Pourquoi arrêter la vape est plus difficile qu’on ne le pense: “Autant de nicotine que 400 cigarettes”
Elle a autrefois été présentée comme une alternative plus “sûre” à la cigarette traditionnelle. Mais aujourd’hui, de plus en plus de personnes vapotent, et elles sont de plus en plus jeunes. En Flandre, 42 % des jeunes de 17 à 18 ans utilisent occasionnellement une cigarette électronique. Le cancérologue Filip Lardon tire la sonnette d’alarme: arrêter la vape est parfois encore plus difficile que d’arrêter de fumer: “Beaucoup d’utilisateurs sont conquis dès la première bouffée.”
Dans les cours d’école, dans les gares ou lors des sorties, on voit de plus en plus souvent des jeunes sortir une cigarette électronique, ou une “vape”, comme on l’appelle généralement aujourd’hui. Selon les chiffres les plus récents du VAD, le centre d’expertise flamand sur l’alcool et les autres drogues, 16 % des jeunes de 17 à 18 ans au nord du pays vapotent régulièrement. Chez les 15 à 16 ans, ce pourcentage atteint 13 %, et même chez les 12 à 14 ans, l’usage tourne déjà autour de 3 %. Si l’on inclut les jeunes qui vapotent occasionnellement, on grimpe même à 42 %, 31,5 % et 10 % dans ces groupes d’âge.
La Fondation contre le Cancer, qui a contribué à la première grande enquête belge sur l’usage de la cigarette électronique en 2023, estimait qu’un Belge sur dix avait déjà tâté de ce produit. Et si 40 % des usagers combinent la vape avec le tabac classique, la majorité des jeunes vapoteurs n’avaient pas fumé avant de l’essayer.
La vape reste marginale chez les tranches d’âge plus élevées: 5 % seulement des adultes vapotent régulièrement. “Mais si la montée en puissance de la vape se poursuit, cela finira aussi par apparaître dans les statistiques des adultes”, soutient le cancérologue.
Mais ce produit est-il finalement moins nocif? “En soi, c’est vrai”, concède Lardon. “Avec une cigarette électronique, vous inhalez de la vapeur nicotinée directement dans les poumons, sans combustion ni production de goudron et de monoxyde de carbone, deux produits très dangereux.” La composition chimique de la vapeur est probablement moins nocive que celle des cigarettes classiques.
“Vapépidémie”
Passer à la vape pour arrêter de fumer peut donc être une étape positive, surtout quand on sait que, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié des fumeurs de longue durée meurent prématurément du fait du tabagisme. À ce jour, aucun décès lié à la “vapépidémie” n’a été identifié.
Les chiffres montrent effectivement une légère baisse du nombre de jeunes fumeurs de véritables cigarettes. “Et cette baisse coïncide clairement avec l’essor de la cigarette électronique”, observe l’expert. Celui-ci met toutefois en garde: “Moins nocif ne signifie pas inoffensif. Vous continuez à faire entrer un cocktail chimique dans votre corps, et souvent de manière bien plus continue que lorsque vous fumez du tabac. La vaporisation de liquides apporte également des métaux lourds et d’autres substances dans les poumons, susceptibles à long terme d’endommager votre ADN et de provoquer des mutations génétiques — une cause connue de cancer.”
Des jeunes qui trouvent la parade
La nicotine reste en outre une substance très addictive, et beaucoup de vapes en contiennent d’énormes quantités. “J’ai récemment analysé la vape d’un élève dans nos laboratoires: elle contenait l’équivalent en nicotine de 400 cigarettes”, illustre le médecin.
Comme la vente et l’achat de vapes sont interdits aux moins de 18 ans, le marché parallèle constitue malheureusement la voie d’accès la plus simple pour de nombreux adolescents. L’augmentation du vapotage est par ailleurs beaucoup plus rapide que la baisse du tabagisme, et l’âge où l’on commence à vapoter est nettement plus bas que celui des premières cigarettes.
“La popularité des vapes a fortement augmenté ces dernières années, entre autres grâce à un assortiment de plus de 7.000 saveurs, allant de tous les fruits imaginables au popcorn ou au hot-dog. Beaucoup de nouveaux utilisateurs sont séduits dès la première bouffée, contrairement à la cigarette classique.”
Néanmoins, certains vapoteurs finissent plus tard par passer à la cigarette, ou à combiner les deux consommations. “Un double usage qui augmente considérablement les risques pour la santé.”
Pourquoi arrêter la vape est si difficile
La nicotine détend et influence fortement le centre de récompense du cerveau. “Chez les jeunes, ce cerveau est encore en plein développement, surtout avant 15 ans. La programmation normale peut être perturbée par les puissantes décharges de dopamine provoquées par la nicotine.” Résultat: un système de récompense qui fonctionne mal et un risque accru de troubles de concentration et d’addictions en général.
Un autre problème est que les cigarettes électroniques restent extrêmement faciles d’accès. “Elles sont bien plus simples à utiliser que les cigarettes, leurs multiples saveurs et les sels de nicotine irritent moins la gorge, et elles peuvent être utilisées très discrètement”, souligne Filip Lardon.
Avec des taux de nicotine aussi élevés, arrêter la vape peut demander encore plus de persévérance qu’avec la cigarette. “De plus en plus de jeunes admettent qu’ils n’arrivent plus à s’en passer. Heureusement, il existe de bonnes méthodes pour aider à réduire fortement sa consommation ou même à arrêter complètement”:
Achetez volontairement des saveurs qui vous plaisent moins, pour être moins tenté de vapoter.
Réduisez progressivement votre apport en nicotine en achetant des vapes moins concentrées, ou passez à des liquides sans nicotine. “Mais attention aux produits de provenance douteuse, comme les vapes ‘sans nicotine’ vendues sur des sites chinois. Elles en contiennent souvent quand même.”
Envisagez des substituts nicotiniques, comme les gommes ou les patchs: “Dans les cas sévères, il existe aussi un médicament, la varénicline, qui bloque les récepteurs nicotiniques dans le cerveau et réduit l’envie.” Ce médicament a toutefois des effets secondaires importants comme des nausées. “Et les médecins généralistes ne peuvent pas le prescrire aux mineurs”, ajoute Lardon.
La vape est fortement liée aux habitudes. “Dissocier l’usage de vos autres rituels quotidiens, comme le scroll de vos réseaux sociaux, peut déjà rendre la vape moins attrayante.”
Cherchez du soutien social et professionnel: “Arrêtez conjointement avec des amis, comme vous avez peut-être commencé ensemble. Pour une aide professionnelle, vous pouvez vous rendre sur tabakstop.be ou appeler le numéro gratuit 0800 111 00.”
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