La pêche artisanale au bord du gouffre : entre pénurie de poisson et défis énergétiques
Pilier historique de la sécurité alimentaire et de l’économie nationale, la pêche artisanale sénégalaise traverse une crise sans précédent. La raréfaction des stocks de poissons, exacerbée par la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), menace désormais la survie des communautés côtières et fragilise l’ensemble de la filière halieutique.
Sur le terrain, les signaux d'alarme se multiplient. Les acteurs du secteur dénoncent des pratiques non durables telles que la capture de poissons immatures, le non-respect des tailles minimales ou encore la violation des périodes de repos biologique. Cette pression sur la ressource transforme paradoxalement le Sénégal en un importateur net de poisson, s'approvisionnant désormais auprès du Maroc, de l’Argentine ou de la Chine.
Un impact social et humain dévastateur
Cette crise n'est pas seulement écologique ; elle est profondément sociale. La flambée des prix du poisson sur les marchés locaux précarise l'accès à la nourriture pour les ménages. Les femmes transformatrices peinent à trouver de la matière première, tandis que la fermeture de plusieurs unités industrielles alimente le chômage. Plus dramatique encore, le désespoir pousse de nombreux jeunes pêcheurs vers l'émigration irrégulière, au péril de leur vie.
« Les jeunes pêcheurs dépensent de plus en plus pour aller loin et gagnent de moins en moins », déplore Daouda Ndiaye, chargé de communication du CONIPAS. Pour tenter de juguler ce déclin, l'État a instauré des Conseils Locaux de Pêche Artisanale (CLPA) et des programmes de conservation comme le « Programme Froid ». Cependant, ces initiatives peinent à compenser l'ampleur du problème.
Le nouveau défi de la cohabitation avec le pétrole et le gaz
L'horizon s'assombrit davantage avec le démarrage prochain de l'exploitation pétrolière et gazière offshore. Les communautés de pêcheurs redoutent une réduction de leur espace de travail et des impacts environnementaux majeurs. Selon Mamadou Goudiaby, Directeur de Cabinet du ministère des Pêches, l'instauration d'un dialogue inclusif est devenue impérative pour garantir une coexistence pacifique entre les activités halieutiques et l'industrie extractive.
Face à l'urgence, le CONIPAS finalise actuellement son plan stratégique 2026–2029. Cette feuille de route vise à restaurer la durabilité des ressources et à renforcer la gouvernance du secteur. Pour la pêche sénégalaise, engagée dans une course contre la montre, l'enjeu est désormais d'éviter un naufrage définitif.
Commentaires (7)
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maa warou . Diaxlé ba Diomy..... C´est ousmane SONKO qui nous avait promis des poissons en abondance ....Ndékété yo ... Patrice waxal bokk
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