Comme explication à la non-poursuite des 33 entrepreneurs au moment où seulement 4 autres, dont Bara Tall, sont envoyés à la barre pour les mêmes fautes de surfacturation dont les experts les accusent, le procureur de la République a soutenu qu'il revenait au juge de le faire.
La poursuite sélective des quatre entrepreneurs Marwane Zaheim, Massamba Samba Sall, El Hadji Seyni Seck et Bara Tall pour surfacturations, là où ne sont pas inquiétés 33 autres entrepreneurs accusés des mêmes fautes dans le même rapport, dont son propre frère, ce que l'opinion perçoit comme de l'acharnement sur Bara Tall, le procureur de la République, Ousmane Diagne, s'en est expliqué. Et c'était pour dire : «Le juge d'instruction, s'il avait estimé devoir inculper les autres gens dont vous parlez, il l'aurait fait. Et là, le ministère public que je représente n'aurait eu absolument aucun moyen de s'y opposer. Parce que le juge est souverain».
Estimant que «le procureur de la République aurait pu peut-être faire la demande», Ousmane Diagne précise : «Au moment de l'instruction, on n'a pas jugé cette requête opportune et l’on ne l'a pas faite». Ne trouvant plus pertinent d'épiloguer sur la non-poursuite de l'écrasante majorité des auteurs de la surfacturation reprochée à Bara Tall, le Procureur clame : «Je ne pense pas que la question est de savoir ce qui aurait dû être fait. En tout état de cause, l'affaire est actuellement dans sa phase délibérative. Si le tribunal estime prendre une décision quelle qu'elle soit, je suis certain qu'il le prendra en toute indépendance et c'est ça l'essentiel».
De l'avis du procureur de la République, «dans le cadre de cette affaire, c'est vrai qu’il y a quelqu'un qui est apparenté à moi, mais je n'en ai jamais parlé. Et en tout état de cause, je vous dis que quand je suis arrivé, quand j'ai pris cette affaire-là, il y avait déjà un réquisitoire supplétif qui avait été rédigé. Et depuis lors, le juge d'instruction ou les juges qui s'occupaient de cette affaire avaient toute latitude de parler de cette affaire, de prendre des décisions qu'ils avaient à prendre. Et il aurait appartenu au juge, s'il le souhaitait, de devoir tout simplement prendre les mesures qu'il fallait». Dans la même veine, il indique : «Dans le cadre de cette affaire, moi en tant que procureur de la République, je suis magistrat du ministère public, j'initie des poursuites, les défends, le juge prend les mesures qu'il veut et à l'issue, si véritablement il y avait même un proche qui était impliqué, il aurait tout simplement fait l'objet d'un renvoi comme tous les autres. Mais, en aucun moment, il n'a jamais été question dans le cadre de cette affaire de la personne dont vous parlez, qui est effectivement mon frère, mais cette personne elle a été citée comme témoin, elle a été entendue comme témoin, comme les autres, terminé».
Aucune poursuite contre son propre frère épinglé par le rapport pour 124 millions
Faisant comprendre que le parquet et le tribunal ont des rôles distincts à jouer, le Procureur soutient : «Je n'ai aucune autorité sur le tribunal. Je n'ai pas à lui dicter ma volonté et mes désirs. Le tribunal est souverain, le parquet n'est qu'une partie au procès. Le parquet est certes une partie privilégiée au procès, mais une partie, au même titre que les autres parties. Je n'ai pas à me prononcer sur le fait que tel ou tel n'a pas comparu, d'autant que tout ça est derrière nous. Le tribunal a été saisi de cette question et a eu à trancher en toute souveraineté».
Affichant sa détermination à jouer de la manière la plus convenable son rôle, le procureur de la République a relevé que «dans cette affaire, on présume que l'Etat avait été spolié d'une dizaine milliards, si on avait une ou deux chances sur cent pour permettre à l'Etat de recouvrer ces 10 milliards, il était de notre responsabilité, de notre devoir, de ne pas priver l'Etat de cette chance, c'est ce que nous avons fait».
Et pourtant, ce même Ousmane Diagne qui a poursuivi Massamba Samb Sall, un des 3 coprévenus de Bara Tall, polytechnicien responsable de bureau d'études, pour surfacturation sur 315 325 000 sur le marché T/144/SM d'un montant de 611 millions, a son frère Mouhamadou Diagne, polytechnicien et responsable de bureau d'études comme Massamba Sall, qui est accusé dans le rapport de surfacturation de 124 millions pour le marché T156Sm.
Une volonté ferme à «recouvrer» 315 millions sur Massamba Samb Sall et aucune de le faire des 124 millions surfacturés par Mouhamadou Diagne qui laisse intacte la conviction de ceux qui ne croient pas à la surfacturation, à l'image des témoins qui se sont succédé à la barre le jour du procès, dont le patron de Eiffage. Et que Bara Tall et tous les autres entrepreneurs, comme le frère du procureur de la République, n'ont pas à être inquiétés.
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