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Terres agricoles : Entre appétit des investisseurs et souveraineté alimentaire

Auteur: Aicha Fall

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Terres agricoles : Entre appétit des investisseurs et souveraineté alimentaire

La terre agricole est devenue l’un des actifs les plus stratégiques du continent. Dans un contexte de croissance démographique rapide et de volatilité des marchés alimentaires mondiaux, le contrôle du foncier rural dépasse la simple question productive. Il touche à la sécurité alimentaire, à la cohésion sociale et à la trajectoire de développement.

Au Sénégal comme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, l’attribution de vastes superficies à des investisseurs nationaux ou étrangers a suscité des débats nourris. Ces projets promettent modernisation des techniques culturales, irrigation, mécanisation et accès aux marchés d’exportation. Sur le papier, ils peuvent dynamiser des zones rurales, créer des emplois et augmenter les rendements.

Les partisans de ces investissements soulignent un besoin réel de capitaux et de technologies. L’agriculture familiale, majoritaire, reste souvent confrontée à un accès limité au financement, aux intrants de qualité et aux infrastructures de stockage. Des partenariats structurés peuvent permettre une montée en gamme et une meilleure insertion dans les chaînes de valeur internationales.

Mais la question foncière ne se réduit pas à un calcul de productivité. Dans de nombreuses zones rurales, les droits d’usage reposent sur des régimes coutumiers et sur des équilibres sociaux complexes. L’attribution de terres à grande échelle peut fragiliser ces équilibres, réduire l’accès des communautés locales aux ressources et alimenter des conflits. Lorsque les compensations sont jugées insuffisantes ou mal négociées, la défiance s’installe.

L’enjeu alimentaire renforce la sensibilité du débat. Orienter des terres fertiles vers des cultures d’exportation peut générer des devises, mais pose la question de la disponibilité des denrées de base pour le marché intérieur. Dans un pays encore dépendant des importations alimentaires pour certains produits stratégiques, l’affectation des surfaces agricoles devient un choix économique et politique déterminant.

L’arbitrage ne consiste pas à opposer systématiquement investisseurs et agriculteurs locaux. Il s’agit plutôt de définir des règles claires, garantissant la sécurisation des droits fonciers, la consultation des populations concernées et une articulation entre production destinée à l’exportation et approvisionnement du marché national. Des modèles de co-exploitation, de contrats agricoles ou de partenariats avec des coopératives peuvent offrir des pistes intermédiaires.

Le foncier agricole concentre ainsi plusieurs dimensions, attractivité économique, justice sociale et autonomie alimentaire. La manière dont il est géré conditionnera non seulement la performance du secteur agricole, mais aussi la stabilité des territoires ruraux et la capacité du pays à assurer son approvisionnement dans un environnement international incertain.

Auteur: Aicha Fall
Publié le: Jeudi 26 Février 2026

Commentaires (1)

  • image
    merci il y a 7 heures
    Merci Beaucoup Sokhna Aicha. Au moins une journaliste qui s'intéresse à un enjeu utile.

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