Rapport 2025 : Amnesty dresse un bilan contrasté des droits humains au Sénégal
Dans son rapport annuel présenté à la presse ce mardi 21 avril, Amnesty International a alerté sur la situation préoccupante des droits humains en Afrique de l’Ouest et centrale en 2025. L’organisation pointe d’abord la persistance des conflits au Sahel, au Cameroun, en République centrafricaine et au Nigeria, marqués par des attaques contre les civils et une impunité quasi-totale, mettant en lumière à la fois des avancées notables et de profondes préoccupations.
Lors de sa prise de parole, le directeur exécutif de la section Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama a dressé un tableau contrasté de la situation des droits humains au Sénégal en 2025.
Parmi les évolutions positives, le responsable d’Amnesty Sénégal a souligné une amélioration du respect du droit de manifester. «Des rassemblements citoyens et politiques ont pu se tenir, traduisant une volonté apparente des autorités de garantir cette liberté fondamentale », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette avancée est essentielle dans un contexte où, par le passé, la restriction de ce droit avait conduit à des violences meurtrières lors de manifestations.
Toutefois, il a déploré la fragilisation de la liberté d’expression. «Le gouvernement a entretenu des tensions avec les médias, notamment en tentant d’imposer certaines réformes sans consensus », a-t-il rappelé, avant d’ajouter: «Plusieurs organes de presse ont été suspendus après avoir donné la parole à des personnes controversées ». Une situation qu’il juge «inacceptable» rappelant que ces interventions ne constituaient pas des appels à la violence, mais relevaient du débat public.
Il a cependant salué le rôle de la justice, notamment celui de la Cour suprême, qui a parfois freiné ces initiatives, démontrant une certaine indépendance institutionnelle.
L’année 2025 a également été marquée par de nombreuses arrestations liées à des prises de parole publiques. Journalistes, militants et citoyens ont été poursuivis, parfois à l’initiative de particuliers.
Pour Seydi Gassama, ces pratiques nuisent à la qualité du débat démocratique. Il a plaidé pour la suppression des peines de prison dans les délits de presse, au profit de sanctions civiles comme les amendes.
Environnement et santé publique : des risques persistants
L’activiste a aussi évoqué un autre sujet d’inquiétude notamment le droit à un environnement sain, citant comme exemple le cas des décharges situées à proximité d’habitations et d’écoles, exposant les populations à de graves risques sanitaires.
Selon lui, malgré des études démontrant la dangerosité du site, les autorités tardent à agir, face à ces risques qui peuvent provoquer une augmentation des maladies respiratoires, notamment chez les enfants.
Surpopulation carcérale alarmante
Seydi Gassama a également alerté sur la surpopulation carcérale dans les prisons sénégalaises, une situation préoccupante avec environ 15 000 détenus pour une capacité largement inférieure. «Les conditions de détention sont contraires aux droits humains », a-t-il déploré, appelant l’État à prendre des mesures urgentes pour désengorger les établissements pénitentiaires et garantir des conditions de vie dignes.
Gassama a aussi insisté sur la nécessité de lutter contre l’impunité et de garantir la justice aux victimes.
«Depuis plus de cinq ans après les événements meurtriers survenus lors de manifestations en 2021, les familles des victimes attendent toujours justice », a-t-il martelé. Dénonçant un "déni de justice", Seydi Gassama appelle les institutions à faire toute la lumière sur ces cas décès estimés à plusieurs dizaines, dont des mineurs.
Concernant la migration irrégulière, il a indiqué que des centaines de jeunes Sénégalais ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’Europe par voie maritime. Pour lui, l’Etat doit renforcer la lutte contre les réseaux passeurs mais aussi proposer des alternatives économiques pour les jeunes afin qu'ils évitent ce fléau.
Dans son rapport, Seydi Gassama a également posé un regard critique sur la situation des enfants, notamment ceux vivant dans la rue. «Plusieurs décès liés à des conditions de vie précaires ont été signalés en 2025», a-t-il rappelé, exhortant les autorités à agir rapidement pour la protection des plus vulnérables, malgré les efforts législatifs en cours.
Le patron exécutif d’Amnesty Sénégal a enfin dénoncé les discriminations contenues dans le Code de la famille sénégalais notamment la "puissance paternelle" et les inégalités dans l’âge légal du mariage. Des notions qui, dit-il restent "problématiques".
Il appelle à une réforme profonde afin d’aligner la législation nationale sur les engagements internationaux du Sénégal en matière de droits des femmes et des enfants.
Pour clore son intervention, Seydi Gassama a lancé un appel à des réformes urgentes structurelles pour consolider les acquis démocratiques et garantir pleinement les droits humains.
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