[Lumières de la Foi] Cheikh Déthialaw Seck : Le « Lion de Ngourane » et l’appel mystique du puits
En ce mois béni de Ramadan, Seneweb poursuit sa série dédiée aux grandes figures de la spiritualité sénégalaise. Pour ce deuxième numéro de notre rubrique « Lumières de la Foi », nous nous rendons dans le Cayor, à Ngourane, sur les traces d'un homme dont le destin fut scellé par une rencontre mystique dans un puits. Découvrez la vie et l'œuvre de Mame Cheikh Déthialaw Seck, le « Wolof de Cheikhna Cheikh Saad-Bouh », qui a transformé une terre de traditions guerrières en un foyer ardent de la Khadriyya.
Ngourane, une localité située à 7 km de Ngoumba Guéoul, est devenue un foyer de la Khadriyya grâce au Cheikh Déthialaw Seck, originaire dudit village, l’un des illustres compagnons de Cheikhna Cheikh Saad-Bouh. Le « Lion de Ngourane » ou « Borom Ngourane » fut un grand défenseur de la cause de l’Islam. Il a reçu la bénédiction de toute la famille chérifienne. Parmi les disciples les plus dévoués à Cheikh Saad-Bouh — lequel a dit : « Qui voit Cheikh Déthialaw m’a vu » — le saint homme, né dans les années 1850, reste la lumière divine qui a illuminé cette partie du Cayor à forte prédominance « Ceddo » : Ngourane.
Cheikh Déthialaw Seck fait référence dans la communauté Khadrya. La raison ? Le saint homme occupe une place de choix dans le cœur de Cheikhna Cheikh Saad-Bouh. Mieux, il a été élevé par le saint homme de Nimzath à un grade très élevé dans la hiérarchie du savoir et de l’érudition : la « Khoutbaniya ». Une charge spirituelle qui témoigne de la nature de la mission confiée à celui qu’on ne cessait d’appeler à Nimzath et aux environs, « le Wolof de Saad-Bouh ».
Il revenait à Cheikh Déthialaw, né dans les années 1850, l’insigne honneur d’œuvrer pour le rayonnement de l’Islam dans cette partie du Cayor.
L’évocation du nom de Cheikh Déthialaw Seck remplit donc de fierté toute une communauté villageoise et, bien au-delà, toute une communauté de fidèles musulmans qui se réclament de la Khadriyya au Sénégal. Et à juste titre ! puisque le saint homme de Ngourane est révélateur de la dimension mystique de Cheikhna Cheikh Saad-Bouh Abihi, mais aussi et surtout de la place que l’homme noir, et en particulier le Sénégalais, occupe dans la démarche religieuse du vénéré guide de Nimzath. À Ngourane, c’est une fierté d’être Khadre et d’entretenir la flamme rallumée par Cheikh Déthialaw depuis près d’un siècle.
La rencontre mystique du puits
Entre Cheikh Déthialaw et Cheikhna Cheikh Saad-Bouh Abihi, c’est l’histoire d’une rencontre agrémentée d’une forte dose de spiritualité. C’est celle d’un orphelin (de père et de mère) fortement ancré dans son terroir, baignant dans un environnement « Ceddo », et d’une érudition qui a choisi de l’accompagner pour accomplir sa destinée. À Ngourane, l’on se plaît à rappeler cette rencontre déterminante.
Un jour, alors qu’il creusait un puits en compagnie de son demi-frère, Mandione, Cheikh Déthialaw fut submergé par une lumière divine. La personnalité de Cheikhna Cheikh Saad-Bouh, tout de blanc vêtu et tourné vers l’Est, lui est apparue au beau milieu du puits. Quelques phrases retentirent à l’oreille de Cheikh Déthialaw : « Je ferai de toi un "Waliyou" ; un maître dans la voie tracée par Allah le Tout-Puissant ». Subjugué, Cheikh Déthialaw demanda à son frère s’il avait vu cet homme à la blancheur lumineuse.
Mandione, lui, n’avait rien vu ni entendu. Cette lumière lui avait demandé de le retrouver à Nimzath. Vers 19 heures, explique son petit-fils, Cheikh Nah Seck, « Cheikh Déthialaw fit l’appel à la prière et pria pour la première fois, à l’âge de 20 ans. Cette nuit-là, il prit la ferme décision de quitter Ngourane pour répondre à l’appel de l’homme enturbanné ».
Le voyage vers Nimzath et les 114 sourates
À la sortie de son village natal, Cheikh Déthialaw fut accueilli par Cheikhna Cheikh Saad-Bouh qui a choisi de guider ses pas. « Entre Ngourane et Keur Ma’Ndiaye, Allah le Tout-Puissant lui a permis de maîtriser les 114 sourates du Coran », soutient son petit-fils. Une prouesse qui manifeste le destin des élus de Dieu.
Poursuivant son chemin, il fit escale à Pallène Séllé Diagne, Keur Maguèye Salla et Sahm avant de se retrouver à Saint-Louis pour rattraper la caravane en partance pour Nimzath. Durant le voyage, il prit soin des chameaux de son guide avec une telle dévotion qu'il finit par se blesser au pied. Les caravaniers, le voyant incapable de marcher, choisirent de le laisser dans un village. Une fois à Nimzath, Cheikhna, mécontent de ce traitement, confia à Ibn Hambal son propre chemin pour aller à sa rencontre. Cheikh Déthialaw refusa pourtant de monter sur le chameau, préférant marcher malgré la douleur pour rejoindre son maître. Lorsqu’il se retrouva face au saint homme de Nimzath, il reconnut immédiatement le personnage vu dans le puits.
Cheikhna le confia alors à un sage nommé Mohamed Ibn Abdallah ; à la mort de ce dernier quelques jours plus tard, Cheikh Déthialaw hérita de toute sa dimension spirituelle.
Ascète trempé dans le soufisme
À Nimzath, Cheikh Déthialaw, ayant pris le nom de Cheikh Ahmed Ibn Malick, s’était fait une grande réputation par sa propension à psalmodier le nom d’Allah. Même au Maroc, où Cheikhna l’envoyait souvent, il fit étalage de sa science et de son mysticisme. Sa proximité avec Cheikh Saad-Bouh fit de lui une ascète trempée dans le soufisme. Bien qu'il souhaitât rester servir son maître à Nimzath, Cheikhna rédigea de sa propre main un diplôme lui conférant le titre de « Cheikh », le grade le plus élevé de la hiérarchie Khadre, pour qu'il retourne au Sénégal.
De retour à Ngourane, il œuvra pour le rayonnement de l’Islam dans une région alors réfractaire. Sa réputation grandit suite à de nombreux prodiges, comme le transfert de sépultures avec une « précision religieuse » ou la résurrection d’un talibé à Loumpoul. Un autre fait marquant fut la traversée du désert mauritanien par douze de ses talibés pour acheminer des tôles à Nimzath, nourris seulement de quelques dattes et de riz, et qui devinrent tous centenaires. L’endroit où il repose depuis 1934 fut béni par Cheikhna Cheikh Saad-Bouh, qui y avait récité sept fois le Coran lors de sa dernière visite.
La mission confiée au « Lion » parmi les trois Cheikhs
Un jour à Saint-Louis, Cheikh Saad-Bouh réunit trois distingués Cheikhs : Cheikh Déthialaw de Ngourane, Cheikh Pathé Sarr de Mérina et Cheikh Aldiouma Bâ de Guet Ardo. Il leur confia des missions sacrées. À Cheikh Pathé Sarr fut confiée la célébration du Maouloud (Gamou). À Cheikh Aldiouma Bâ revint la mission de construire une mosquée et d'effectuer le pèlerinage à La Mecque. Enfin, la mission de célébrer chaque année le 15ème jour du Ramadan, nuit dédiée à Cheikh Abdoul Khadr Jelani, fut confiée à Cheikh Déthialaw Seck.
Jusqu’à sa disparition en 1934, le saint homme a célébré ce « Gamou Khadre » de Ngourane, initié dès 1880. Aujourd’hui, sa famille perpétue ce legs. Ses khalifes, dont Cheikh Alioune Seck, ont donné à cet événement une dimension internationale. Chaque année, le souvenir de ce saint homme réunit les fidèles, notamment à la Médina de Dakar chez Cheikh Assane Fall Sadiawar, pour magnifier l'œuvre du « Lion de Ngourane ».

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