Ramadan à Dakar : Le défi quotidien de ceux qui ne jeûnent pas
À Dakar, pendant le Ramadan, la capitale change de visage. La journée s'éteint doucement, tandis que la ville s'anime la nuit : boutiques, boulangeries et restaurants restent ouverts tard, et des familles entières se retrouvent sur les balcons ou dans les rues pour partager un repas. Les pièces de repas improvisées se multiplient, et les rues connaissent une vie nocturne plus intense qu'en plein jour. La communauté musulmane vit alors le jeûne et la rupture du jeûne dans une effervescence particulière, entre solidarité et festivités.
Mais pour ceux qui ne pratiquent pas le jeûne, cette période peut s'avérer plus compliquée, sachant que pour cette année, les communautés musulmane et catholique jeûneront à la même période. Deux résidentes étrangères de nationalité gabonaise, à Dakar depuis plusieurs années, racontent les défis auxquels elles sont confrontées chaque année. « Habituellement, je suis souvent obligée de jeûner aussi », confie l'une d'elles. « Si tu manges alors que d'autres jeûnent, on te le rappelle et parfois on te regarde comme si tu étais une pécheresse plutôt qu'un être humain. » Les regards insistants et les jugements, parfois involontaires, deviennent une pression constante.
Le quotidien se transforme également sur le plan pratique. Les boulangeries et commerces connaissent des afflux importants aux heures de rupture du jeûne, obligeant certains à modifier leurs habitudes. « Tu es obligée de manger du pain à la coupure, car si tu te lèves un peu tard, il n'y en a plus. Et parfois, tu dois manger à la maison, en évitant tous les regards », raconte l'une des femmes.
Malgré ces contraintes, elles gardent un regard positif : « Cette année, je crois que les musulmans seront plus contents car le Ramadan tombe au même moment pour tout le monde. Mais pour ceux qui ne jeûnent pas, je les plains », ajoute l'une d'elles.
Quand le Ramadan rapproche : entre convivialité, cafés et pains partagés
Pour d’autres, cette période sainte est plutôt agréable. Un étudiant en journalisme, Yann Kassa, raconte : « C’est l’une de mes périodes préférées. La communauté musulmane est sociable : on offre du café et du pain à chaque coin de rue. Déjeuner en journée n’est toujours pas évident, mais je m’en sors. »
Mme Richie, professeure à l'ISM vivant ici depuis plus de dix ans et mère de jeunes enfants scolarisés, s’adapte à la période en faisant du pain à cette période : « Avec mes enfants, c’est devenu une habitude, je fais du pain et me prépare en conséquence pour affronter cette période ».
Ces témoignages mettent en lumière une réalité peu abordée : le Ramadan à Dakar n'affecte pas seulement ceux qui pratiquent le jeûne, mais aussi ceux qui l'observent à distance, confrontés à des préjugés, des contraintes sociales et à une adaptation quotidienne. Une expérience qui appelle à la compréhension et à la tolérance, dans une ville où religion, culture et vie urbaine se mêlent étroitement.
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