Plainte de Amadou Oury Ba : Le tribunal des pairs du Cored avertit quatre organes de presse
Le tribunal des pairs du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias a rendu public sa décision à la suite de la plainte déposée par l’ex-coordonnateur de l'Institut supérieur d’enseignement professionnel (ISEP) de Mbacké, Amadou Oury Ba contre le quotidien Les Echos, les sites Jotaay.net, Senenews.com et Emedia.sn.
Selon le plaignant, les responsables de ces médias ont publié des articles qui ont « porté atteinte à son honneur, à sa dignité et à sa réputation, au motif qu'il n'a pas été contacté avant leur publication afin qu'il puisse donner sa version des faits ».
Une telle démarche, d’après lui, « constitue une violation du principe fondamental du droit de réponse et de l'obligation de recoupement des sources ». Dans sa plainte, il a signalé « un manquement grave aux règles d'éthique et de déontologie journalistiques ».
Après avoir examiné le dossier, le 30 janvier dernier, le Tribunal des pairs du CORED a jugé que le quotidien Les Echos et les sites Jotaay.net, Emedia.sn et Senenews ont violé le Code de la presse. Sur ce, il leur a servi un avertissement.
Les Faits :
Dans son édition N°2623, le quotidien Les Echos a publié un article ayant pour surtitre et titre : « Gestion basée sur la menace et l'intimidation à l'ISEP de Mbacké - Le personnel enseignant formateur observe une série de journées mortes et exige le départ du coordonnateur ».
Le site Jootay.net, pour sa part, a publié par séquence trois articles titrés respectivement :
• « Intimidation et menaces érigés en mode de gestion à l'ISEP de Mbacké »,
• « Le personnel enseignant croise le fer avec le Coordonnateur »,
• « Le PEF obtient gain de cause, le coordonnateur de l'ISEP de Mbacké démis ».
Emedia.sn a, de son côté, publié le 1er décembre 2025, sur son site, un article intitulé « Crise à l'ISEP de Mbacké : le personnel enseignant dénonce, menaces, absences et gestion contestée ».
Senenews, en ce qui le concerne, a publié le 24 décembre 2025, sur son site, un article intitulé « Limogeage : Amady Oury Bâ finalement remercié, le ministre Daouda Ngom sans pitié ».
Par des courriers datés du 5 janvier, le CORED a saisi : - M. Cheikh Oumar Ndao, directeur de publication du quotidien Les Echos et administrateur du site Jotaay.net, - M. Mamadou Ndiaye, administrateur du site emedia.sn, et - M. Massamba Kane, administrateur du site Senenews, pour leur faire part de la plainte formulée à l'encontre de leurs publications par M. Amadou Oury Bâ.
Avis du tribunal des pairs
Dans leurs réponses, MM. Ndao, Ndiaye et Kane ont nié avoir porté atteinte à la dignité, à l'honneur et à la réputation de M. Ndao, en se faisant l'écho de deux communiqués du personnel enseignant formateur (PEF) de l'ISEP.
Selon M. Ndao, le quotidien Les Echos et le site Jotaay.net n'ont fait que rendre compte d'une situation en reprenant des communiqués, se gardant de les altérer ou d'en rajouter. Il conclut en écrivant que M. Bâ pouvait se prévaloir d'un droit de réponse, vu que le quotidien et le site lui sont ouverts.
Pour M. Ndiaye, Emedia.sn qui a eu vent, de la part de sources concordantes, de la situation à P'ISEP n'a pas cédé à un quelconque empressement. Toutefois, lorsque la déclaration collégiale du PEF est tombée, le site l'a considérée comme « un matériau fondé et crédible à exploiter », a-t-il expliqué avant de soutenir qu' « une fois l'article publié, il appartenait à M. Ba d'exiger un droit de réponse qui ne saurait prospérer en amont de l'article considéré ». M. Kane de Senenews a, pour sa part, indiqué que l'article publié par son site s'est appuyé sur des facteurs liés, d'une part, à un contexte et à un intérêt public d'une information portant sur une décision administrative émanant du ministre de l'Enseignement supérieur et, d'autre part, à la véracité de faits rapportés qui ne reposent « ni sur des rumeurs ni sur des affirmations infondées ».
Par ailleurs, le terme « limogeage » employé dans le titre de l'article « relève du registre journalistique courant et ne constitue ni une qualification pénale ni une assertion attentatoire à la dignité personnelle », fait remarquer M. Kane avant d'ajouter que « le choix éditorial d'un titre ne saurait, à lui seul, caractériser une atteinte à l'honneur dès lors que le contenu reste factuel et non diffamatoire ».
A l'instar de ses confrères, il s'est dit disposé « à publier toute réaction ou droit de réponse que Monsieur Amadou Oury Ba souhaiterait formuler, dans le respect des formes et délais légaux ».
Au vu de ce qui précède, le Tribunal des pairs estime que le quotidien Les Echos et les sites Jotaay.net, Emedia.sn et Senenews ont violé le Code de la presse en ses articles :
11 : « Le journaliste et le technicien des médias doivent collecter et traiter l'information en toute honnêteté et en toute impartialité, dans le respect du droit du public à l'information. » « Le journaliste et le technicien des médias ont le devoir de rechercher la vérité, en raison du droit qu'a le public de la connaître et quelles qu'en puissent être les conséquences pour eux-mêmes »,
18 : « Le journaliste et le technicien des médias qui traitent les informations respectent les principes généraux de l'équité exprimés par une attitude loyale envers leurs sources, les personnes dont ils parlent et le public. »
Le Tribunal des pairs reconnaît à M. Amadou Oury Bâ, s'il le souhaite, un droit de réponse, conformément à l'article 85 du Code de la presse qui stipule : « Toute personne physique ou morale dispose d'un droit de réponse dans le cas où des imputations ou allégations susceptibles de porter atteinte à son honneur ou à sa considération auraient été diffusées dans un organe de presse écrite ».
Le Tribunal des pairs décide : - de servir un avertissement au directeur de publication du quotidien Les Echos et administrateur du site Jotaay.net ; - de servir un avertissement à l'administrateur du site d'informations Emedia.sn ; - de servir un avertissement au site d'informations Senenews.
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