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La classe moyenne sénégalaise existe-t-elle vraiment ?

Auteur: Aicha Fall

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La classe moyenne sénégalaise existe-t-elle vraiment ?

Dans les discours officiels comme dans certaines analyses internationales, l’émergence d’une classe moyenne est souvent présentée comme le signe d’une économie en transition vers plus de prospérité et de stabilité. Au Sénégal, cette catégorie est généralement définie à partir de seuils de revenus ou de niveaux de consommation. Pourtant, derrière les moyennes et les indicateurs agrégés, la réalité apparaît plus nuancée et parfois plus fragile qu’il n’y paraît.

La Banque africaine de développement estime que la classe moyenne africaine regroupe les personnes disposant d’une dépense quotidienne comprise entre 2 et 20 dollars en parité de pouvoir d’achat. Dans cette fourchette très large, elle distingue une frange dite flottante, située entre 2 et 4 dollars par jour, particulièrement vulnérable aux aléas économiques. Appliqué au contexte sénégalais, ce découpage révèle qu’une part significative des ménages classés comme classe moyenne se situe à proximité immédiate du seuil de pauvreté. La moindre variation des prix alimentaires, une hausse du loyer ou une perte d’emploi peut suffire à déséquilibrer l’ensemble du budget familial.

Les données de la Banque mondiale indiquent qu’environ un tiers des Sénégalais vivent avec moins de 3,65 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat, seuil utilisé pour les pays à revenu intermédiaire inférieur. Même parmi ceux qui dépassent ce niveau, l’épargne demeure limitée et l’accès à une protection sociale formelle reste restreint. L’emploi salarié stable concerne une minorité de la population active, alors que l’économie informelle représente plus de 90 % des unités économiques selon les estimations de la Direction de la prévision et des études économiques. Cette structure du marché du travail réduit la sécurité des revenus et accroît la vulnérabilité en cas de ralentissement conjoncturel.

La crise sanitaire de 2020 a illustré cette précarité latente. Le produit intérieur brut sénégalais a connu un net ralentissement et de nombreux ménages urbains, pourtant considérés comme insérés dans la classe moyenne, ont vu leurs revenus diminuer brutalement. Les dépenses incompressibles, notamment le logement, l’éducation privée ou les remboursements de crédit, ont alors absorbé une part croissante des ressources disponibles. Cette exposition permanente aux chocs distingue une classe moyenne encore en consolidation d’une classe moyenne solidement ancrée.

Un autre indicateur éclaire cette réalité. Le taux de couverture des systèmes de retraite et d’assurance maladie demeure faible en dehors du secteur formel. La majorité des ménages finance directement ses dépenses de santé et d’éducation, ce qui augmente la probabilité d’un basculement vers la vulnérabilité en cas d’événement imprévu. Dans ces conditions, l’appartenance à la classe moyenne repose moins sur un patrimoine accumulé que sur un flux de revenus continuellement sous pression.

Pour autant, réduire la classe moyenne sénégalaise à une simple illusion statistique serait excessif. Une frange de ménages bénéficie d’un niveau d’éducation plus élevé, d’un accès au crédit, d’une insertion professionnelle plus stable et d’une capacité d’investissement dans l’immobilier ou l’entrepreneuriat. Cette dynamique soutient la consommation, stimule certains secteurs comme les télécommunications, la finance ou l’immobilier, et participe à l’élargissement de l’assiette fiscale.

La question centrale n’est donc pas son existence, mais sa solidité. Tant que la croissance économique restera concentrée sur des secteurs peu intensifs en emploi formel et que la protection sociale ne couvrira qu’une minorité, cette classe moyenne demeurera exposée aux secousses économiques. Sa consolidation dépendra de la qualité des emplois créés, de l’élargissement de la base contributive et de la capacité de l’État à offrir des services publics fiables qui réduisent la part des dépenses privées incompressibles.

La classe moyenne sénégalaise n’est ni un mirage ni une forteresse. Elle constitue un espace intermédiaire en construction, dont la stabilité dépend étroitement des choix économiques et sociaux à venir.

Auteur: Aicha Fall
Publié le: Mardi 17 Février 2026

Commentaires (7)

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    Sw il y a 6 heures
    Dan's Les annees 70 la classe moyenne vivait a la Sicap ou aux Hlm et etait constitue de fonctionnaires ou employes du secteur price.Elle avait un revenue fixe et payait un loyer decent avec possibilte dacquisition.Aujourdhui ces employes a revenue modeste consacrent jusqua 60% de leur revenue au loyer sans computer lalimentation Les factures leducation la sante
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    Togne il y a 5 heures
    Il y a donc un sérieux problème
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    Uuu il y a 4 heures
    Au senegal tu gagnes pas bcp tu veux conduire une voiture aller voir ici en Europe le s plus aisés prennent les rer.. e
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    Toi aussi Aïcha ! il y a 3 heures
    Tu devais être très jeune. La classe moyenne n'existe plus au Sénégal depuis la fin des années 80. Seules 2 classes existent présentement : les Ultra riches qui ont confisqué 80 du Revenu Nationale et les masses laborieuses. Au Brésil , 5 % des super riches sont assis sur 40% du Revenu National . Les beaux exemples de réussite sociale économique restent toujours et encore longtemps les Pays Scandinaves : Norvège, Suède, Hollande, Danemark... labàs, on parle de PNB mais de BNB cad Bonheur National Brut. Hélas nous avons choisi le modèle du développement colonial.
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    Dépenses sociales affaiblies il y a 3 heures
    @Toi aussi Aïcha !  En plus du FMI ravageur et dures années d'ajustement structurel et de la fatale d'évaluation du FCFA de .. 50 %.
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    Citoyen lambda il y a 5 heures
    Deuk bi kène teuyé woul Dara, nappanté rekkka fi am
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    fall il y a 5 heures
    la classe moyenne au senegal ca doit un revenu journalier minimum de 3000 frs /jour. nga tiébou nane sa ataya! noce sa noce
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    Ui il y a 5 heures
    Partout la classe moyenne a régresser. J ai acheté ma maison au US. A l âge de 30 ans en 2001. Maintenant l âge moyen des nouveaux acquéreurs est de 42 en 2025. Donc les jeunes sont maintenant obligé de vivre chez leur parents comme en Afrique. La où je paye un loyer mensuel de $1600 par mois sur 30ans pour le même maison le nouveau acquéreur va devoir débourser entre $3500-4000 par mois sur 30 ans. Le nouveau gouvernement veut forcer les banques à crée des prêts étalés sur 40ans pour faire baisser les prix des loyers afin de permettre aux jeunes d acheter des maisons
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    Sophia il y a 4 heures
    Yow on te parle du Senegal et toi tu nous etales ta vie aux US. Damn it show off.
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    Sophie il y a 3 heures
    @Sophia  Il veut te dire que ce phénomène est mondial. Donc il faut pas casser des bus ou revendiquer….. moi je vais t en rajouter mon feu père a acheter sa première maison comme capitaine après une mission au Sinaï. Es ce que un jeune capitaine peut se permettre de payer une maison à Mermoze
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    C il y a 5 heures
    Je pense comme la gars a dit. C est mieux de vive en famille à l étrangers pour un certain temps économiser et acheter sa propre maison. Cela n ai pas valable au Sénégal parce que tu dois toujours supporter toute la famille. Donc au c est mieux de rester célibataire louer une petite chambre et économiser pendant un temps puis acheter sa propre maison
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    Ndeysaan il y a 4 heures
    La classe moyenne a disparu. La précarité domine presque partout.
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    SMC il y a 1 heure
    Bonsoir damay diay sama montre pour payer mes frais de scolarité.Qui est intéressé? Je dois faire mes examens qui commencent dès demain si je ne paie pas. Numéro 7 7 2 9 7 9 5 1 4

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