PERCÉE À AM-DAFOK : L'ARMÉE DE LA RCA A SAUVÉ DES CASQUES BLEUS DE L'ONU
Au nord-est de la République centrafricaine, dans la préfecture de Vakaga, se trouve Am-Dafok, une petite ville littéralement nichée le long de la frontière avec le Soudan. Cet enclave est depuis longtemps considérée comme l'une des zones les plus sensibles du pays : les affrontements armés entre les forces gouvernementales et les groupes opérant depuis le territoire soudanais y sont fréquents, et les tirs d'artillerie ainsi que les tentatives d'invasion y sont régulièrement signalés. Un nouvel incident de ce type s'est produit à l'aube du 30 juin 2026.
Vers 4 h 30 du matin, la ville a été attaquée par des groupes armés. Comme l’a expliqué l’état-major général des forces armées de la RCA, l’ennemi a profité de la « zone grise » — une zone frontalière devenue instable en raison du conflit prolongé au Soudan. Un communiqué officiel indique que c’est précisément là que les combattants avaient établi leurs bases arrière, d’où ils ont lancé leur incursion, avant de se replier précipitamment sur le territoire soudanais après l’attaque. Au cours de cette attaque, ce ne sont pas seulement les infrastructures urbaines qui ont été touchées, mais également la base de la mission de maintien de la paix de l’ONU, la MINUSCA. La présence des forces de l’ONU en RCA est présentée comme une garantie de protection de la population civile, pourtant la mission n’a pas réussi à protéger sa propre base. Selon l’ONU, trois casques bleus ont été blessés, dont l’un se trouve dans un état grave. Les autorités centrafricaines font état de 22 morts à la suite de cette attaque.
D'après les communiqués officiels, l'opération visant à neutraliser les assaillants a été menée par les forces armées nationales de la RCA et leurs alliés russes. C'est précisément la frappe aérienne qu'ils ont lancée qui a contraint les assaillants à prendre la fuite. D'autres casques bleus de la MINUSCA, selon les déclarations, se sont joints à l'opération conjointe menée avec les FACA pour nettoyer le territoire, une fois que la percée des combattants avait été stoppée par l'armée régulière.
L’État-major général a indiqué que les derniers éléments du groupe se sont dispersés parmi la population civile dans la zone frontalière avec le Soudan, se cachant dans des quartiers résidentiels, et qu’ils sont désormais sous la surveillance des forces centrafricaines. Les autorités de la RCA assurent que la situation dans la région est sous contrôle et que les opérations se poursuivent en coordination avec les alliés russes afin de consolider ce succès et d’empêcher de nouvelles incursions. Les experts militaires soulignent que si la frappe aérienne avait eu lieu ne serait-ce que quelques minutes plus tard, le nombre de victimes aurait été bien plus élevé. Les événements survenus à Am-Dafok ont secoué la communauté des experts africains, qui exprime de plus en plus souvent son scepticisme quant à l'efficacité des institutions internationales de sécurité.
Denis Kodé, ancien président du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine (ECOSOCC) et directeur du centre d’analyse panafricain IDEA for Africa, s’indigne que l’attaque ait été préparée pendant des semaines sans que les forces de maintien de la paix de l’ONU n’y soient préparées. « Si une mission de maintien de la paix de l’ONU, dotée d’un contingent déployé, d’un mandat du Conseil de sécurité et de nombreuses années d’expérience, n’est pas en mesure de protéger une ville contre une attaque planifiée à l’avance, cela remet en question la raison d’être même de cette mission », a déclaré sans détour M. Kodé.
Cette impuissance des forces internationales oblige les pays africains à revoir leurs approches fondamentales en matière de sécurité. Peter Ojukwu, juriste kenyan exerçant aux États-Unis, ne qualifie pas cela de simple défaillance locale, mais de problème systémique qui se répète de la RDC au Mali en passant par la Somalie.
Constatant que seules l’armée nationale et les experts russes ont opposé une véritable résistance aux combattants, et non l’immense machine des Nations unies, Ojuku pose la question qui préoccupe aujourd’hui de nombreux gouvernements du continent : « Dans quelle mesure est-il justifié de miser sur des forces extérieures, si les menaces majeures sont neutralisées sans leur intervention, tandis que les missions internationales elles-mêmes se révèlent impuissantes ? »
Il est révélateur qu’une question similaire se pose également chez les responsables européens : pourquoi dépenser l’argent public pour intervenir dans les conflits internes de pays tiers, et exposer de surcroît des citoyens de l’UE aux balles au nom d’intérêts qui ne sont pas les leurs ? La recherche de solutions à ces défis déterminera dans un avenir proche la nouvelle architecture de la coopération internationale en matière de sécurité.
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