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Effet d’éviction, ce mécanisme discret qui étouffe l’initiative privée

Auteur: Aicha Fall

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Effet d’éviction, ce mécanisme discret qui étouffe l’initiative privée

L’effet d’éviction désigne une situation dans laquelle l’État, en recourant massivement à l’emprunt sur le marché intérieur, absorbe une part importante de l’épargne disponible et réduit de facto les ressources accessibles aux entreprises. Ce phénomène, souvent théorique dans les manuels d’économie, prend une dimension très concrète dans les pays où les marchés financiers restent peu profonds et où l’épargne nationale demeure limitée.

Dans de nombreuses économies d’Afrique de l’Ouest, les banques commerciales détiennent une proportion élevée de titres publics dans leurs portefeuilles. Lorsque le Trésor émet régulièrement des bons et obligations pour couvrir ses besoins budgétaires, ces instruments offrent aux établissements financiers un placement jugé sûr et relativement rémunérateur. Dans l’espace UEMOA, les émissions de titres publics ont dépassé 8 000 milliards de FCFA en 2023 selon les données de UMOA Titres, un niveau nettement supérieur à celui observé cinq ans auparavant. Cette dynamique traduit la montée des besoins de financement des États, mais elle modifie aussi l’allocation du crédit dans l’économie.

Pour une banque, prêter à l’État comporte généralement moins de risque que financer une petite ou moyenne entreprise dont les garanties sont limitées et la comptabilité parfois fragile. Le choix d’investir dans des obligations souveraines plutôt que dans des projets productifs peut alors s’imposer d’un point de vue prudentiel. Ce déplacement de ressources se traduit par un rationnement du crédit pour le secteur privé, en particulier pour les PME qui dépendent presque exclusivement du financement bancaire.

Les chiffres confirment cette asymétrie. Dans plusieurs pays de la région, le crédit au secteur privé représente moins de 30 % du produit intérieur brut, un ratio bien inférieur à celui observé dans les économies émergentes d’Asie ou d’Amérique latine. Au Sénégal, les statistiques de la BCEAO indiquent que la part des créances sur l’État dans le bilan des banques a progressé ces dernières années, parallèlement à l’augmentation des émissions domestiques. Cette évolution n’implique pas mécaniquement une contraction du crédit aux entreprises, mais elle contribue à maintenir des conditions d’accès au financement plus strictes.

L’effet d’éviction ne se limite pas à une question de volumes. Il peut également influencer le coût du crédit. Lorsque l’État offre des rendements attractifs pour attirer les souscripteurs, les entreprises doivent consentir à des taux plus élevés pour se financer, surtout si leur profil de risque est jugé incertain. Dans un contexte de croissance encore fragile, cette hausse du coût du capital peut retarder des investissements, ralentir l’innovation et freiner la création d’emplois.

Toutefois, la relation n’est pas automatique ni uniforme. Si les fonds levés par l’État sont orientés vers des infrastructures productives, l’impact peut être positif à moyen terme en améliorant l’environnement des affaires. L’effet d’éviction devient problématique lorsque l’endettement sert principalement à financer des dépenses courantes ou à combler des déséquilibres persistants sans générer de gains de productivité.

La question centrale réside donc dans l’équilibre. Dans des économies où l’épargne intérieure reste restreinte et où les marchés financiers ne disposent pas d’une profondeur suffisante, une mobilisation excessive des ressources par le secteur public peut peser sur l’initiative privée. Renforcer la diversification des sources de financement, développer le marché obligataire privé et élargir la base d’investisseurs institutionnels constituent des pistes pour atténuer ce mécanisme discret, mais déterminant, dans la trajectoire de croissance.

Auteur: Aicha Fall
Publié le: Vendredi 13 Février 2026

Commentaires (3)

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    Lamine il y a 1 heure
    Bien. Un papier de qualité. Bravo.
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    the realest il y a 1 heure
    Ce système bancaire n'est pas adapté à nos économies. Ce ne sont pas les banques qui développent un pays mais plutôt la production et la productivité alors que l'Etat ne produit rien à part consommer les fonds de leur fonctionnement outrancier et des investissements de qualité médiocre qui périssent avant la fin de l'emprunt. A la différence du secteur privé qui emploie et qui crée de la valeur sur laquelle l'Etat se retourne pour ponctionner impôts et taxes. Et rebelotte!!! Ce cercle vicieux infernal à l'image du serpent qui se mord la queue. Damned!!!
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    INSTRUCTIF il y a 55 minutes
    Article instructif. Rare chez Seneweb. Ça nous donne un petit répit par rapport aux innombrables affaires d'homosexualité.

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