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Gouverner au-delà des slogans : l'impératif de sortir de l'infantilisme (par Adama Ndiaye)

Auteur: Adama Ndiaye

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Gouverner au-delà des slogans : l'impératif de sortir de l'infantilisme (par Adama Ndiaye)

Gouverner est un exercice de tragédie. Mais au Sénégal, cet exercice a muté en un malentendu historique. Les débordements récents à l’UCAD, ponctués par la mort atroce de l’étudiant Abdoulaye Ba, ne sont que le dernier acte d’une pièce de théâtre dont nous avons nous-mêmes écrit le scénario : celui d’un État sommé d’être omniprésent, omniscient et, par extension, comptable de tout.

Nous entretenons avec la puissance publique un rapport qui confine à l’infantilisme social. Comme le soulignait le psychologue Michel Schneider dans son essai Big Mother, nous sommes passés de l’État-Protecteur à l’État-Nounou. « Big Mother ne commande plus, elle soigne. Elle ne demande plus l’obéissance, mais l’adhésion. Elle substitue le soin à la loi. »

Dans cette configuration, l’État ne fixe plus de règles, il gère des affects. Pour le citoyen sénégalais, l'État est une mère nourricière dont on attend tout : le repas, le logement, la bourse, et même la solution à chaque drame individuel. Cette démission de la responsabilité individuelle crée une attente insatiable que Schneider décrit ainsi : « Le sujet ne veut plus être un citoyen, il veut être un enfant dont les besoins sont des droits. »

Cette posture d'enfant gâté a fini par contaminer tous les pores de la société, créant une véritable foire aux demandes extravagantes où l'ironie le dispute au tragique. Au Sénégal, chaque corps de métier, chaque corporation, chaque quartier semble avoir son ticket pour le guichet de "Maman État".

L’agriculteur ne parvient pas à écouler sa récolte ? C’est la faute de l’État. L’artisan local voit son business péricliter faute de rentabilité ? L’État doit éponger les dettes. Les associations culturelles tendent la sébile pour la énième subvention, tandis que la presse elle-même — balayons devant notre porte — attend du palais qu'il garantisse sa survie économique.

On frise parfois le surréalisme : récemment, à Sébikotane, des habitants désemparés par des « phénomènes surnaturels » ont sommé l’Exécutif de sortir de son indifférence. On imagine déjà le Conseil des ministres planchant sur un décret contre les djinns ou une brigade d'intervention contre les poltergeists. Cette injonction à l'omniscience est devenue la norme : du cours de l'oignon aux forces de l'invisible, l'État est sommé d'être le guérisseur universel.

Si le peuple est dans l'attente, les politiques en sont les architectes. Le tournant historique reste la présidence d'Abdoulaye Wade. En ouvrant la boîte de Pandore de la généralisation des bourses, il a instauré une culture de la gratuité insoutenable. Ce qui fut présenté comme une mesure sociale était en réalité un poison à retardement.

Depuis lors, chaque gouvernement successif, par crainte de l'embrasement, a préféré rajouter une couche de pansement plutôt que d'opérer la plaie. On a géré l'urgence par le chèque, jamais par la structure. Le résultat est là : 105 milliards de francs CFA engloutis en 2025 pour les seules bourses.

Le Pastef, dans sa conquête du pouvoir, n'a pas dérogé à la règle du simplisme, exploitant chaque faille avec le slogan : « Tout est de la faute de Macky ». Sa figure tutélaire, Ousmane Sonko, a exploité la fibre estudiantine à coups de slogans contre tout bon sens, pour ensuite se retrouver confrontés, une fois au pouvoir, à cette même réalité implacable.

L’exemple d’El Malick Ndiaye, l'actuel Président de l’Assemblée nationale, est à ce titre une véritable leçon de choses. Dans l'opposition, il n'hésitait pas à exiger la démission immédiate du ministre des Transports de l'époque, Mansour Faye, après un accident de la circulation. Nommé lui-même à ce département ministériel avant de rejoindre le perchoir, il a été rattrapé par l'ironie du sort et par ce même phénomène tragique des accidents qu'aucun décret ne suffit à arrêter.

La tragique vérité du monde est que l'État ne peut pas tout. Comme le rappelait le philosophe Leo Strauss, la politique ne peut prétendre à la perfection sans basculer dans l'illusion dangereuse. « La politique est le domaine de l'opinion et non de la vérité absolue ; prétendre résoudre définitivement tous les problèmes humains est une erreur de jugement sur la condition humaine elle-même. »

L’impuissance de l’État sénégalais face à la précarité sur les campus ou l’insécurité sur les routes n’est pas toujours une question de mauvaise volonté, mais une question de limite intrinsèque. L’État ne peut pas être une sentinelle derrière chaque citoyen, ni un exorciste pour chaque quartier, ni un banquier pour chaque désir.

Tant que nos hommes politiques continueront à promettre l'impossible pour gagner des élections, ils prépareront les révoltes de demain. Il est temps de passer de l'État-Nounou à l'État-Responsable. Mais pour que ce discours de vérité sur la rareté des ressources soit audible, il faudra une exemplarité absolue des dirigeants. Le train de vie de l'État doit enfin refléter la modestie des moyens qu'on demande aux étudiants d'accepter.

Auteur: Adama Ndiaye
Publié le: Mardi 17 Février 2026

Commentaires (12)

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    Texwiler il y a 4 heures
    Com d'hab...sacré Adama. Ils doivent te détester allègrement les gens de Pasteef.
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    Jules il y a 3 heures
    La seule vérité évidente est que notre pays souffre d'une PM incompétent et nul. Point final.
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    CITOYEN il y a 2 heures
    L'ami de NDIAGA SECK
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    Togne il y a 1 heure
    Mais il a dit devant le monde entier que c'est toléré au Sénégal
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    Toujours Plume mercantile il y a 1 heure
    Ah Adama ! Comme si le Sénégal était dirigé par un roi, un roi nommé Sonko. T'arrive t'il de lire les anciens succulents articles ou édito de tes anciens vrais journalistes d'antan. Même si on ne partageait pas à 100% l'ensemble de leurs points de vue, nous les respections car il n'avait aucun doute sur le professionnalisme, leur éthique et leurs vertus. Surs qu'ils ne croyaient pas la soumission de leur profession par l'argent ou des cadeaux. Ils ne roulaient pas dans des bolides hors salaires et vivaient dans des quartiers modestes.
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    Quidam il y a 42 minutes
    @Toujours Plume mercantile  Lol as tu réellement compris le texte d'Adama ?? J'en doute fort. Relis encore et encore pour comprendre 😂
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    Heuch il y a 4 heures
    Rien Que la verité,toute la verité, merci Mr NDiaye. Etudiants yii dañiü beugueuh lǔ yombah trop.
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    Ly il y a 3 heures
    Je ne connais pas l’auteur de cet article et je ne sais même pas si je partage des idées avec lui. Peut-être pas. Mais ce que je sais, c’est que le gouvernement a intérêt à se ressaisir. L’opposition est nulle mais le régime est décevant parce qu’il reste enfermé dans une logique sectaire, excluant ce qui n’est pas Pastef alors que le pastef n’a pas les ressources pour faire face aux défis. Croire qu’il y’a 54% de militants pro Sonko, prêts à avaler tout ce qu’il dit est une grave erreur. Un peu plus de lucidité et de modestie ! Un peu plus de méthode et moins d’improvisation !
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    Baba il y a 3 heures
    Vous allez souffrir encore plus tant que vous extérioriser votre haine envers des hommes qui ont trouvés un pays en lambeaux. Ceux qui ont prôné de mettre la patrie avant le parti et d'une gouvernance sobre et vertueuse ont dilapidé ce pays et vous n'en parlez jamais. Soyez honnête avec vous même pour mérité du crédit dans vos analyses de haineux.
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    Attention il y a 3 heures
    On est tous d’accord pour dire que le régime de Maky ne vaut rien. C’est pour cela qu’on l’a dégagé. Mais vous n’aidez pas le régime actuel en restant dogmatique et dépourvu de sens critique. C’est comme cela que les réveils sont brutaux
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    Meuz kalamou il y a 2 heures
    Je trouve ton analyse pertinent, mais pas très objectif. L'erreur que beaucoup font est de considérer la bourse comme un luxe ou une charge inutile. Or la bourse est un investissement à long terme. Le meilleur investissement reste celui sur l'acquisition de la connaissance et de la compétence qui sont les socles du développement. Abdoulaye Wade et Macky Sall ont pu gérer les bourses pendant 12 ans même si il y'a eu des retards de paiement mais jamais une cessation ou un refus or il n'y avait ni pétrole, ni gaz ni taxation sur les transferts d'argent et les services numériques. Comment comprendre Aujourd'hui avec toutes ces ressources additionnelles, l'état augmente les avantages des fonctionnaires (2% de la population) avec la généralisation des indemnités de logement, le maintien et l'augmentation des fonds communs pour les agents du MFB, DGID, Trésors, douanes etc.. l'augmentation des fonds politiques (primatures, présidence, assemblée), 165 véhicules de plus 50millions l'unité pour des députés sans diplôme ni compétence (seulement ami ou proche du PM ou PR), des voyages en jet privé avec des délégations de 10 ou plus payés logés et nourris aux frais du pauvre contribuable sans résultats probants, des cortège d'un coup de millards avec des bolides dignes d'un films hollywoodien, des énévènements coûteux et sans valeurs ajoutée. Et là tous les autres sénégalais non fonctionnaires (baol baol, saloum saloum, gandiol gandiol, sine sine, nordistes "les kaw-kaw), pour eux, c'est la misère. Bourses sociales coupées, bourses d'étude de leurs enfants remises en causes, universités publiques fermées, employé CDI recrutés par Macky radiés et remplacés par militants de PASTEF, presse classique tuée et remplacée par les influenceurs de PASTEF. Le mal du Sénégal ce n'est pas d'être un "État-nounou" mais plutôt un "État-mère" qui donne le sein à certains de ses fils et le refuse à d'autre.
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    Mags Maguette il y a 2 heures
    De quelque bout qu'on puisse prendre la situation du Sénégal, les analyses objectives se rejoignent sur une vérité absolue : les libéraux ont totalement déstructuré le pays même si cela ne saurait être une excuse pour dédouaner tout le temps le nouveau régime.
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    ONU : MACKY OUT ! il y a 1 heure
    La course à la succession de l’actuel Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) a officiellement démarré au début de l’année 2026. Le futur titulaire du poste prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, et les nominations officielles doivent être déposées au plus tard le 1er avril 2026. À ce stade, plusieurs personnalités ont déjà été officiellement désignées par leurs pays respectifs. Il s’agit notamment de Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), proposé par l’Argentine le 26 novembre 2025. Figure également parmi les candidates Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, officiellement soutenue par le Chili, le Brésil et le Mexique depuis le 2 février 2026. Autre candidate déclarée : Rebeca Grynspan, actuelle Secrétaire générale de l’Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), proposée par le Costa Rica. Conformément aux règles établies, les candidats participent actuellement à des « dialogues interactifs » publics destinés à évaluer leurs visions et priorités. Le processus se poursuivra avec des votes à bulletin secret au sein du Conseil de sécurité à la mi-2026, avant une recommandation officielle à l’Assemblée générale En l’état actuel des choses, aucune candidature de Macky Sall n’a été enregistrée. Le verdict est donc clair : l’ancien président sénégalais ne fait pas partie des prétendants à la succession à la tête de l’ONU.
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    Ka il y a 1 heure
    Un homme qui n’a pas le soutien clair de son propre pays ne peut pas être candidat à un poste comme celui- là. Il faut arrêter de rêver
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    Aisha il y a 57 minutes
    Tres bel article…. Les problemes du pays in a box
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    Ngor Jegaan il y a 49 minutes
    @ONU MACKY OUT : Macky n'a jamais envisagé d'être SG de l'ONU, il sait que c'était impossible non seulement à cause de sa sortie chaotique du pouvoir mais également du système d'élection du SG. Donc, c'était un débat sénégalo-sénégalais avec un objectif clair : créer un contrefeu immédiatement après contre les 1ers appels à la mise en accusation de Macky pour haute trahison. Curieusement, aucun membre important de l'APR n'était impliqué, Macky est allé chercher Siré Sy le théoricien du "kitikayna" (précautions oratoires pour ne pas être convoqué par la police de Macky, donc 1 soi-disant opposant) pour le porter. Sinon, l'article de Adama Ndiaye est SPOT ON, c.-à-d. que ce qu'il dit est la stricte vérité.
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    LE MYSTERIEUX il y a 48 minutes
    J avais dit a tous ceux que je connais que le populisme de Sonko va nous offrir la plus grande déception de la gestion d un pouvoir. Aujourd'hui j ai raison partout et non seulement nous sommes gouverné par des incompétents mais nos autorités actuels sont de grands enfants inexpérimentés, prétentieux, arrogant et suffisant. Pire, ils sont dans l aveuglément de la haine et a défaut de changer la situation, ils gouverne par l emprisonnement pour la moindre critique. C est bientôt cinq ans et les sénégalais n ont encore rien vus. Le mal nécessaire qu est Sonko et le pastef va éveillé les sénégalais a jamais et les gens doivent bien faire attention parce que Sonko porte la malédiction malgré que des gens veulent faire de lui un saint alors que nous sommes en politique.

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