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La Commission de l’UEMOA : L’institution qui transforme les ambitions régionales en règles concrètes

Auteur: Aicha FALL

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La Commission de l’UEMOA : L’institution qui transforme les ambitions régionales en règles concrètes

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Lorsque l’on évoque l’intégration économique en Afrique de l’Ouest, les regards se tournent souvent vers le franc CFA, la BCEAO ou encore le marché financier régional. Pourtant, une grande partie des décisions qui façonnent le fonctionnement quotidien de l’Union économique et monétaire ouest-africaine sont préparées, coordonnées et suivies par une autre institution. Installée à Ouagadougou, la Commission de l’UEMOA agit comme l’organe exécutif de l’Union et veille à la mise en œuvre des politiques communes adoptées par les États membres.

Créée en 1994 avec l’UEMOA elle-même, la Commission est née d’une ambition qui allait bien au-delà du partage d’une monnaie commune. Les huit pays de l’Union avaient déjà en commun le franc CFA dans le cadre de l’UMOA, mais ils souhaitaient également rapprocher leurs politiques économiques, harmoniser certaines réglementations et construire progressivement un marché régional plus intégré.

Pour atteindre cet objectif, il fallait une institution capable d’assurer une continuité entre les décisions prises lors des sommets politiques et leur application concrète sur le terrain. C’est précisément le rôle confié à la Commission.

Son champ d’intervention est particulièrement vaste. Elle participe à l’élaboration des règles communautaires relatives à la concurrence, au commerce, à la fiscalité, aux transports, à l’agriculture, à l’énergie, au numérique, aux marchés publics ou encore à l’environnement des affaires. Une part significative des textes adoptés par l’Union transite ainsi par ses services avant d’être soumise aux organes décisionnels compétents.

L’une de ses missions consiste à réduire les obstacles qui freinent encore l’intégration économique régionale. Malgré les progrès accomplis depuis la création de l’Union, les échanges entre les pays membres restent relativement limités, comparés à d’autres espaces régionaux dans le monde. Selon les données de la Commission de l’UEMOA, le commerce intracommunautaire représente environ 15 % à 16 % des échanges totaux des États membres. Ce niveau demeure supérieur à celui observé dans plusieurs autres regroupements africains, mais il reste éloigné des niveaux enregistrés au sein de l’Union européenne où les échanges internes dépassent 60 % du commerce total.

Cette réalité explique pourquoi la Commission accorde une attention constante aux questions de libre circulation. La réduction des barrières administratives, l’harmonisation des procédures douanières ou encore la simplification des formalités commerciales figurent parmi les leviers régulièrement mobilisés pour fluidifier les échanges régionaux.

Les transports constituent un autre domaine où son action est particulièrement visible. Dans une région où le coût de la logistique demeure élevé, l’amélioration des corridors routiers et des infrastructures de transport représente un enjeu économique majeur. Selon la Banque mondiale, les coûts logistiques en Afrique de l’Ouest peuvent représenter une part significativement plus élevée du prix final des marchandises que dans les économies industrialisées. Chaque réduction des délais de transport ou des formalités administratives peut donc produire des gains de compétitivité pour les entreprises.

La Commission joue également un rôle de surveillance. Les États membres se sont engagés à respecter plusieurs critères de convergence macroéconomique destinés à préserver la stabilité économique régionale. Les finances publiques, l’endettement, l’inflation ou encore certains équilibres budgétaires font l’objet d’un suivi régulier. Les analyses produites par la Commission permettent d’évaluer les écarts éventuels entre les objectifs communautaires et la situation observée dans chaque pays.

Cette fonction a pris davantage de poids ces dernières années. Les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, la hausse des prix mondiaux de l’énergie et des produits alimentaires, puis le durcissement des conditions de financement internationales ont mis les finances publiques de nombreux États sous pression. Dans ce contexte, le suivi des équilibres macroéconomiques est devenu un sujet de préoccupation permanent pour les institutions régionales.

La fiscalité fait également partie des domaines où l’action communautaire est la plus avancée. L’UEMOA a progressivement adopté plusieurs règles communes destinées à rapprocher les systèmes fiscaux nationaux. L’harmonisation de la TVA ou de certaines fiscalités indirectes vise notamment à réduire les distorsions de concurrence entre les pays membres et à faciliter les échanges au sein du marché régional.

L’institution intervient aussi dans le développement du secteur privé. Les programmes de promotion de l’investissement, l’amélioration du climat des affaires ou encore le soutien à certaines filières régionales relèvent en partie de son périmètre d’action. Cette dimension économique est devenue de plus en plus présente à mesure que les États cherchent à accélérer la transformation industrielle et la création d’emplois.

Le budget de la Commission est alimenté principalement par le prélèvement communautaire de solidarité, une taxe appliquée aux importations en provenance des pays tiers. Ce mécanisme de financement donne à l’institution les moyens de conduire ses programmes sans dépendre exclusivement des contributions budgétaires nationales.

L’ampleur de ses activités apparaît dans les nombreux projets régionaux qu’elle accompagne. Infrastructures de transport, interconnexions énergétiques, harmonisation réglementaire, développement du commerce régional ou programmes agricoles mobilisent chaque année des centaines de milliards F CFA d’investissements publics et privés dans lesquels la Commission intervient comme coordinatrice ou facilitatrice.

Contrairement à la BCEAO, dont les décisions sur les taux d’intérêt produisent des effets rapidement perceptibles, l’action de la Commission s’inscrit généralement dans un temps plus long. Ses résultats se mesurent souvent à travers l’évolution progressive des règles communes, l’amélioration de la circulation des biens et des services ou encore le rapprochement des politiques publiques nationales.

La Commission de l’UEMOA occupe ainsi une place singulière dans l’architecture institutionnelle régionale. Elle ne crée pas la monnaie, ne finance pas directement les grands projets comme la BOAD et ne rend pas la justice comme la Cour de justice de l’Union. Son rôle consiste à faire vivre au quotidien le projet d’intégration économique ouest-africain en transformant les orientations politiques adoptées par les États en mesures concrètes applicables à l’échelle régionale.

Auteur: Aicha FALL
Publié le: Vendredi 26 Juin 2026

Commentaires (1)

  • image
    Kgcx il y a 1 heure
    Seneweb mom. Khana béneu nit kessé moyai bindeu?

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