JOURNÉE MONDIALE DES MTN : L’ÉLIMINATION EST POSSIBLE. PROTÉGER LES PROGRÈS EST LE VRAI DÉFI
Nous arrivons à la Journée mondiale des maladies tropicales négligées cette année avec un régard sur le monde tel qu'il est, et non tel que nous le souhaitons. Dans le paysage mouvant de la santé mondiale, où l'attention suit souvent les gros titres et où les ressources se concentrent sur ce qui est le plus visible, les maladies tropicales négligées ont trop souvent été reléguées à la marge. Le résultat est un recul silencieux mais lourd de conséquences : des financements redirigés, des priorités réordonnées, et des décennies de progrès durement acquis vers le contrôle, l'élimination et l'éradication gravement menacées.
Rien qu'en 2025, quarante-sept campagnes de traitement ont été retardées à la suite de retraits soudains de donateurs, notamment la suspension du soutien américain et des réductions au sein des pays du G7. Les conséquences n’ont rien d’abstrait. Au moins 143 millions de personnes dans les pays endémiques ont été affectées, les efforts de lutte contre les maladies ont été perturbés, et des maladies que l'on pensait maîtrisées ont recommencé à menacer les populations. Dans un monde aussi interconnecté que le nôtre, ces revers ne s'arrêtent pas aux frontières nationales ; ils se propagent, nous rappelant que la négligence, même involontaire, a un coût que nous devons tous supporter.
Alors que les pays s'efforcent d'éliminer au moins une maladie tropicale négligée dans 100 pays d'ici 2030, la question n'est plus de savoir si l'élimination est possible. La vraie question est de savoir si nous saurons protéger les acquis durement gagnés avec la même rigueur et la même détermination que celles qui ont permis de lesobtenir. Inverser ce recul et garantir un avenir sans MTN exige une action ciblée sur trois fronts. Cela commence au niveau national. Il est crucial que les décideurs intègrent les MTN dans les paquets nationaux de soins de santé primaires et veillent à ce que les allocations budgétaires se reflètent dans le financement national de la santé. Dans un contexte économique mondial où les pays africains sont confrontés à un endettement croissant, les investissements judicieux favorisant l'élimination des maladies sont essentiels.
Cependant, les progrès ne peuvent être maintenus par les seuls gouvernements. Ils reposent sur des partenariats durables. Les organisations philanthropiques et le secteur privé sont essentiels pour maintenir les programmes de dons de médicaments qui ont permis la distribution de plus de 30 milliards de traitements entre 2011 et 2024. Pour rester efficaces, ces programmes ont besoin d'un soutien continu et d'investissements dans l'innovation, tant pour le diagnostic que pour le traitement. Par exemple, au Kenya, une nouvelle application pour les MTN cutanées, alimentée par l'intelligence artificielle, a montré des résultats préliminaires prometteurs en matière de diagnostic efficace de 12 MTN cutanées, avec une sensibilité moyenne de 80 % par rapport aux diagnostics fournis par trois dermatologues certifiés.
De plus, le soutien aux partenaires sur le terrain est essentiel et doit être maintenu. Des organisations comme Helen Keller Intl, avec une forte présence de terrain et une expérience dans la mise à l'échelle des traitements en accord avec les priorités nationales, jouent un rôle essentiel dans la promotion des efforts de contrôle et d'élimination des MTN. Travaillant en partenariat avec les Ministères de la Santé et les communautés, Helen Keller Intl soutient les campagnes de traitement de masse, renforce le suivi et l'évaluation pour mesurer rigoureusement l'impact, et intègre la prévention et le traitement des maladies dans les soins de routine via les systèmes de santé nationaux existants.
Plus largement, les ONG ont contribué au contrôle des MTN en fournissant des interventions chirurgicales pour les cas avancés de cécité et en soutenant le traitement antibiotique de masse par l'azithromycine offert par Pfizer via l'International Trachoma Initiative. Dans ce contexte, le Sénégal a lancé un projet pilote novateur qui intègre la nouvelle formulation pédiatrique du praziquantel dans les services de routine de supplémentation en vitamine A, élargissant ainsi l'accès au traitement de la schistosomiase pour les enfants d'âge préscolaire (24 à 59 mois) historiquement exclus des soins préventifs.
Cependant, tous ces efforts sont compromis par une menace croissanteet transversale: le changement climatique. Celui-ci augmente considérablement le risque des MTN à transmission vectorielle en élargissant leur aire géographique, en modifiant les modes de transmission, en aggravant les événements météorologiques extrêmes, en favorisant l'adaptation des vecteurs et des agents pathogènes, et en mettant à rude épreuve les systèmes de santé publique. Les institutions multilatérales doivent urgemment intégrer davantage les MTN dans les stratégies « Une seule santé » et de résilience climatique, ainsi que dans l'Accord de l'OMS sur les pandémies, pour garantir que nous renforçons les systèmes de santé et construisons une résilience aux futurs chocs climatiques.
Les MTN restent l'un des plus grands défis, mais aussi l’un des plus surmontables, de la santé mondiale pour les populations défavorisées. Grâce à des progrès historiques, en août 2025, 58 pays ont éliminé au moins une MTN. Prenons le trachome comme exemple: une infection oculaire bactérienne et principale cause infectieuse de cécité qui, pendant plus d'un siècle, a plané sur les communautés du Sénégal. Le 15 juillet 2025, cette histoire a changé. Le gouvernement du Sénégal, par le biais du Ministère de la Santé et de l'Hygiene Public, a annoncé une réalisation phare en santé publique: l'Organisation mondiale de la santé avait officiellement validé l'élimination du trachome en tant que problème de santé publique à l'échelle nationale. Cela signifie que près de 3 millions de personnes dans le pays ne sont plus exposées au risque de souffrir de cette infection oculaire douloureuse et potentiellement aveuglante.
Cette Journée mondiale des MTN est un moment de vérité. Sans un engagement renouvelé, le monde risque de défaire l'une des plus extraordinaires réalisations de santé publique de ces dernières décennies. L'élimination des MTN n'est pas seulement un défi surmontable ; c'est un test de nos priorités mondiales, et de savoir si les progrès, une fois réalisés, seront protégés jusqu'au bout.
Auteurs : Thoko Elphick-Pooley, Directrice adjointe, plaidoyer et communication des programmes, Afrique, Fondation Gates et Ndèye Astou Badiane, Directrice pays, Sénégal, Hellen Keller Intl.
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