Soutenabilité budgétaire : L’Assemblée invitée à ne pas jouer les seconds rôles face à la dette
Face à la montée des tensions budgétaires et à la question de plus en plus sensible de la soutenabilité de la dette publique au Sénégal, « le rôle du Parlement ne peut plus être secondaire ». Pour Assiatou Diop, directrice des Politiques publiques et de la Recherche à l’international Budget Partnership (IBP), « le contrôle parlementaire est aujourd’hui un pilier incontournable de la gouvernance économique et démocratique ».
Selon elle, les députés sénégalais sont appelés à jouer un rôle stratégique dans la préservation de l’équilibre budgétaire et de la crédibilité financière de l’État. « Le Parlement n’est pas seulement une chambre d’enregistrement du budget. Il doit être un véritable gardien de l’intérêt général face aux choix financiers de l’État », insiste-t-elle.
Une dette qui appelle plus de vigilance démocratique
Mme Diop rappelle que l’endettement, longtemps considéré comme un levier de développement, est devenu un sujet de vigilance démocratique. Elle souligne que la dette publique totale du Sénégal, y compris celle des entreprises publiques, atteindrait environ 132 % du PIB, tandis que le service de la dette absorberait près de 40 % des recettes fiscales prévues pour 2026. « Ces chiffres ne sont pas neutres. Ils réduisent considérablement les marges de manœuvre de l’État et posent une question centrale : qui contrôle réellement les choix budgétaires et leur impact sur les générations futures ? », interroge-t-elle.
Pour la responsable de l’IBP, cette situation impose un renforcement du rôle du Parlement sur l’ensemble du cycle budgétaire, de la planification à l’exécution, en passant par l’évaluation.
La Constitution sénégalaise confère pourtant au Parlement des prérogatives claires : voter la loi de finances, contrôler l’exécution du budget et évaluer les politiques publiques. Mais dans les faits, ces missions restent partiellement exercées. « Le vote du budget est souvent le moment le plus visible du travail parlementaire, mais ce n’est qu’une étape », explique Assiatou Diop.
Elle estime que le contrôle de l’exécution budgétaire demeure insuffisant, notamment en raison des retards dans la transmission des rapports et du manque de suivi en cours d’exercice. Quant à l’évaluation des politiques publiques, introduite par la révision constitutionnelle de 2016, elle reste marginale. « Moins de 30 % des programmes budgétaires font l’objet d’une évaluation parlementaire systématique. Cela limite fortement la capacité des députés à apprécier l’efficacité réelle des dépenses publiques, surtout lorsqu’elles sont financées par la dette », déplore-t-elle.
Renforcer les capacités du Parlement
Pour Mme Diop, la question n’est donc pas seulement politique, mais aussi technique. Elle plaide pour un renforcement structurel des capacités parlementaires afin de permettre un contrôle plus éclairé. « On ne peut pas demander aux députés de contrôler efficacement le budget sans leur donner les outils nécessaires », affirme-t-elle.
Parmi les pistes avancées par l’IBP figurent l’institutionnalisation de l’assistanat parlementaire, la création d’unités d’analyse budgétaire au sein de l’Assemblée nationale, ainsi que la mise en place de formations continues adaptées au contexte sénégalais. Elle insiste également sur l’importance de guides simplifiés pour faciliter la lecture des documents budgétaires complexes, comme les Projets annuels de performance ou les rapports annuels de performance. « La technicité budgétaire ne doit pas être un obstacle au contrôle démocratique », souligne-t-elle.
Au-delà des aspects techniques, Assiatou Diop défend une vision plus ouverte du contrôle parlementaire. Selon elle, le Parlement doit renforcer son lien avec les citoyens et les territoires. « Le contrôle budgétaire ne peut pas se faire uniquement à Dakar, dans l’hémicycle. Il doit intégrer les réalités vécues par les populations », explique-t-elle. A ses yeux, budgets citoyens, fora régionaux de suivi budgétaire et intégration des données issues des communautés dans l’évaluation des politiques publiques sont des leviers essentiels pour renforcer la redevabilité.
Pour la directrice des Politiques publiques et de la Recherche de l’IBP, le message est clair : face aux défis de la dette et à la pression croissante sur les finances publiques, le contrôle parlementaire ne peut plus être symbolique. « Former, accompagner et institutionnaliser le contrôle parlementaire, tout en l’ouvrant à la société, est une condition essentielle d’une gouvernance budgétaire démocratique.Une exigence qui, selon elle, dépasse le seul cas du Sénégal et concerne l’ensemble des démocraties africaines confrontées aux mêmes défis. », conclut Assiatou Diop.
Commentaires (1)
Au final, ils ne servent à rien sur tout un tas de questions. Pire, beaucoup d'entre eux ne comprennent rien de la fonction de député. Certains d'entre eux se réclament du Président, d'autres de telle localité, etc.
Une totale absurdité.
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