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[L'ET DIT TÔT] ''Diomaye Année 2 : l’émancipation d’avec Sonko, mais par Sonko'' (Par Ousseynou Nar Gueye)

Auteur: Ousseynou Nar Gueye

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[L'ET DIT TÔT] ''Diomaye Année 2 : l’émancipation d’avec Sonko, mais par Sonko'' (Par Ousseynou Nar Gueye)

Au soir du 24 mars 2024, le Sénégal inventait un concept politique inédit : la présidence à deux têtes, scellée par le slogan fusionnel ''Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye''. Bassirou Diomaye Faye, propulsé au sommet de l’État par le génie tactique et le sacrifice de son mentor, demandait alors à son Premier ministre ''super-fort'', Ousmane Sonko, de ''regarder le fauteuil présidentiel sans jamais trop le lorgner''. Deux ans plus tard, le vernis de la camaraderie militante craque sous la poussée des ambitions structurelles. L’heure est à l’émancipation. Une émancipation paradoxale, qui s’opère à la fois contre l’ombre du mentor politique, mais aussi par les thèses radicales de ce dernier.

La guerre des tatas : Mimi contre Aïda

L’acte de naissance de cette rupture administrative s’appelle ''Diomaye Président''. Ce qui ne devait être qu’une coalition électorale éphémère de trois mois s’est mué, par la volonté du chef de l'Etat, en une redoutable machine politique permanente. En plaçant à sa tête la redoutable Aminata Mimi Touré, dissidente de l'ancien régime et fine connaisseuse des arcanes de l'État, Diomaye Faye a dressé un rempart frontal contre la coalition APTE d'Ousmane Sonko, pilotée par Aïda Mbodj. Ce n’est plus une collaboration, c’est une structuration de l’affrontement. Le Président s’offre ainsi son propre bras armé, s’extrayant de la tutelle organique du Pastef pour exister par lui-même.

L’émancipation par le dogme : Le divorce avec l’Occident

Pourtant, si Diomaye s’éloigne de l’homme Sonko, il embrasse plus que jamais le logiciel sonkoïste pour acter sa rupture avec l’Occident, présumé porteur de dépravations et de coercitions néo-coloniales . C’est ici l’émancipation par Sonko. En durcissant les peines contre l’homosexualité, en récupérant les dernières bases militaires françaises et en érigeant le massacre de Thiaroye 44 en crime imprescriptible, Diomaye Faye sature l’espace souverainiste. Plus radical encore, le divorce avec le FMI, au risque de précipiter le pays dans une zone de turbulences financières, marque une volonté de rompre les chaînes de la dépendance. Mais à quel prix ? La dette souveraine, jadis internationale, est désormais captée par l’épargne ivoirienne. Une souveraineté de voisinage qui déplace le problème sans le résoudre.

Un bilan social en zone de turbulences

Derrière cette chorégraphie politique de haut niveau, le réel, lui, s’impatiente. À mi-mandat, où sont les chantiers ? Le pays cherche encore une infrastructure d’envergure nationale signée de l’ère Diomaye. Le front social, lui, est en ébullition. Les bourses familiales suspendues laissent les plus précaires sur le carreau, tandis que l’Université pleure un mort après des affrontements avec les forces de l’ordre.

La colère gagne les blouses blanches et les artisans de craies : les fonctionnaires de la santé et de l’éducation s'apprêtent à la grève, alors que les enseignants portent plainte devant le BIT pour des ponctions salariales jugées indues. Même le ''Plan Diomaye pour la Casamance'' peine à pacifier le Sud, où le sang de nos soldats continue de couler dans un conflit résiduel que l’on croyait à l’agonie.

2029 : La cohabitation douce vers l'affrontement dur ?

Aujourd’hui, Ousmane Sonko théorise une ''cohabitation douce''. Mais dans l’arène politique sénégalaise, la douceur n’est souvent qu’une transition vers l’orage. En s'émancipant de son créateur, Diomaye Faye prend date. La question ne cache plus son nom : le mentor et le disciple finiront-ils par s’affronter lors de la présidentielle de mars 2029 ?

Nous, nous restons fidèles à notre ligne : nous saluons l'efficacité de cette affirmation présidentielle face aux pressions extérieures, mais nous déplorons le manque de politique sociale qui devait protéger les plus faibles. Le Sénégal ne se gouverne pas qu’avec des symboles et des ruptures diplomatiques ; il se gouverne avec des bols garnis au déjeuner et au dîner, de la paix sociale et des perspectives concrètes de développement durable et inclusif.

Le crépuscule de la dyarchie : deux têtes, un seul sablier

En ce mois de mars 2026, l’arithmétique politique ne ment pas : Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont déjà consommé la moitié de leur bail avec l'histoire. Ce concept de ''présidence à deux têtes chercheuses''; l’une scrutant l’horizon souverainiste et l’autre le verrouillage de l’appareil d’État; touche aujourd'hui ses limites structurelles. Pendant deux ans, ce tandem a fonctionné comme un moteur à double explosion, mais à force de chercher chacune une direction propre, les deux têtes finissent par épuiser le corps social qu'elles sont censées conduire.

La démonstration de cet essoufflement est flagrante. D'un côté, le Premier ministre a usé son énergie dans la traque d'une légitimité partisane toujours plus radicale, érigeant la ''cohabitation douce'' en bouclier contre l'usure du pouvoir. De l'autre, le Président s'est épuisé à exister en dehors du sceau de son mentor, créant des structures parallèles pour ne pas finir en simple exécutant. Résultat ? Le pays navigue dans un entre-deux périlleux. On ne gouverne pas une nation comme on dirige un parti en gestation : la moitié du mandat s'est envolée dans des ajustements d'ego et des positionnements tactiques, tandis que les urgences (bourses familiales aux familles les plus démunies, infrastructures de mobilité et BTP structurant, paix définitive en Casamance) attendent toujours une impulsion unique et claire.

Le temps des deux têtes chercheuses est révolu, car à trop chercher, on finit par perdre le peuple. En 2026, le Sénégal n'a plus besoin d'un duo en quête d'équilibre, mais d'un cap. Si la seconde moitié du mandat ne voit pas l'émergence d'une autorité cohérente et d'un bilan tangible au-delà des postures idéologiques, l'histoire retiendra que Diomaye et Sonko ont passé cinq ans à se chercher l'un l'autre, oubliant de trouver le Sénégal.

En 2029, l'électeur ne votera pas pour un slogan fusionnel, il jugera des restes d'une présidence partagée qui aura, d'ici là, épuisé toutes ses cartouches. Toutefois, mon soutien au régime Pastef, porteur des fortes espérances du peuple sénégalais jeune, demeure, toujours et encore. Constant, assurément; mais critique,résolument.

Ousseynou Nar Gueye, Fondateur de Tract Hebdo (www.tract.sn) et Président d'Option Nouvelles Générations-Woorna Niu Dokhal

Auteur: Ousseynou Nar Gueye
Publié le: Mercredi 25 Mars 2026

Commentaires (1)

  • image
    Iso il y a 3 heures
    Le retour raté d'un journaliste grand rêveur.

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