qu'il prenne son essor. En France, la marque Tampax est commercialisée à grande échelle à partir de 1951. C'est à la même époque que l’ingénieur allemand Carl Hahn créée le tampon OB (Ohne Binde, sans serviette), sans applicateur. 

6 On ne connaît pas la composition des tampons et serviettes

Selon les statistiques relevés par Elise Thiébaut, en 40 ans de vie menstruelle, une femme utilise entre 12.000 et 15.000 tampons, serviettes hygiéniques et protège-slips, pour un coût de 2.500 euros et une tonne et demi de déchets. 

Le marché de la protection périodique représente 26 milliards de dollars dans le monde. Il se répartit entre trois grands groupes : Procter & Gamble (qui a racheté Tampax en 2001), Johnson & Johnson (qui a racheté OB) et Kimberly-Clark, auxquels on peut aussi ajouter SCA, propriétaire de Nana.

(B. BOISSONNET/BSIP)

La composition des protections a bien évolué : au coton, on a ajouté ou soustrait cellulose, viscose, plastique, parfums, et autres. En réalité, on ne sait pas vraiment ce que contient une serviette ou un tampon. Comme le rappelle Elise Thiébaut, les produits d’hygiène corporelle en France ne sont pas soumis à la même législation que les cosmétiques, mais à celle relative à la fabrication du papier, et donc contrôlés par aucune autorité sanitaire. Ensuite, les marques se retranchent derrière le secret industriel pour ne pas révéler la composition de leurs produits. En France, Mélanie Doerflinger, une étudiante de 19 ans, a tiré la sonnette d’alarme en juillet 2015, avec une pétition sur le site Change.org qui demande de "rendre visible les compositions des tampons de la marque Tampax?" et qui réunit près de 260.000 signatures.

Elise Thiébaut enfonce le clou auprès de "l'Obs" :

"Il est temps qu’on sache ce qu’on se met dans le corps, directement sur les muqueuses, 5 jours par mois, pendant 40 ans. Il faut faire pression auprès des fabricants, avec le soutien des pouvoirs publics."


7 La taxe rose, un combat gagné récemment

Avant décembre 2015, chaque boîte de protections hygiénique était taxée 20% contre 5,5%, le taux réservé aux produits de première nécessité. Sous la pression d’associations féministes et de l’opinion publique, l’Assemblée nationale a finalement voté la réduction de cette TVA.

"A ceux qui ne considèrent pas la protection hygiénique comme un produit de première nécessité, j’aimerais rappeler que c’est une des premières choses que demandent les femmes qui vivent dans la rue, dans des zones de guerre ou de grande pauvreté", écrit Elise Thiébaut.

8 Les premiers symptômes de l’endométriose remontent à l’Egypte

Lena Dunham a révélé récemment qu'elle souffrait d'endométriose, qui se manifeste par la prolifération de tissus de l’endomètre (muqueuse qui recouvre l’utérus) dans d’autres organes : ovaires, vessie, intestin, voire parfois poumons ou reins, et suscite de très vives douleurs au moment des règles.

Mal comprise, cette maladie est pourtant très ancienne. Selon un article du docteur Erick Petit, fondateur du centre de l'endométriose à l'hôpital St-Joseph à Paris, relevé par Elise Thiébaut, cette maladie était "probablement connue des Egyptiens dès 1855 avant Jésus-Christ. [...] Platon lui-même fut un des premiers à signaler l’extrême douleur de certaines femmes et liée à l’utérus".

(Creative Commons)

Au Moyen Age, les symptômes sont pris pour des signes de possession démoniaque, au XVIIe siècle, pour de la sorcellerie. "Ça m’a émue de voir que des femmes ont été diabolisées, maltraitées, traitées comme folles alors qu’il s’agissait d’un mal physiologique", souffle Elise Thiébaut. C’est en 1927 qu’apparaît le terme d’endométriose, attribué au chirurgien gynécologique américain John A. Sampson. Cependant, jusqu’aux années 1970, 70% des cas n’étaient pas détectés.

9 Le secret de la vie dans le sang des règles ?

En 2007, des scientifiques analysent le sang des règles et découvrent des cellules capables de se multiplier beaucoup plus vite que les autres cellules souches. Celles-ci pourraient offrir des perspectives inédites, comme devenir un médicament pour certains cancers, des maladies cardiaques ou la maladie de Parkinson.

Plusieurs expériences se sont montrées concluantes : rétablissement de la circulation artérielle sur des souris atteintes d’artérite avancée des membres inférieurs, traitement du diabète chez les souris. Aux Etats-Unis, le laboratoire Cryo-Cell a ouvert dès 2007 une banque de sang menstruel, promettant aux femmes de soigner avec leurs propres cellules les maladies qu'on ne sait pas encore traiter et les enfants qu'elles n'ont pas encore.

10 Beaucoup de progrès à faire

Pour mieux lever le tabou, Elise Thiébaut a quelques idées de mesures concrètes. Selon elle, "des distributeurs de serviettes et de tampons pourraient être installés dans les cafés, dans les toilettes. Il y a bien des distributeurs de préservatifs. Les femmes prennent le risque d’être coincées et doivent toujours prévoir. Pour l'instant, l’hygiène menstruelle n’est pas prise au sérieux".

Ensuite, elle estime que "beaucoup de questions médicales sur le bien-être des femmes ne sont pas suffisamment traitées". Elle suggère une coopérative transnationale, où les femmes partageraient les informations avec des scientifiques et discuteraient des priorités à donner à la recherche. Pour Elise Thiébaut, "réinventer les règles", c’est "trouver un espace de liberté à chacun pour se vivre mieux".


Auteur: Nouvel Obs - Nouvelobs.com




Commentaire (1)


Anonyme En Janvier, 2017 (19:21 PM) 0 FansN°: 1
Il fallait effectivement censurer cette image très choquante. Un dessin illustratif aurait suffi.

Mais, pour intervenir sur ce thème, je pense que toute femme prudente doit garder avec soi un tampon. On ne sait pas quand elles peuvent arriver. J'ai vécu cette expérience malheureuse au lycée et là où je travaille. Ce qui fait qu'à chaque fois, je ne sors jamais sans serviette hygiénique.

Des problèmes de retard de règles aussi j'en ai connu. Ils ont accentué ma peur de ne pas enfanter un jour et d'ailleurs jusqu'à maintenant. Il n' y a pas de médicaments véritablement efficaces pour régulariser les règles. Plutôt, les médecins, les sages femmes- sénégalaises ne m'aident pas vraiment. Au lieu de me soigner, ils se mettent à me chercher des partenaires sexuels partout. Ils me soupçonnent sans coup férir. Un médecin me tripotait les fesses et m'assénait de questions. Le pire, c'est qu'il envisageait de mettre quelque chose dans mon vagin ,un appareil hyper perfectionné d'après lui, pour enlever cette prétendue boule de sang dans mon ventre. Parait-il, mes retards de règles étaient la cause de mon ballonnement et le sang s'était concentré sur cette partie-là qu'il fallait extraire. Alors qu'à cette période là, j'étais encore très innocente.

Mes règles ont plus ou moins perturbé ma vie et à l'âge de 36 ans, le fait de penser à donner une vie me révulse.

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