Un jus d’orange, une pilule de “vollet” et un malaise : Un anniversaire tourne mal chez ADM Value
Le 9 janvier 2026 devait être une journée ordinaire, presque joyeuse, au centre ADM Value, sis au Point E. C’était l’anniversaire de M. A. Obega, téléconseillère de 30 ans, employée depuis 2022 dans la boîte. Elle avait prévu de rester chez elle, fatiguée. Mais la pression du travail, l’insistance d’une collègue et la promesse d’un gâteau l’ont finalement convaincue de rejoindre le plateau. Ce qu’elle ignorait encore, c’est que cette journée allait basculer dans une affaire troublante.
Selon les faits, tout a commencé à l’heure de la pause. Selon la plainte de M. A. Obega, sa collègue A. Diaw revient avec du jus d’orange. Elle insiste pour lui en offrir. Obega refuse d’abord, puis accepte. Mais A. Diaw balaie l’inquiétude. Obega termine la tasse. Quelques minutes plus tard, elle fait un malaise. Elle est allongée dans une salle, entourée de collègues désemparés. « Je ne pouvais plus rien faire », déclare-t-elle. Le plus glaçant, dans son récit, n’est pas seulement la boisson. C’est l’absence de secours immédiats. Finalement, c’est son frère, contacté tardivement, qui viendra la récupérer.
Interpellée, A. Diaw reconnaît les faits. Elle admet avoir glissé dans le jus un comprimé d’ecstasy, appelé « vollet », sans en informer sa collègue. « Oui, je reconnais l’avoir mis dans le jus à son insu », déclare-t-elle. A. Diaw affirme qu’elle voulait qu’Obega se sente bien et que l’équipe puisse rigoler pour son anniversaire.
Son collègue, I. D. Ahouangan, est soupçonné de complicité. Mais l’homme nie catégoriquement son implication. Selon lui, il n’a pas bu le jus, était en communication avec un client, et il n’a appris l’existence de la pilule qu’après l’incident. « Je ne savais pas qu’elle y avait mis de la drogue », insiste-t-il. La responsable de production, O. K. Diop, affirme avoir ordonné l’appel au SAMU pour les secours. Le superviseur D. M. Gafoula confirme, évoquant une indisponibilité de véhicule.
Obega porte plainte contre sa copine A. Diaw, laquelle a été arrêtée avec Ahouangan. Déférés devant le procureur de la République, ils sont respectivement poursuivis pour détention et usage de drogue, mise en danger de la vie d’autrui et complicité.
« Je voulais qu’elle se sente bien… »
L’affaire a été jugée vendredi au tribunal des flagrants délits de Dakar. La prévenue A. Diaw a reconnu avoir administré la pilule dans la tasse de jus d’orange qu’elle a offerte à Obega. Elle a déclaré que la substance lui avait été offerte la veille par l’un de ses amis venu en vacances du Canada. Elle voulait la partager avec Obega et Ahouangan.
« Il m’avait dit : comme tu travailles dans un centre d’appels, tu seras détendue. Comme c’était le jour de son anniversaire, je voulais qu’elle se sente bien. La seule erreur que j’ai faite, c’est de ne pas leur dire que c’était de la drogue », a soutenu A. Diaw, avant de préciser qu’elle n’a jamais consommé de drogue.
Poursuivi pour complicité, I. D. Ahouangan conteste les faits. Mais s’il a avoué avoir acheté le jus sur demande d’A. Diaw, il déclare qu’il ignorait que cette dernière avait glissé de la drogue dans la tasse. L’homme a précisé qu’il n’a même pas eu le temps de boire lorsque A. Diaw l’avait servi.
La partie civile réclame 10 millions
Le conseil de la partie civile, Me Arona Bass et autres, ont réclamé la somme de 10 millions de FCFA. Les avocats soutiennent que le ministère public devait retenir l’infraction d’administration de substance nuisible à la santé.
Dans ses observations, le procureur de la République a souligné qu’aucun certificat médical n’a été versé dans le dossier pour que cette administration soit retenue. Selon le parquet, techniquement, cette infraction ne saurait prospérer.
Pour le maître des poursuites, les débats d’audience n’ont pas permis de démontrer qu’Ahouangan a agi pour aider A. Diaw. Il a requis la relaxe pure et simple à son encontre.
Quant à la dame A. Diaw, le procureur estime que la détention ne souffre aucun doute. Elle n’a pas non plus contesté avoir mélangé la drogue et l’avoir donnée à Obega. Donc, dit le procureur, elle a offert de la drogue. Suffisant pour demander la requalification des faits en offre ou cession de drogue. Puis, il a requis une peine allant de 6 mois à 2 ans ferme.
La défense, assurée par Mes Clédor Ly et Sadjo, a pris le contrepied pour plaider le renvoi des fins de la poursuite pour A. Diaw. Pour les robes noires, la plaignante a voulu dérouler un film. La défense a même produit la vidéo de l’anniversaire. Sur les images, la partie civile souffle son gâteau avec ses collègues.
Me Sadjo affirme qu’il s’agit d’un procès de suppositions. Me Clédor Ly soutient que les éléments de l’infraction n’existent pas dans le dossier. Il a demandé au tribunal de débouter la partie civile de toutes ses demandes.
En rendant son délibéré, le tribunal a relaxé I. D. Ahouangan. Il a déclaré A. Diaw coupable du délit de mise en danger de la vie d’autrui, avec un mois de prison ferme et une amende de 200 000 FCFA. Elle doit verser la somme de 500 000 FCFA à Obega à titre de dommages et intérêts.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.