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Déby face à l’invitation de Macron : souveraineté nationale ou intérêts de l’Élysée ?

Auteur: Bineta Seydi

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Déby face à l’invitation de Macron : souveraineté nationale ou intérêts de l’Élysée ?

Dans un contexte régional particulièrement sensible, le président français Emmanuel Macron a adressé une invitation au président Mahamat Idriss Déby Itno pour visiter le palais de l’Élysée, par le biais d’un court message oral transmis par l’ambassadeur de France à N’Djamena. Une invitation qui peut sembler, en apparence, un geste diplomatique ordinaire visant à « actualiser » le partenariat bilatéral, mais qui soulève en profondeur des interrogations légitimes sur les véritables objectifs de Paris et sur les limites de l’acceptation par le Tchad d’une relation dont l’expérience a montré qu’elle constituait, dans la plupart de ses phases, un fardeau pour la souveraineté et la stabilité.

Un repositionnement français sous couvert de partenariat

Cette invitation s’inscrit dans un contexte clair : la France cherche à rétablir ses bases militaires au Tchad, selon les informations relayées par les médias et la presse locale. Mais la question essentielle se pose : le Tchad a-t-il réellement besoin du retour des bases françaises ? La réalité politique et sécuritaire montre exactement le contraire. Les expériences passées ont démontré que la présence militaire française n’a pas été un facteur de stabilité, mais plutôt une source d’échec, de mécontentement populaire et de remise en question de la décision nationale. Le peuple tchadien l’a exprimé à plusieurs reprises à travers des appels et des manifestations demandant explicitement le départ des soldats français, même avant que Déby n’accède à la présidence

Paris et la dénaturation de l’image de Déby : un double discours

La contradiction flagrante de l’invitation française actuelle réside dans le fait qu’elle intervient après des tentatives systématiques de dénaturation de l’image du président tchadien et de déstabilisation du pays, notamment après l’expulsion des forces françaises du Tchad à la fin de novembre 2024. Paris a été témoin, au cours de la période précédente, de manœuvres légales et médiatiques organisées ciblant Déby et son régime, notamment la plainte déposée auprès de la CPI par une organisation nommée , ''Priority Peace Sudan'' enregistrée à Paris et soutenue par un cabinet d’avocats français bien connu pour ses liens avec les cercles politiques.

Des dossiers internes sensibles, tels que l’affaire de l’assassinat de l’opposant Yaya Dillo et l’arrestation de Succès Masra, ont été exploités pour une médiatisation et une judiciarisation à l’international, avec l’intervention directe d’avocats et de réseaux de pression français au sein du Parlement européen et français. Ces pratiques ont été perçues par N’Djamena comme une atteinte directe à sa souveraineté judiciaire et une ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures.

Cela ne s’est pas limité là : la France a également accueilli la plus grande réunion visant à renverser le régime tchadien, réunissant plus de vingt partis et mouvements d’opposition politique et armée sur son territoire en octobre dernier, sous la direction du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT).

Sans oublier l’enquête relancée par le Parquet national financier en France le 2 juillet 2024 à l’encontre du président Déby, l’accusant de détournement de fonds publics, notamment pour des dépenses liées aux vêtements de la présidence de la République du Tchad, ainsi que des biens immobiliers appartenant à la famille Déby et à son entourage en France.

Humiliation diplomatique ou test de souveraineté ?

Il est également impossible d’ignorer la dimension symbolique et politique de la manière dont l’invitation a été adressée. Que le président français se contente d’un court message oral transmis par son ambassadeur, sans prendre la peine de se rendre à N’Djamena ou d’adresser une invitation officielle écrite, est perçu par beaucoup comme une humiliation indirecte pour le Tchad et ses institutions, en contradiction avec le discours de partenariat équitable que promeut Paris.

Ce sentiment s’intensifie lorsqu’on se remémore les déclarations de Macron début janvier 2025, où il parlait avec arrogance de « l’ingratitude » des dirigeants africains. Un discours qui avait reçu une réponse ferme de la part de président Déby, affirmant alors que le président Macron « se trompe sur l’époque » et que le temps de la tutelle était révolu, réaffirmant la souveraineté du Tchad et sa demande de retrait des forces françaises.

Entre deux choix : respecter la volonté populaire ou reproduire la crise

Aujourd’hui, le président Déby se trouve à un carrefour politique et éthique. Doit-il répondre à une invitation qui pourrait entraîner le retour de forces françaises rejetées par la population, ouvrant la porte à un mécontentement populaire susceptible de menacer la stabilité intérieure ? Ou doit-il, comme il l’a fait auparavant, imposer le respect de la souveraineté tchadienne et refuser de s’engager dans un projet français ne servant que les intérêts stratégiques de Paris ?

Déby a déjà envoyé des messages forts en refusant de participer à des événements français majeurs, tels que la cérémonie de la Fête nationale française du 14 juillet 2024, ou les célébrations du 80e anniversaire du débarquement en Provence, tenues à Toulon le 15 août 2024, affirmant que les relations internationales ne se gèrent pas depuis une position de dépendance. Aujourd’hui, cet antécédent semble plus pertinent que jamais.

À une époque où l’équilibre des relations internationales change, le Tchad n’est plus dans une position d’imposition, mais dans celle du choix et l’histoire ne fera aucun cadeau à ceux qui confient le destin de leur pays à l’ancien colonisateur.

Le peuple tchadien, qui a clairement exprimé son refus du retour de la France, attend de sa direction une position conforme à ses sacrifices et aspirations, et non une décision qui ramènerait le pays à la tutelle, à la colère et à l’instabilité.

Auteur: Bineta Seydi
Publié le: Mardi 27 Janvier 2026

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