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Conakry submergée par le plastique : Un jeune entrepreneur transforme les déchets en richesse

Auteur: SeneWeb Guinée

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Conakry submergée par le plastique : Un jeune entrepreneur transforme les déchets en richesse

À Conakry, les déchets plastiques envahissent rues, caniveaux et littoral. Chaque année, la Guinée produit plus de 480 000 t de plastique, dont une grande partie finit dans la nature. Dans la capitale, plus de 1 200 t d’ordures sont générées quotidiennement, aggravant l’insalubrité et les inondations, notamment en saison des pluies.

Face à cette urgence environnementale, des initiatives locales tentent de faire bouger les lignes. Parmi elles, celle de Fodé Camara, un jeune entrepreneur qui a décidé de transformer un fléau en opportunité.

Une vocation née d’un constat alarmant

C’est à Siguiri que Fodé Camara prend conscience de l’ampleur de la pollution plastique. Marqué par l’accumulation de sachets abandonnés dans la nature, il imagine une solution simple : les récupérer et leur donner une seconde vie.

Installé aujourd’hui à Sanoyah, en périphérie de Conakry, il fonde Managnouma SARL, une petite unité de recyclage spécialisée dans la fabrication de sacs réutilisables à partir de déchets plastiques.

Dans son atelier modeste, équipé de moyens rudimentaires, il transforme des sachets usagés en sacs solides, colorés et imperméables. « J’ai voulu créer une activité qui génère des revenus tout en étant utile à la société », explique-t-il.

 Soutenu par sa sœur, volontaire du Corps de la paix, il abandonne son projet de migration pour se consacrer à l’entrepreneuriat local.

Du déchet au produit fini

Le processus de fabrication repose sur plusieurs étapes rigoureuses : collecte, tri, désinfection, lavage, séchage, puis assemblage. Fodé Camara s’appuie sur un réseau informel de collecteurs, notamment des enfants, qu’il rémunère à hauteur de 1 000 GNF par kilogramme de sachets.

Chaque sac nécessite entre 80 et 280 sachets, selon sa taille. Entièrement confectionnés à la main, les produits sont réalisés en une trentaine de minutes. Ils sont ensuite commercialisés entre 25 000 et 50 000 GNF.

Une activité à fort impact, mais sous contraintes

Malgré des résultats encourageants, l’entreprise reste confrontée à de nombreuses difficultés. Le manque de financement, d’équipements modernes et de soutien institutionnel limite considérablement sa capacité de production, estimée à environ 30 sacs par jour.

« Mon ambition est de former d’autres jeunes et de développer une véritable unité industrielle », confie l’entrepreneur, qui voit plus grand pour son projet.

Des clients conquis

Les produits de Managnouma séduisent une clientèle de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux. Résistants et imperméables, ces sacs répondent aux besoins du quotidien tout en contribuant à la réduction des déchets.

« C’est un sac de très bonne qualité. Même sous la pluie, mes affaires restent au sec », témoigne Elhadj Almamy Sangaré, enseignant.

Guilavogui Élisabeth Zézé, utilisatrice fidèle, abonde dans le même sens : « Le mien, acheté il y a deux ans, est toujours en bon état. C’est pratique, durable et écologique. »

Un levier économique local

Au-delà de son impact environnemental, cette activité génère une dynamique économique locale. La collecte des déchets devient une source de revenus pour plusieurs acteurs.

À Cosa, Kadiatou Bah, restauratrice, observe un changement notable : « Avant, on payait pour se débarrasser des déchets. Aujourd’hui, ils sont achetés. C’est un avantage pour nous. »

Une solution encore insuffisante

Pour les spécialistes, ces initiatives restent essentielles mais ne suffisent pas à elles seules à résoudre la crise.

Mohamed Lamine Barry, consultant en évaluation environnementale, met en garde : « Le recyclage est important, mais il doit s’inscrire dans une stratégie globale incluant la réduction à la source et la réutilisation. »

Il souligne également les risques liés à une mauvaise gestion du recyclage, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental.

Un combat collectif à mener

Alors que les autorités multiplient les actions contre les plastiques à usage unique, l’implication des citoyens demeure déterminante. Sensibilisation, adoption d’alternatives écologiques et structuration du secteur du recyclage sont autant de pistes à renforcer.

Transformer l’espoir en solution durable

L’initiative de Fodé Camara illustre la capacité d’innovation locale face à des défis majeurs. Entre engagement écologique et débrouillardise entrepreneuriale, elle incarne une lueur d’espoir dans un contexte préoccupant.

Mais pour passer à l’échelle supérieure, ces efforts devront être accompagnés par des politiques publiques ambitieuses et un véritable soutien aux acteurs de terrain.

Auteur: SeneWeb Guinée
Publié le: Vendredi 24 Avril 2026

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