Le diagnostic sans complaisance de Boubacar Racine Sy sur le mal sénégalais
La fragilité actuelle de la démocratie sénégalaise trouve son origine dans une crise plus profonde, celle de l’éducation, selon Boubacar Racine Sy. Invité du Jury du Dimanche sur Iradio, il affirme : « Le lien est évident. Un pays ne peut avancer durablement sans une école forte ». L’éducation, pourtant reconnue comme levier de développement, semble aujourd’hui reléguée au second plan. « On en parle beaucoup, mais les investissements restent insuffisants », déplore-t-il. Or, l’histoire des nations développées montre une constante : la réussite passe par la formation des citoyens, la discipline et la rigueur. Autant de valeurs qui tendent à s’effriter dans la société sénégalaise.
Cette fragilité éducative a des répercussions directes sur la qualité du débat démocratique. « On ne débat plus pour comprendre, mais pour imposer son point de vue », observe-t-il. Les échanges, notamment sur les réseaux sociaux et les plateaux médiatiques, deviennent souvent conflictuels, marqués par l’émotion plutôt que par l’argumentation. Autre dérive : la confusion entre démocratie et élections. Une vision restrictive que Boubacar Racine Sy rejette, en écho aux analyses d'Edwy Plenel. La démocratie, insiste-t-il, « repose sur un socle plus large : libertés fondamentales, justice indépendante, respect des lois, culture du dialogue ».
Le déficit d’exemplarité
Mais au-delà des institutions, la démocratie se vit au quotidien. Respect des règles, civisme, sens de l’intérêt général : autant de comportements qui conditionnent son fonctionnement. « Un pays a les dirigeants à l’image de ses citoyens », résume-t-il, soulignant une responsabilité partagée. Dans ce contexte, la politique elle-même subit une dérive. « Elle est devenue, pour certains, un moyen d’ascension sociale », regrette-t-il. Manipulation, absence de débat d’idées, instrumentalisation des stratégies attribuées à Nicolas Machiavel : autant de pratiques qui éloignent la politique de sa mission première, servir l’intérêt général.
La solution, selon lui, passe par un effort collectif. L’école, la famille, les médias et les partis politiques doivent jouer pleinement leur rôle de formation des citoyens. Des citoyens mieux formés et plus conscients seront moins sensibles aux discours simplistes ou populistes. Enfin, il appelle à renouer avec la culture du consensus qui a marqué certaines réformes politiques sous Abdou Diouf. Ce dialogue entre acteurs politiques avait permis de stabiliser les règles du jeu démocratique. Aujourd’hui, son affaiblissement constitue un risque pour l’équilibre institutionnel.
Le diagnostic est sévère, mais porteur d’espoir. Car pour Boubacar Racine Sy, rien n’est irréversible. « Le changement ne dépend pas d’un seul homme, mais de l’engagement de tous », conclut-il. Au cœur de cet engagement, une priorité s’impose : réhabiliter l’éducation pour refonder la démocratie.
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