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Organiser les résistances et faire face aux Wade : le temps des actes.

Auteur: Cheikh Tidiane Dièye

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Le Président de la République compte envoyer à l’Assemblée nationale le projet de loi instituant l’élection simultanée d’un président et d’un vice-président de la République à la prochaine élection. Une fois à l’assemblée, ce projet devrait être voté sans problème en procédure d’urgence par un groupe de politiciens tout acquis à sa cause individuelle.

Ce projet de loi, celui qui l’a inspiré et proposé ainsi que ceux qui devraient le voter n’ont à mes yeux aucune légitimité pour engager notre peuple dans une telle voie. Il est inacceptable en effet que les règles du jeu soient changées au cours du jeu, sans concertation ni dialogue. Le processus électoral est déjà lancé. Le Président de la République n’a aucun pouvoir pour choisir son successeur. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. De plus, il lui suffirait, aux termes de ce projet de loi, d’obtenir 25% des suffrages exprimés pour passer au premier tour. Sachant qu’un président sortant a au moins toujours une chance raisonnable d’obtenir ce score, cela apparait comme une suppression à peine déguisée du second tour.

La prérogative de choisir les dirigeants et leur succession à la tête de l’Etat appartient au seul peuple sénégalais qui l’exerce à des moments datés conformément à l’organisation de la loi fondamentale. Même drapé dans un semblant de légalité, ce projet de loi n’en est pas moins une forfaiture indigne des régimes les plus abjectes. 

Je refuse pour ma part de parler de légalité quand  les actes fondateurs qui sont posés au sein et autour de nos institutions ne sont entourés d’aucune morale. Beaucoup d’observateurs se trompent en affirmant que le Président Wade est un « génie politique ». C’est une insulte à cette science noble. La pratique politique, lorsqu’elle est guidée par les intérêts matériels et moraux immédiats et futurs d’un peuple, est l’exercice le plus sublime qui soit. Le Président Wade n’est qu’un joueur machiavélique, rétrograde et despotique. Du point de vue de sa pensée, de ses actes comme de ses intentions, rien ne le distingue de Mouammar Kadhafi qu’il vouait, il n’y a guère longtemps, aux gémonies. Lorsqu’aucune morale ne vous arrête, vous pouvez facilement vous jouer de vos adversaires et de votre peuple, pour peu que ceux-ci aient un minimum de conscience du bien et du mal, de la sagesse et de l’éthique.

Abdoulaye Wade est devenu le mal suprême pour notre pays. Il doit partir et le plutôt sera le mieux. Seul le peuple tout entier, debout comme un seul homme, peut désormais l’arrêter. La résistance à son système de perversion des mœurs politiques et de la morale sociale est un acte patriotique.

C’est pourquoi je voudrais, joindre ma voix à celles de millions d’autres citoyens pour appeler notre peuple à la résistance déterminée et farouche, jusqu’au sacrifice suprême s’il ne faut, pour arrêter la spirale destructrice qui mine notre société et jette une ombre sur notre futur.

De tous les coins de notre pays, de toutes les classes sociales, on entend la même clameur, la même volonté de changement, la même ambition pour construire un futur différent.

J’appelle les leaders de partis politiques, les Chefs religieux, les syndicats, les associations de la société civile, les organisations communautaires, les mouvements de jeunes, de femmes, tous les citoyens et citoyennes, à mutualiser leurs ressources et à faire converger leurs communes aspirations pour bâtir une force sociale et politique capable de faire face à l’arbitraire du pouvoir. Seule le pouvoir peut arrêter le pouvoir.

J’appelle l’armée nationale, la police, la gendarmerie et tous les corps de l’Etat à bien faire la part des choses. Soyez du bon côté  de l’histoire. Soyez du côté de votre peuple. Rien ne vous oblige à exécuter un ordre manifestement illégitime. Vous serez seuls à en rendre compte devant le tribunal de Dieu et des hommes. 

J’appelle les amis du Sénégal, corps diplomatiques et institutions internationales à rester attentifs aux volontés du peuple sénégalais et à  s’opposer à tout usage de la force contre le peuple lorsqu’il se mettra en ordre de marche pour aller à la conquête de son destin.

Nous ne devons plus laisser les députés décider de l’avenir de notre République car ils n’en ont ni l’étoffe, ni la légitimité, ni la sagesse.

Nous ne devons plus laisser le Président de le République manipuler notre constitution et la tailler à sa guise pour résoudre des équations personnelles et partisanes, comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de tissu entre les mains d’un tailleur.

Une modification constitutionnelle d’une telle importance ne peut être décidée que par le peuple sénégalais tout entier saisi par voie référendaire. Il ne saurait y avoir aucune exception ou raison, avouable ou inavouable.

Se taire, c’est se rendre complice de la destruction programmée de nos institutions, de l’affaissement de notre République et de la dislocation de l’Etat. La résistance est patriotique. La résignation est trahison.

Nous devons nous organiser au-delà des camps et des partis. Organisons les résistances pour que les rivières et torrents de frustrations, de privations, d’humiliations et de meurtres convergent pour donner naissance à un Tsunami qui déferlera pour balayer le système despotique mis en place par les Wade et leur alliés.

J’appelle  tous les patriotes sincères, les démocrates convaincus, les citoyens engagés à se joindre à l’appel du peuple. Chaque voix compte. Chaque bras compte. Protégeons notre pays, car c’est notre bien commun.

Qu’on ne s’y trompe. L’élection présidentielle se joue déjà. Si cette loi passe, tout le reste passera. Le Président Wade n’est ni éligible, ni ne peut décider de quoi que ce soit concernant notre constitution. Le combat est politique et citoyen. Notre détermination à l’arrêter doit être au dessus de sa volonté de s’accrocher.

Nous avons les moyens de sauver notre pays et lui rendre son honneur et sa souveraineté  aujourd’hui capturées par une famille, un parti et un clan.

Un homme sage a écrit ce qui suit : « là où croît le danger, croît également ce qui sauve ». Nous sommes tous une partie de «  ce qui sauve ».

Levons-nous et marchons ! Ce projet de loi ne doit jamais devenir une loi.

Cheikh Tidiane Dièye

Docteur en Etudes du Développement

Membre du Forum Civil

dieye3@hotmail.com 

Auteur: Cheikh Tidiane Dièye
Publié le: Mardi 21 Juin 2011

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