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Le Golfe, nouvelle place forte de la diplomatie verte africaine

Auteur: SenewebNews

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Le Golfe, nouvelle place forte de la diplomatie verte africaine

Du 11 au 15 janvier, l’édition 2026 de l’Abu Dhabi Sustainability Week (ADSW) a confirmé la volonté de l’Afrique d’accélérer le développement de ses énergies renouvelables. Les chefs d’État du Sénégal, du Nigeria, du Mozambique, de l’Afrique du Sud et de Madagascar y ont porté leurs priorités énergétiques, à la recherche de financements et d’expertise émiratis. Dans cette dynamique, Abou Dhabi et Dakar co organiseront la Conférence des Nations unies sur l’eau en 2026, consacrant une coopération Sud-Sud en phase de devenir structurante dans l’agenda environnemental mondial.

Répondre à un paradoxe structurel

Entre 2019 et 2023, les Émirats arabes unis ont injecté 72 milliards de dollars dans les énergies renouvelables africaines, dépassant largement des partenaires historiques comme la Chine, la France ou le Royaume-Uni. Cette poussée s’inscrit dans une mobilisation plus large des capitaux du Golfe. L’Arabie saoudite, via ACWA Power, revendique plus de 7 milliards de dollars investis sur le continent, répartis sur une cinquantaine de projets dans l’énergie et l’eau.

Cette réorientation des capitaux émiratis répond à un paradoxe majeur : l’Afrique concentre près de 39 % du potentiel mondial en énergies renouvelables, mais plus de 600 millions d’habitants restent privés d’électricité. Faute de capacités de financement suffisantes, les États peinent à combler ce déficit d’infrastructures, laissant un espace stratégique que les pays du Golfe cherchent à investir. L’expansion des États du Golfe s’inscrit entre soft power et stratégie d’investissement assumée : cibler des pays à fort potentiel énergétique, aux besoins clairement identifiés et encore peu investis par les acteurs occidentaux. Cette dynamique offre aux États africains l’opportunité de développer leurs écosystèmes énergétiques, tout en permettant aux pays du Golfe de diversifier leurs capitaux dans des projets à fort rendement, tout en renforçant leur influence sur le continent.

Loin de voir les fragilités politiques et réglementaires africaines comme des freins, les acteurs du Golfe, surtout émiratis, ont bâti des modèles fondés sur le partage du risque, combinant fonds souverains, capitaux privés et financements concessionnels. Pour les États africains, ces mécanismes offrent un levier de financement dans des contextes où les investisseurs traditionnels restent prudents.

L’ADSW, rendez-vous africain réussi

L’ADSW s’impose ainsi comme une plateforme clé reliant capitaux internationaux, décideurs publics et projets africains. À Abou Dhabi, les présidents nigérian Bola Tinubu et sud-africain Cyril Ramaphosa ont fixé le cap : sortir des modèles extractifs, accélérer la transformation locale et réformer l’architecture financière mondiale pour débloquer l’investissement climatique en Afrique.

C’est dans ce cadre que le Nigeria et les Émirats ont conclu, en marge de l’ADSW, un Accord de partenariat économique global. Le texte couvre les énergies renouvelables, les infrastructures, la logistique et le commerce numérique, avec l’objectif de faire du Nigeria un hub régional de la transition énergétique et industrielle. Abuja vise jusqu’à 30 milliards de dollars de financements climatiques par an, adossés à des réformes réglementaires et à des mécanismes de finance carbone. En parallèle, l’Arabie saoudite déploie ses champions, dont ACWA Power, sur de grands projets solaires en Afrique du Sud et en Égypte, tandis que le Qatar renforce sa présence via des investissements énergétiques et infrastructurels à forte intensité capitalistique.

Masdar-AMEA-GSU, le trio émirati qui relève le défi africain

Masdar s’impose comme la vitrine technologique et financière de la stratégie émiratie en Afrique. Active sur le continent depuis 2013, l’entreprise mène des projets structurants dans une dizaine de pays, dont la Zambie, l’Égypte et le Maroc. Elle a annoncé un investissement de 10 milliards de dollars pour déployer 10 GW de capacités d’ici 2030, en ciblant notamment l’Angola, le Mozambique et l’Ouganda. Aux côtés de Masdar, AMEA Power est un autre pilier émirati du secteur en Afrique, avec plusieurs projets solaires, éoliens et de stockage en cours ou en développement dans une quinzaine de pays, contribuant à accélérer la transition énergétique du continent.

Au-delà de ces environnements relativement stabilisés, les Émirats se démarquent également par une appétence affirmée pour le risque. Dans les contextes les plus fragiles, Global South Utilities (GSU) prend le relais. Discret, GSU est souvent considéré comme le plus important investisseur en énergies renouvelables sur le continent africain. Présent notamment en République centrafricaine, à Madagascar ou au Sahel, l’entreprise y développe des projets solaires et hybrides là où de nombreux investisseurs occidentaux restent prudents. Cette capacité d’intervention dans des contextes politiquement et économiquement complexes constitue un marqueur distinctif de la stratégie émiratie, au sein d’un écosystème du Golfe de plus en plus actif sur les marchés africains à fort potentiel mais encore sous-équipés en infrastructures énergétiques.

Et le Sénégal ?

Dans cette architecture, le Sénégal occupe une position à part. À l’ADSW, le président Bassirou Diomaye Faye a mis en avant le caractère stratégique de l’eau, au croisement des enjeux climatiques, sécuritaires et de développement. Dakar a accueilli en janvier une réunion préparatoire de haut niveau, étape clé vers la Conférence des Nations unies sur l’eau coorganisée avec Abou Dhabi.

Cette dynamique s’inscrit dans un partenariat bilatéral dense, à un moment où le Sénégal cherche de nouveaux relais économiques. En décembre 2025, dix accords stratégiques ont été signés avec les Émirats, couvrant l’énergie photovoltaïque, les infrastructures, la santé, l’agriculture et le numérique. Partenaire du pays depuis 1978, le Fonds d’Abu Dhabi pour le développement a déjà mobilisé près de 45 milliards de francs CFA dans les énergies renouvelables et l’électrification rurale, avec l’objectif d’accroître encore ses engagements.

Auteur: SenewebNews
Publié le: Jeudi 19 Février 2026

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