Wakhinane Nimzatt : Comment le lutteur Bébé Diène et ses complices ont été démasqués
L’enquête sur un vaste réseau de fraude à l’état civil a connu une accélération spectaculaire avec le déferrement du lutteur Bébé Diène et de plusieurs autres personnes devant le parquet de Pikine-Guédiawaye. Dans un rapport détaillé transmis au procureur Saliou Dicko, la Sûreté urbaine (SU) de Dakar retrace les mécanismes d’un système de fabrication et d’exploitation de faux actes d’état civil ayant permis à plusieurs individus d’obtenir indûment des documents administratifs sénégalais.
Le point de départ
Il s’agit d’une anomalie détectée dans les fichiers de l’état civil. Selon l’enquête, le 4 mai 2026, la Direction de l’automatisation des fichiers (DAF) a mis à la disposition de la SU plusieurs individus impliqués dans un système frauduleux portant sur des actes d’état civil irréguliers. Les premières investigations ont révélé que le lutteur connu sous le nom de Bébé Diène, identifié comme Amadou Cheikhou Diallo, de nationalité guinéenne, s’était fait établir frauduleusement un acte de naissance sénégalais sous l’identité de Mamadou Thiam. Le document incriminé portait le numéro 4028 de l’année 1997, un numéro déjà attribué à une autre personne dans les bases nationales de données. Cette duplication a immédiatement alerté les autorités sur l’existence d’une fraude organisée touchant le système d’état civil.
Les investigations ont conduit les policiers au centre d’état civil de Wakhinane Nimzatt. Sur place, les enquêteurs disent avoir découvert un registre parallèle qualifié d’irrégulier. D’après le procès-verbal, ce registre n’était ni coté, ni paraphé, ni clôturé et ne comportait aucune authentification officielle. Les policiers évoquent également des pages manquantes et une numérotation incohérente.
Après autorisation judiciaire, le registre a été saisi. Son exploitation a permis de confirmer l’existence d’un système structuré destiné à produire de faux actes de naissance pour des personnes souhaitant régulariser illégalement leur situation administrative. Les enquêteurs affirment que grâce à ces faux documents, plusieurs bénéficiaires ont pu obtenir des cartes nationales d’identité, des passeports, des certificats de nationalité, des diplômes et d’autres documents administratifs.
Les aveux du lutteur Bébé Diène
Placé en garde à vue, Bébé Diène a reconnu les faits lors de son audition. Le lutteur a admis que l’acte de naissance utilisé pour obtenir sa carte nationale d’identité sénégalaise était frauduleux. Il a déclaré être de nationalité guinéenne, né de parents guinéens, avant d’expliquer avoir effectué cette démarche afin de poursuivre une carrière dans la lutte sénégalaise. Selon ses déclarations, l’obtention d’une licence de lutte nécessitait la présentation d’une pièce d’identité sénégalaise.
Toujours d’après le rapport de police, Bébé Diène a mis en cause son tuteur Boubacar Thiam ainsi que le responsable de son écurie, Meïssa Diaw alias Boy Kaïré. Il affirme que ces derniers l’ont aidé dans les démarches administratives, allant jusqu’à se présenter comme ses parents adoptifs. Le lutteur soutient également avoir été rassuré sur l’absence de risques judiciaires, Boubacar Thiam lui ayant expliqué qu’une prétendue adoption lui permettrait d’obtenir la nationalité sénégalaise.
Le rôle de Boubacar Thiam
Entendu à son tour, Boubacar Thiam a reconnu être le tuteur du lutteur qu’il considère comme son enfant adoptif, tout en admettant qu’aucune procédure légale d’adoption n’avait été engagée. Il reconnaît avoir fourni sa pièce d’identité ainsi que celle de son épouse pour les démarches. Toutefois, il nie s’être personnellement rendu au centre d’état civil, rejetant la responsabilité des formalités sur le défunt Mor Niang. Il affirme également avoir agi de bonne foi après avoir reçu des assurances sur la régularité de la procédure.
Les révélations sur le faux registre de 1997
L’enquête a également ciblé Amadou Diallo alias « Nini », officier d’état civil à Wakhinane Nimzatt depuis 2009. Face aux enquêteurs, l’adjoint au maire a reconnu l’existence d’un faux registre datant de 1997 ayant servi à établir des actes de naissance frauduleux. Il attribue cependant sa confection à un ancien officier d’état civil aujourd’hui décédé. Malgré ses dénégations concernant le cas précis de Bébé Diène, Amadou Diallo admet avoir signé plusieurs extraits de naissance issus de ce registre litigieux, notamment ceux concernant Boubacar Ba, Codou Guèye et Amy Niang. Les policiers estiment que cette reconnaissance démontre une implication indirecte dans la validation d’actes irréguliers.
Des bénéficiaires aux versions diverses
Les auditions des autres personnes interpellées révèlent plusieurs méthodes utilisées pour obtenir les documents incriminés. Certaines personnes, comme Mame Diarra Guèye, déclarent avoir payé des intermédiaires pour obtenir des actes de naissance, parfois avec modification de leur année de naissance. D’autres, à l’image de Boubacar Ba, reconnaissent avoir sollicité des circuits parallèles contre rémunération afin d’obtenir des extraits de naissance tardifs. Amy Niang, Fatoumata Barry, Coumba Diallo et Fatou Fall évoquent quant à elles des procédures irrégulières tout en soutenant avoir ignoré le caractère frauduleux des documents obtenus.
Ce que Boy Kaïré a dit aux enquêteurs
Le célèbre manager d’écurie Meïssa Diaw alias Boy Kaïré a également été entendu comme témoin. Il reconnaît avoir conseillé au lutteur de se procurer une pièce d’identité pour pouvoir exercer dans l’arène, mais nie toute participation à une fraude administrative. Selon les enquêteurs, les investigations n’ont pas permis, à ce stade, de réunir des preuves suffisantes contre lui. Toutefois, la police laisse son implication éventuelle à l’appréciation du procureur de la République.
Dans le cadre de la procédure, plusieurs pièces ont été placées sous scellés. Il s’agit du registre d’état civil de 1997 de Wakhinane Nimzatt et de la carte nationale d’identité attribuée à Bébé Diène sous la fausse identité de Mamadou Thiam. Les enquêteurs ont également tenté de récupérer la licence de lutte du lutteur. Son manager Mbaye Diagne leur a indiqué que le document se trouve actuellement à la Fédération de lutte en raison des engagements contractuels liés à un combat prévu contre le lutteur Zarco.
Au terme de l’enquête, les éléments de la Sûreté urbaine ont déféré les mis en cause au parquet de Pikine-Guédiawaye. Ils sont poursuivis pour les délits d’association de malfaiteurs, faux et usage de faux en écritures publiques, fausse déclaration à l’état civil, obtention indue d’actes administratifs et complicité de ces chefs.
Le chef du parquet a décidé d’envoyer le dossier en instruction. Un cabinet sera désigné pour l’ouverture de l’information judiciaire.
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