Pape Thiaw, rattrapé par le très haut niveau du Mondial !
On peut perdre un match. On peut même sortir d'une Coupe du monde. Mais il y a des éliminations qui dépassent le simple résultat. Elles racontent une faillite. Celle du Sénégal face à la Belgique appartient à cette catégorie. Plus qu'une défaite, c'est un naufrage tactique qui interroge le niveau de notre banc.
Un détail, relevé par un internaute, résume presque tout. Pendant que les grands sélectionneurs vivent leurs matchs un carnet à la main, notant, corrigeant, anticipant, Pape Thiaw traverse les 90 minutes sans ce réflexe. Le carnet ne fait évidemment pas gagner un match. Mais il traduit une méthode, une obsession du détail, une culture de l'ajustement. Au très haut niveau, rien n'est laissé au hasard.
Après les trois buts encaissés contre la France, le sélectionneur avait assuré avoir revu la rencontre et identifié les corrections nécessaires. Les supporters espéraient une réaction. Ils ont découvert une copie conforme. Même équipe ou presque, mêmes certitudes, mêmes erreurs… et trois nouveaux buts encaissés contre la Norvège. Ce n'était pas une remise en question, mais une répétition.
Le coaching contre la Belgique restera longtemps incompréhensible. Alors que le Sénégal maîtrisait son sujet, sortir Illiman Ndiaye et Pape Gueye, parmi les meilleurs sur la pelouse, a déséquilibré l'équipe. À l'inverse, laisser jusqu'au bout des joueurs visiblement épuisés comme Sadio Mané ou Idrissa Gana Gueye a privé les Lions de fraîcheur au moment où le match basculait. Les remplacements sont faits pour renforcer une équipe, pas pour lui retirer son souffle. Même la vendeuse de "guerté Thiaf" du quartier n'aurait jamais commis certaines erreurs.
Le football moderne est devenu une science. Les émotions comptent, mais elles ne remplacent ni la lecture du jeu, ni l'anticipation, ni la maîtrise tactique. Au Mondial, chaque décision est sanctionnée immédiatement. Ce qui passe parfois en Coupe d'Afrique des nations devient fatal sur la scène mondiale.
Pape Thiaw possède sans doute des qualités humaines. Personne ne les conteste. Mais le cœur ne suffit pas pour rivaliser avec les meilleures nations. Une sélection nationale n'est pas un lieu de gratitude. C'est le sommet de la performance. Les choix doivent être parfois cruels, toujours lucides.
Le Sénégal dispose d'une génération capable de regarder les grandes nations dans les yeux. Encore faut-il lui offrir un encadrement capable de penser le football au rythme où le football moderne se joue. Car, au plus haut niveau, le terrain ne récompense jamais les souvenirs. Il couronne ceux qui voient avant les autres, décident plus vite... et coachent mieux.
Mais réduire ce fiasco au seul sélectionneur serait une facilité. Derrière un coaching défaillant se cache peut-être une gouvernance tout aussi défaillante. Car un entraîneur ne se nomme pas lui-même, ne s'évalue pas lui-même et ne se maintient pas seul à son poste. Le moment est donc venu de poser la vraie question : où commence la responsabilité de ceux qui dirigent notre football ? Celle de l'amateurisme de nos fédéraux mérite, elle aussi, un examen sans complaisance. Nous y reviendrons.
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