Innovation : Une startup sénégalaise révolutionne le don de sang
Au cours de la quatrième édition de Gitex Africa, organisée à Marrakech, le Sénégal a occupé une place particulière dans la programmation. Le 9 avril, un Tech Talk a réuni autorités publiques, entrepreneurs et investisseurs autour du thème : « Le Sénégal : un hub d’innovation ». Plusieurs jeunes entreprises sénégalaises ont présenté leurs solutions à travers des interventions courtes destinées à convaincre partenaires et acteurs de l’écosystème technologique.
Parmi les exposants figurait Ousmane Ndieguene, Chief Product Officer de Jamora Technologie. L’entreprise porte le projet Sendon, une plateforme numérique consacrée à la gestion des dons de sang. Le projet repose sur un constat observé dans le système de santé sénégalais. Ousmane Ndieguene revient sur l’origine de l’initiative : « Sendon est une initiative qui est née d’une remarque. On s’est rendu compte qu’au Sénégal, quand on a besoin de sang dans les hôpitaux, il est parfois difficile de contacter les donneurs. Souvent, on passe par les réseaux sociaux, on fait des posts WhatsApp, Facebook, etc. ».
Selon lui, ce mode de mobilisation provoque des délais qui peuvent s’avérer critiques dans certaines situations. « Et là, on s’est dit qu’avant qu’un donneur potentiel, un donneur compatible, ne puisse avoir l’information et aller donner, ça peut prendre du temps. Et ce temps-là, entre-temps, des dégâts peuvent survenir. Du coup, on a songé à une plateforme qui va permettre aux hôpitaux d’envoyer directement des alertes », poursuit-il. La solution proposée vise ainsi à faciliter la mise en relation entre les structures sanitaires et les donneurs. « Et nous, de notre côté, on va cibler directement les donneurs qui sont compatibles et donc qui, de ce fait, vont pouvoir venir donner leur sang », précise le responsable du projet.
La plateforme prévoit l’intervention de plusieurs acteurs du système de transfusion sanguine. Ousmane Ndieguene indique que le Centre national de transfusion sanguine est un partenaire essentiel dans ce dispositif : « Tout d’abord, la plateforme doit être pilotée par le CNTS, vu que c’est lui qui est chargé de gérer tout ce qui est don de sang sur le territoire national. Mais après, ce sont les hôpitaux qui vont l’utiliser sous mandat du CNTS. Donc le CNTS va les mandater pour utiliser la plateforme ».
Son projet repose également sur la réalisation d’une base de données de donneurs. L’équipe de Jamora Technologie prévoit une phase d’enrôlement destinée à recenser les volontaires. Pour ce faire, Ndieguene évoque les démarches envisagées : « Donc on va essayer d’avoir une base de données de donneurs assez solide, en collaboration premièrement avec le CNTS, une collaboration qu’on est en train de chercher. Donc après ça aussi, on va faire une campagne de sensibilisation pour un peu amener les gens à s’enrôler dans la plateforme ». Cette base doit ensuite permettre de mobiliser rapidement des profils compatibles lorsque les établissements hospitaliers signalent un besoin. Le responsable du projet explique que les alertes cibleront directement les donneurs correspondant aux critères médicaux recherchés.
Ces derniers mois, le Sénégal a été durement éprouvé par les attaques cybercriminelles. C’est fort de ce constat que la protection des données constitue un autre volet important de la plateforme, notamment à travers les autorisations et les authentifications. Le stockage des informations fait également l’objet d’une attention particulière : « Les données ne vont pas être stockées ailleurs. Donc on essaiera de les stocker au Sénégal pour participer à la promotion de cette souveraineté et bien sûr empêcher que les données ne puissent aller ailleurs ».
L’équipe de développement intègre des compétences spécialisées dans ce domaine. Ousmane Ndieguene révèle que des spécialistes de la cybersécurité participent au projet afin de mettre en place un système jugé robuste et sécurisé. L’idée de Sendon trouve aussi son origine dans une expérience vécue par un membre de l’équipe. « Il y a un membre de l’équipe qui a un vécu personnel. C’est sa tante qui a eu besoin de sang. Donc il nous a envoyé des demandes pour nous dire d’envoyer à nouveau ce même post WhatsApp ».
Cette situation a révélé les limites des sollicitations diffusées sur les réseaux sociaux. Ousmane Ndieguene d’ajouter que l’équipe disposait déjà d’une réflexion sur la question avant cet événement. Selon lui, la diffusion d’un message ne garantit pas que les donneurs compatibles reçoivent l’information à temps. Cette interrogation a renforcé la volonté de concevoir un outil plus ciblé. Sur le plan technique, la solution comporte plusieurs composantes. Le système comprend ainsi deux applications web destinées aux établissements hospitaliers et une application mobile destinée aux donneurs.
Le projet se trouve encore dans une phase de développement mais le produit minimum viable semble déjà terminé. Jamora Technologie bénéficie déjà d’un appui du gouvernement dans le cadre du programme Govathon. L’entreprise recherche désormais une collaboration avec le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) ou avec des établissements hospitaliers afin de tester la solution sur le terrain et d’évaluer son fonctionnement dans des conditions réelles.
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