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La fragilisation de l’ordre mondial (Par le Pr Moussa Diaw)

Auteur: Pr Moussa Diaw

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La fragilisation de l’ordre mondial (Par le Pr Moussa Diaw)

L’intervention du premier ministre, Ousmane Sonko, à la conférence de Pascal Boniface sur la souveraineté, a suscité beaucoup de réactions. Certains n’ont pas hésité à condamner ses propos relatifs à son analyse du système international en considérant que le Président américain est un acteur non pas de paix mais « de déstabilisateur du monde ». Ce constat traduit la réalité du système international dominé par l’usage disproportionné de la force au service d’ambitions géopolitiques ou d’intérêt national. Le premier ministre, en sa qualité de leader politique, comme tout autre observateur, réagit sur les logiques actuelles du fonctionnement des relations internationales où la puissance semble être privilégiée dans les rapports entre les Etats.

En effet, les théoriciens réalistes, classiques, comme Thomas Hobbes, Raymond Aron, Morgenthau, avaient bâti leurs analyses sur la prépondérance des acteurs étatiques adossés à la puissance militaire pour défendre des intérêts spécifiques. Mais, ce qui est important dans leurs idées, c’est d’avoir noté l’anarchie qui marque l’espace mondial et l’existence de la conflictualité liée à la rivalité de puissance pour exercer sa domination ou son influence. La configuration des nouvelles relations internationales conforte la pertinence de l’approche des réalistes même s’il convient de la relativiser en tenant compte de la pluralité des acteurs et de la recomposition dans cet espace.

Force est de constater que depuis la fin de la guerre froide l’ordre mondial a connu des mutations substantielles qui ouvraient des perspectives au multilatéralisme d’autant que l’unipolaire s’est heurtée à la realpolitik régionale à l’image des situations en Irak et en Afghanistan où l’hyper puissance américaine a fait preuve d’impuissance.

Aujourd’hui, les USA, à leur tête Donald Trump, apparaissent comme les grands perturbateurs de l’ordre mondial en foulant du pied le droit international par des actions rocambolesques comme l’enlèvement et l’emprisonnement du chef de l’Etat vénézuélien mais surtout la déclaration de guerre contre l’Iran.

Quelle est l’attitude des autres acteurs et observateurs du système international ?

Faut-il se taire et garder profil bas devant les dérapages verbaux de cet homme dépourvu du sens de la mesure et adepte de la provocation à l’endroit de ses pairs africains et européens. D’ailleurs, il ne s’est pas gêné de traiter l’Afrique de « continent de merde » quand un autre méprisant considérait qu’elle « n’est pas entrée dans l’Histoire ».

Il est vrai que l’Afrique est marginalisée et fragmentée, elle ne peut pas donc jouer un rôle important dans l’espace mondial, dominé par le phénomène de la mondialisation et l’hégémonie de puissance. Il convient de prendre conscience de la nécessité de construire des dynamiques collectives à travers des processus d’intégration économique, monétaire et Sociale. Cette union des forces demeure indispensable si le continent souhaite sortir du sous-développement, se faire entendre dans le concert des nations et imposer le respect. Toutefois, la question cruciale est de savoir si le continent dispose de leaders capables d’impulser des initiatives pouvant permettre de relever les défis dans un esprit décomplexé, attaché aux principes de souveraineté et d’intérêt continental.

L’espoir reste sur les épaules des jeunes dirigeants, engagés dans les changements déterminants pour la revalorisation des richesses aux profits des populations africaines qui souffrent de la mauvaise gouvernance et des pouvoirs personnalisés. Pendant ce temps, l’espace mondial ressemble à ce que Thomas Hobbes appelle « l’état de nature », autrement dit, la démonstration de forces et de puissance en l’absence d’autorité légitimement reconnue pour rétablir, garantir l’ordre et la sécurité. Sur ce point, le constat amer est le silence inquiétant de l’Organisation des Nations-Unies qui s’est montrée dépassée par les troubles de l’ordre mondial, mettant en évidence son incapacité à réguler et imposer une paix positive.

Maintenant, la confrontation est passée de l’économie et du commerce à la rivalité géostratégique entre puissances. La décision américaine d’intervenir par un blocus naval du détroit d’Ormuz ne restera pas sans réaction de la part des puissances émergentes comme la Chine et l’Inde car les enjeux économiques et énergétiques sont considérables. Aucun pays n’échappe aux conséquences de cette guerre unilatérale. L’équilibre des forces au niveau international pourrait aboutir à la recherche de consensus favorable à l’instauration d’un nouvel ordre mondial.

Par Moussa DIAW, politologue, spécialiste des relations internationales.

Auteur: Pr Moussa Diaw
Publié le: Lundi 13 Avril 2026

Commentaires (5)

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    VANCE il y a 1 heure
    Cinq morts dans des frappes américaines contre des bateaux de narcotrafiquants présumés dans le Pacifique Au moins 168 personnes ont été tuées depuis septembre 2025 et le début de la campagne militaire américaine contre des trafiquants de drogue présumés dans les eaux du Pacifique et des Caraïbes.
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    Léon XIV il y a 1 heure
    « Pas peur de l’administration Trump » : le pape Léon XIV refuse « d’entrer dans un débat » avec le président américain..............Peu avant son arrivée en Algérie ce lundi 13 avril - la première visite pour un pape dans le pays -, le souverain pontife Léon XIV a affirmé ne pas avoir « l’intention d’entrer dans un débat » avec Donald Trump, après que le président américain a critiqué dans la nuit de dimanche à lundi ses propos contre la guerre au Moyen-Orient. Léon XIV a aussi assuré ne pas avoir « peur de l’administration Trump ». « Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui, le message est toujours le même : promouvoir la paix », a déclaré le pape américain aux journalistes à bord de l’avion l’amenant en Algérie.
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    Irving il y a 1 heure
    Concrètement, j'aimerais qu'on me dise en quoi la position de Sonko sur Trump aurait un impact sur ce qui se passe dans le monde? Son discours ne dépasse pas Karang. Et puis, la position du Sénégal à toujours été la neutralité et sa capacité à résoudre, ou faire des médiations dans les conflits du monde. Quelle cohérence de critiquer Macron, Trump, et même temps s'agenouiller devant les communistes chinois purs produits de l'ancienne URSS qui faisait exactement voire pire ( invasions, conquêtes, guerres, coup d'états, exécutions) que ce que fait l'Amérique de trump actuellement? Et puis, les africains, particulièrement les sénégalais ne sont pas des complexés. Nos intellectuels ont commencé à critiquer Trump depuis son premier mandat. J'ai l'impression que tout ce que Sonko fait est inédit. On force trop en voulant faire de lui un homme historique et c'est trop gênant quand on connait ses limites.
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    Ombro il y a 17 minutes
    Les chevres avec les chevres, les moutons avec les moutons et le troupeau est bien garde!
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    Modou Kheury il y a 4 minutes
    Le projet du Grand Israël se met en place pour préparer la construction du 3ème temple et la venue de Machiah ( Dajjal ou Anthechrist) après la 3ème GM qui profile à l'horizon.

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