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Afrique

Maroc-Israël : la normalisation, info ou intox ?

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e roi Mohammed VI offre un iftar en l'honneur de M. Jared Kushner, en mai 2019
Spéculations et démentis se succèdent sur une hypothétique normalisation des relations marocco-israéliennes. Dans les faits, Rabat n’a pas bougé.

Le 15 septembre, à Washington (États-Unis) Israël a officiellement signé un accord assurant la normalisation de ses relations diplomatiques avec deux pays arabes : les Émirats arabes unis (EAU) et le Bahreïn. Sous l’œil bienveillant d’un Donald Trump en campagne pour sa réélection et soucieux d’apparaître comme un artisan de la paix.

Cette signature marque la fin d’un chapitre, qui tenait les médias en haleine depuis la fin du mois d’août, Donald Trump affirmant que « cinq ou six pays arabes supplémentaires » suivront l’exemple des deux États du Golfe, sans toutefois donner plus de précisions.

Le Maroc est sans doute l’un des pays arabes auxquels a pensé le président américain. Fin août, dans le cadre de la tournée américaine au Moyen-Orient pour établir des relations diplomatiques entre Israël et les pays arabes, Jared Kushner, gendre et conseiller principal de Trump, avait même bloqué une étape marocaine dans son agenda. En vain.

Le 12 septembre, soit trois jours avant cette signature à la Maison-Blanche, un reportage diffusé sur la 12ème chaîne télévisée israélienne annonce que « les efforts pour parvenir à une percée sur les relations israélo-marocaines il y a quelque temps ont échoué (…) mais les États-Unis espèrent que le geste plus limité des vols directs est réalisable. »

Spéculations

Times Of Israel reprend l’information, sur un mode plus affirmatif : « Donald Trump envisage de poursuivre la normalisation entre l’État hébreu et les pays arabes avec l’introduction de vols directs entre Israël et le Maroc. »

Dans la foulée, le Jerusalem Post (entre autres) en fait de même, avec la mention sensationnaliste « Breaking news » (info de dernière minute), faisant d’une spéculation non vérifiée un fait établi. Le lendemain, l’agence de presse espagnole EFE à Rabat — qui n’entretient pas toujours des rapports harmonieux avec l’État marocain — dément catégoriquement cette information, sur la base de « sources diplomatiques anonymes ».

Dans son sillage, plusieurs médias marocains reprennent l’information tout en dénonçant la « fake news », mais citent eux aussi des « sources autorisées au ministère marocain des Affaires étrangères » ou des « sources hautement qualifiées ».

La rumeur n’a donc pas de visage, et son démenti non plus. « C’est une partie de cache-cache : les États-Unis et les Israéliens font pression sur le Maroc, et la diplomatie marocaine évite de se mettre en porte-à-faux avec Israël », souligne Sion Assidon, coordinateur du mouvement pro-palestinien Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS) Maroc.

                                          "CETTE RUMEUR D’OUVERTURE D’UNE LIGNE AÉRIENNE DIRECTE ENTRE ISRAËL ET LE MAROC N’EST PAS UNE PREMIÈRE"

Le reportage israélien diffusé sur la chaîne 12 évoque d’ailleurs bel et bien des « pressions de Washington » sur le Maroc, Oman ou encore le Soudan, et affirme que « l’établissement de relations diplomatiques formelles avec Israël pourrait également améliorer les relations du Maroc avec les États-Unis (…) en échange de cela, Rabat cherche à obtenir la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le territoire contesté du Sahara ». Il évoque également les relations « informelles mais étroites » qui lient déjà le Maroc à Israël.

Cette rumeur d’ouverture d’une ligne aérienne directe entre Israël et le Maroc n’est pas une première. En 2017, le journal Yediot Aharonot annonçait qu’après treize ans d’arrêt, l’agence de voyages israélienne Flying Carpet préparait le lancement de vols vers le Maroc.

En 2019, plusieurs médias israéliens ont annoncé cette fois-ci la création d’une ligne directe entre Tel-Aviv, Casablanca, Marrakech, Tanger et Oujda. Des petites poussées qui coïncident systématiquement avec des périodes charnières pour Israël : le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en 2017, les élections législatives israéliennes en 2019 et les prémices du plan de paix au Proche-Orient élaboré par l’administration Trump.

Quelques jours après l’annonce de la normalisation des rapports entre Israël et les Émirats arabes unis, la diplomatie américaine avait déjà ouvert la boite de Pandore en lançant les paris : quel sera le prochain pays arabe à franchir le pas de la normalisation ?
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahrein Abdullatif al-Zayani, et le ministre des Affaires étrangères des Emirats, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahrein Abdullatif al-Zayani, et le ministre des Affaires étrangères des Emirats, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020.

Dans une chronique du Washington Post datée du 14 août, intitulée « Trump a raison. L’accord Israël-Émirats est une grande réussite », et signé David Ignatius, l’un des journalistes américains qui connait le mieux la CIA et le Moyen-Orient, il est écrit que le Maroc fait partie des « probables candidats » à ouvrir une nouvelle page dans ses relations avec l’État hébreu. La source ? « Des responsables du département d’État », selon Ignatius.

Le journal The Times Of Israël lui emboîte le pas et titre « Le Maroc sera probablement l’un des prochains pays arabes à normaliser avec Israël » en se fondant sur des informations diffusées par la radio publique israélienne KAN, qui elle-même cite des « responsables américains anonymes ».

Manipulation ?

Comme une traînée de poudre, la spéculation se répand, relayée à la télévision israélienne puis au Maroc sur plusieurs sites d’information. « Ceux qui aimeraient que la normalisation devienne réalité sont derrière cette campagne, estime Sion Assidon. Ils manipulent l’information pour prendre la température et instiller une tendance dans l’opinion publique. Netanyahou lui-même cherche à mettre à son crédit un rapprochement avec les pays arabes et il tient à mettre le Maroc dans son tableau de chasse. »

Et pour cela, les Israéliens transmettent des messages indirects au royaume. En 2019, le Jerusalem Post affirmait ainsi qu’Ahmed Charaï — patron de presse marocain et membre de plusieurs think-tanks américains néo-conservateurs — avait participé à un petit-déjeuner avec Jared Kushner et un militaire israélien, organisé par l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité (Jiss), pour discuter du plan de paix proposé par Donald Trump.

Finalement, au beau milieu de cette avalanche d’intox et de spéculations, le seul à s’être exprimé sans ambiguïté n’est autre que Saâdeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain. Le 23 août dernier, il a déclaré « refuser toute normalisation avec l’entité sioniste ». De quoi faire vaciller l’équilibre de la diplomatie marocaine.

El Othmani s’est d’ailleurs rapidement fait rabrouer par plusieurs médias, comme Atlas.info qui titre « un homme qui a raté une occasion de se taire ». Mustapha Sehimi, professeur de droit proche du Palais, a sèchement rappelé, via le site Quid.ma, au Premier ministre « qui paraît incorrigible », ses prérogatives, dont les Affaires étrangères ne font manifestement pas partie.

Le 25 août, El Othmani a effectué un savant rétropédalage, affirmant qu’il s’était exprimé en tant que chef du PJD et non du gouvernement. Une déclaration évidemment reprise par le Times of Israël.


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