Prise en charge holistique du couple Infertilité: « Monsieur et madame doivent venir ensemble en consultation »
L’infertilité en Afrique ne se résume pas à une courbe de température ou à un examen biologique ; c'est une problématique aux multiples visages qui ébranle les fondements mêmes de la cellule familiale.
Dans le cadre d’un webinaire de la fondation Merck, trois experts ont déconstruit les mythes entourant ce sujet, proposant une approche globale alliant prévention médicale, accompagnement du couple et justice sociale.
La prévention : Le premier rempart contre le "drame" de l'infertilité
Pour le docteur Justin Mboloco Simo, chef du Département de gynécologie-obstétrique aux cliniques de Kinshasa, l'infertilité en Afrique est souvent une tragédie évitable.
Selon ses analyses, 85 % des causes d'infertilité dans le milieu subsaharien sont d'origine infectieuse. Il pointe du doigt des infections sexuellement transmissibles (IST) mal traitées, comme la chlamydiose ou la gonococcie, qui obstruent les trompes de la femme de manière "silencieuse" pendant des années.
Le Dr Simo insiste également sur la responsabilité masculine, trop souvent occultée : « L'homme est responsable de l'infertilité dans 50 % des cas. » Il met en garde contre les facteurs environnementaux modernes.
L'obésité : chez l'homme, l'excès de graisse transforme la testostérone en hormones féminines.
La chaleur : Le port de vêtements serrés ou l'usage prolongé de la moto chauffent les testicules, altérant la production de sperme.
L'hygiène de vie : Le tabac, l'alcool et l'exposition aux pesticides sont des "perturbateurs endocriniens" majeurs.
Vers une prise en charge holistique du couple
Le docteur Sobig Richikesch, spécialiste en obstétrique, plaide pour un changement radical de méthode : la déstigmatisation dès le cabinet médical. « Le monsieur et la dame doivent venir ensemble en consultation », affirme-t-il, car au début, on ne sait jamais d'où vient le problème.
Son intervention met l'accent sur la "sous-fertilité" plutôt que l'infertilité définitive. Beaucoup de couples souffrent simplement d'un manque d'éducation sur le cycle menstruel et le moment de l'ovulation.
En réduisant l'anxiété et en améliorant la fréquence et le timing des rapports sexuels, le Dr Richikesch assure que de nombreux couples peuvent concevoir sans recours à des technologies lourdes.
L’impact social : briser les chaînes de la stigmatisation
Le volet le plus émotionnel a été abordé par le docteur Golamoli Sumayai, qui a décrit le "cercle vicieux" de l'infertilité. La pression sociale pousse les femmes vers l'isolement, la dépression et, tragiquement, vers les violences basées sur le genre. Il rappelle que dans certaines communautés, une femme sans enfant est perçue comme "incomplète" ou "maudite".
Pour le Dr Sumayai, le rôle des médias est ici primordial : il faut raconter des histoires de "renaissance" où la valeur d'une femme n'est plus corrélée à sa maternité. « L'infertilité n'est pas un stigma, c'est une condition médicale qui se soigne », conclut-il, appelant à une solidarité communautaire accrue.
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