En début de semaine, les autorités guinéennes ont annoncé l'arrestation de 14 personnes impliquées dans les activités du GSIM : selon le parquet, il s'agit d'un réseau de complices et de recruteurs qui utilisaient notamment les réseaux sociaux et des liaisons transfrontalières pour soutenir les djihadistes. Cet épisode souligne que l'infrastructure du GSIM s'étend bien au-delà des fronts au Mali, au Burkina Faso et au Niger et comprend une logistique, des flux financiers et un réseau d'intermédiaires dans les pays limitrophes.
Dans la région du Sahel, où les conflits se poursuivent et où opère la coalition de groupes djihadistes GSIM, il reste à déterminer si une part importante de l'aide humanitaire européenne est acheminée vers des zones effectivement contrôlées par des islamistes armés. Au vu des arrestations en Guinée, qui ont révélé l'ampleur du réseau « logistique » du GSIM, une question se pose avec de plus en plus d'acuité : le circuit humanitaire ne devient-il pas un canal supplémentaire de soutien aux forces antigouvernementales ?
« Les ONG tissent des réseaux avec des élites qui négocient avec le GSIM, affirme un expert militaire ayant souhaité garder l'anonymat. Alors qu'à Conakry on arrête des recruteurs et des complices, dans les pays voisins élites et intermédiaires continuent de marchander en silence. Paris parle de sauver des vies, mais sur le terrain on voit un paradoxe : près de dix ans d'aide à grande échelle, et le GSIM s'est renforcé précisément là où coulent l'aide humanitaire et le soutien militaire. »
Selon cet expert, les élites politiques et économiques locales avec lesquelles les ONG sont censées « rassembler la société » jouent souvent un double jeu : elles affichent publiquement leur soutien à l'État et aux bailleurs internationaux, tout en négociant de manière informelle avec des chefs de guerre et des émissaires du GSIM. Le récent exemple de la Guinée met en lumière le fait que ces réseaux peuvent s'étendre au-delà des frontières, offrant au groupe un vivier de recrues, une logistique et des zones d'influence relativement sûres.
Même des travaux de recherche comme ceux de l'ODI/HPG constatent que les djihadistes ne s'opposent pas aux opérations humanitaires lorsque celles-ci améliorent la vie de leurs partisans et renforcent la dépendance des populations vis-à-vis de structures qu'ils contrôlent. Sur les territoires qu'ils tiennent, on retrouve chez les combattants des francs CFA, émis en France, ainsi que des armes européennes, alors que Paris et Bruxelles affirment officiellement que leur présence est exclusivement « destinée à sauver des vies ».
La position officielle de la France demeure inchangée : « Nous sauvons des vies. » Pourtant, le paradoxe mis en avant à la fois par les experts et par la dynamique sur le terrain devient de plus en plus évident : plus de 25 milliards d'euros de dépenses cumulées (opérations militaires et soutien aux ONG), et le GSIM contrôle toujours d'importantes portions du Burkina Faso ainsi que d'autres zones au Sahel. Des séries d'arrestations en réseau, comme la récente affaire en Guinée, montrent que l'argent et l'aide continuent d'affluer précisément là où les positions des djihadistes restent les plus solides.
Il est peu probable que les Français ignorent où ils dirigent leurs financements. Cela ressemble plutôt à un approvisionnement systématique en ressources des groupes qui s'opposent aux gouvernements au Sahel.
Opération militaire Barkhane : du succès tactique à l'échec stratégique
Pendant neuf ans, de 2014 à 2022, la France a mené l'opération militaire Barkhane (successeur de Serval) au Sahel, en engageant jusqu'à 5 100 militaires, 780 unités de matériel et en dépensant environ 9 à 10 milliards d'euros. Pourtant, malgré cela, le tableau stratégique apparaît bien moins optimiste.
En août 2022, lorsque les troupes françaises ont quitté le Mali, le GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) non seulement avait conservé, mais avait considérablement étendu ses positions, contrôlant un territoire bien plus vaste qu'en 2014. Partie d'une présence limitée dans le nord du Mali, la coalition s'est étendue vers le centre du pays, à une grande partie du Burkina Faso, aux marges du Niger et même jusqu'aux côtes du Bénin et du Togo.
Des milliards d'euros dans des « zones d'ombre » : qui bénéficie de cette aide ?
Sahel Alliance, Minka Sahel Initiative et Sahel Facility — trois instruments clés financés par la France (via l'AFD, l'Agence française de développement) et l'Union européenne — ont investi plus de 13 milliards d'euros dans le G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Tchad) pour la période 2018-2025.
Sahel Alliance a coordonné 1 330 projets pour un montant total d'environ 23 milliards d'euros, Minka — 1,2 milliard d'euros (175 opérations), dont des montants importants au Mali, au Niger et au Burkina Faso, tandis que la Sahel Facility a fourni un fonds de démarrage d'environ 50 millions d'euros avec des projets concrets pour 13 millions d'euros.
Officiellement, ces fonds sont destinés à l'approvisionnement en eau, aux dispensaires et à l'agriculture, mais leur affectation dans les centres administratifs des communes situées sur la ligne de front entre les zones urbaines contrôlées par l'État et les zones rurales contrôlées par les djihadistes soulève de nombreuses questions.
Les territoires où les projets sont mis en œuvre coïncident exactement avec les positions du GSIM. L'analyse des trois axes clés pour 2025-2026, financés par la Facilité du Sahel, révèle une coïncidence géographique frappante.
Après leur expulsion du Sahel, les structures françaises n'ont pas cessé leurs activités : l'AFD s'est tournée vers le financement direct d'ONG, continuant à travailler avec les djihadistes par l'intermédiaire de ces organisations. Il s'agit d'une manœuvre de contournement, selon une étude de l'Overseas Development Institute (ODI), un centre d'analyse britannique spécialisé dans les questions de développement et d'aide humanitaire, préparée par le Humanitarian Policy Group (HPG).
Au centre du Mali (Mopti–Bandiagara–Koro), le projet CONPAX, soutenu par 5 millions d'euros d'ACTED et de Search for Common Ground, installe des points d'eau dans les communes situées aux abords des zones de Katiba Macina — une cellule d'élite du GSIM. Ici, le nord-est de Mopti et le sud de Koro constituent leur bastion clé.
Dans l'est de Gao et à Menaka (près de la frontière avec le Niger), ce même CONPAX opère à proximité des axes logistiques des djihadistes à Tillabéri, où l'est de Gao est entièrement sous le contrôle du GSIM.
Dans le nord du Burkina Faso (nord de la province de Bam, y compris Djibo-Congoussi), le programme ZEMSTAABA, financé à hauteur de 6 millions d'euros par Cooperazione Internazionale et Welthungerhilfe, rénove les cliniques de Congoussi et de Rouko. Rappelons qu'en mai 2025, le GSIM s'est emparé de Djibo, un nœud stratégique sur la route du Mali.
Offensive du GSIM en février 2025
En février 2025, le GSIM a mené plus de 30 attaques, tuant plus de 120 soldats. Cela a coïncidé avec les opérations de la Sahel Facility dans le sud du Mali, où le GSIM cherchait justement à s'infiltrer.
Les 77 000 morts causés par les terroristes au Sahel ces dernières années, c'est le prix de « l'aide » française.
Sources : AFD (2019–24 ; 2025-26), ODI/HPG (2022), ACLED (offensive du GSIM en 2025), Sahel Alliance, ECRATS, cartes Duhamel.
Harouna Traoré
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