«Il devait impérativement retrouver sa place…» Ismaila Wone, l’ex-député qui a rendu à Sonko son siège, raconte…
C’est lui qui avait assuré la suppléance de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale. Quand son leader politique a été déchu de son poste de premier ministre, Ismaila Wone était sous le feu des projecteurs. Sans tambour ni trompette, il a rendu le siège à son chef de parti qui est devenu le président de l’Assemblée nationale. Comment a-t-il vécu cette situation ? Y-a-t-il eu des discussions préalables ? Le désormais ex-député s’exprime ici, dans cet entretien accordé à Seneweb.
1 - Quel regard posez-vous sur les derniers évènements, d’abord sur le limogeage de Ousmane Sonko et son installation à la tête de l’Assemblée nationale ?
Je dois dire que je suis profondément choqué et déçu par la tournure que prennent les événements. Jamais je n’aurais imaginé que le président Diomaye Faye puisse tourner le dos à ce point l’esprit du combat qui a porté notre projet au pouvoir. Franchir ce Rubicon, après tant de sacrifices consentis par Ousmane Sonko, par les militants du Pastef et par tout un peuple qui a souffert, est une faute politique grave.
Des jeunes sont tombés, des familles ont été brisées, des milliers de Sénégalais se sont battus avec courage pour mettre fin à un système prédateur. Ce combat n’a jamais été mené pour voir revenir, par la petite porte, ceux-là mêmes qui ont combattu notre projet, insulté nos convictions et tenté d’étouffer l’espoir populaire.
Aujourd’hui, le président s’entoure précisément des figures du système que nous avons dénoncé pendant des années. Qu’on ne se trompe pas : on ne construit pas la rupture avec les artisans du statu quo. On ne change pas un pays avec ceux qui l’ont pillé et affaibli.
Mais les opportunistes et les prédateurs doivent comprendre une chose : Ousmane Sonko n’est pas parti, il s’est repositionné. À la tête de l’Assemblée nationale, il occupera désormais l’institution chargée de contrôler l’action publique et de défendre les intérêts du peuple. Ceux qui rêvaient de reprendre leurs anciennes pratiques trouveront désormais face à eux un rempart politique solide et déterminé. Le peuple sénégalais reste vigilant. Le combat pour la souveraineté, la justice et la dignité ne s’arrêtera pas.
3 - Vous êtes celui qui a assuré la suppléance de Ousmane Sonko et vous lui avez finalement rendu le siège : Comment avez-vous vécu tout cela ?
J’ai vécu cela avec une immense fierté. Être le suppléant de celui que je considère comme mon modèle et ma référence a été le plus grand honneur de mon parcours politique. Aujourd’hui, être un acteur du retour de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, aussi minime que puisse être ma contribution, est sans doute l’expérience la plus forte et la plus marquante de ma vie politique. De tout Pastef, je me considère comme l’un des militants les plus chanceux.
En aviez-vous discuté au préalable ?
Nous sommes membres d’un parti organisé, discipliné et résolument engagé pour la réussite du projet. Chacun connaît les sacrifices que cette lutte exige et assume pleinement sa part de responsabilité. Pour le triomphe du projet et le respect de la volonté populaire, le président Ousmane Sonko devait impérativement retrouver sa place à l’hémicycle. C’était une nécessité politique, stratégique et historique. Aujourd’hui, l’essentiel est acquis : tout a été mis en œuvre avec détermination et responsabilité afin qu’il accède à la présidence de la deuxième institution du pays. C’est une victoire du projet sur les manœuvres, une victoire de l’engagement sur les calculs politiques.
Et les mots de Sonko à votre égard, ils vous font quoi ?
Lorsque le président Ousmane Sonko cite mon nom à la tribune de l’Assemblée nationale, ce n’est pas seulement un honneur personnel, c’est la reconnaissance d’un combat politique mené avec fidélité, courage et constance.
Aujourd’hui, je ressens une immense fierté et une profonde responsabilité. Depuis cette déclaration historique, les appels affluent de partout, y compris de mes collègues de la CEDEAO. Mais au-delà de ma modeste personne, le président Ousmane Sonko a rendu hommage à tous les militants du département de Podor, à tous ceux qui ont résisté, tenu bon et défendu le Projet dans les moments les plus difficiles. Cette reconnaissance est celle de tout Pastef Podor. Elle récompense des années de sacrifices, d’engagement et de loyauté au service d’un Sénégal souverain, juste et prospère.
Mais qu’on se le dise clairement : cette marque de confiance ne nous démobilise pas, elle nous engage davantage. Elle nous oblige à renforcer notre mobilisation autour de notre leader, à poursuivre le combat avec encore plus de détermination et à rester debout pour la réussite totale du Projet. À Podor, nous resterons fidèles à la vision du président Ousmane Sonko et entièrement engagés aux côtés du Pastef pour transformer durablement le Sénégal.
Ousmane Sonko Président de l’Assemblée nationale, qu’est-ce que cela vous inspire aujourd’hui ?
C’est bien plus qu’une satisfaction : c’est la victoire d’un combat historique contre un système qui a longtemps confisqué les institutions au détriment du peuple. L’Assemblée nationale est le cœur du contrôle démocratique ; elle doit être le rempart contre les abus, la corruption et le pillage des ressources publiques.
Voir Ousmane Sonko à la tête de cette institution, c’est faire le choix du courage, de la rupture et de la transparence. C’est envoyer un message clair à tous ceux qui ont fait des finances publiques un terrain de prédation : le temps de l’impunité est révolu. Désormais, chaque dérive, chaque détournement et chaque abus devront rendre compte devant le peuple sénégalais.
Quel est votre message au Pr. Diomaye qui cristallise aujourd’hui la colère de tout Pastef ?
Au président Diomaye, je demande simplement de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard. Le peuple sénégalais a porté un projet de rupture, de justice et de souveraineté ; personne ne pourra arrêter cette marche historique.
Le projet dépasse les hommes et les intérêts personnels. S’il s’éloigne des aspirations populaires, alors la base militante de Pastef, déterminée et engagée, saura rappeler avec force et fermeté le cap du changement, comme elle l’a déjà fait face à l’ancien régime.
Le Sénégal ne retournera plus en arrière. Le temps des compromissions et des calculs politiques est terminé. Le peuple veut des actes, de la transparence et une gouvernance fidèle aux engagements pris.
La page de l’Assemblée nationale est aujourd’hui derrière vous. Quelle sera votre future destination ?
Mon avenir politique s’inscrit clairement dans la continuité du combat au service de Pastef et de mon leader Ousmane Sonko. Notre responsabilité aujourd’hui est de renforcer davantage le parti, de préparer avec sérieux notre congrès et d’assurer une mobilisation massive autour de la vente des cartes.
Nous devons poursuivre sans relâche le travail de terrain, consolider nos bases et intensifier la massification dans tout le département de Podor. Le projet que nous portons est celui de l’espoir, de la rupture et de la souveraineté populaire. Et cet engagement exige discipline, proximité avec les populations et détermination pour faire triompher les aspirations du peuple sénégalais.
Propos recueillis par Youssouf SANE
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