Samedi 31 Juillet, 2021 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33
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Plaidoyer pour un poumon de verdure à Dakar

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Aménagement de l'Aeroport LSS de Dakar
Après l’exploitation de l’aéroport de Diass la question se pose du devenir de l’ancien aéroport LSS de Yoff. 

 Il semblerait qu’il conserve toujours une fonctionnalité aéronautique pour les armées ou pour les vols officiels. Mais cette restructuration a ouvert la voie à une nouvelle spéculation foncière qui a aiguisé les appétits les plus féroces. Toutes les combines et prébendes sont à l’œuvre pour s’octroyer un bout de terre qui vaudrait de l’or. 

Et à quelles fins ? Bétonner bien sûr. 

Ce bien foncier, propriété de tous les Sénégalais risque d’être morcelé et éparpillé comme des confettis de pailles sous les bourrasques de l’harmattan au bénéfice de personnes voraces et d’une avidité sans borne. Et en général ce sont ceux qui en possèdent déjà le plus qui en recevront davantage. Ils les revendront aux plus offrants afin de remplir à ras-bord en devises étrangères des comptes ouverts en Suisse ou dans les paradis fiscaux alors que leurs compatriotes peinent à assouvir les fonctions les plus essentielles de la vie : se loger décemment, manger à sa faim, accéder à des soins de qualité, avoir un travail, éduquer et élever ses enfants dans un minimum de confort … 

Qu’est-ce qui pousse ces gens qui ont déjà tout à une telle gabégie sans limite ? Ne voient-ils pas ce qui se passe aux portes de leurs villas de luxes pleines de dorures ? Pourtant il suffit de passer la rue, de changer de quartier, de faire quelques kilomètres à l’intérieur du pays pour rencontrer des formes de misères que l’on croyait révolues à jamais. 

Une seule réponse me vient à l’esprit : c’est le rang social. Rang social qu’on veut de plus en plus élevé. Je dois être vu et reconnu. Mon poids au sein de la société est à l’aune du nombre de villas, de voitures de luxe que je détiens ainsi que la quantité de millions en dollars que j’ai quelque part dans un pays occidental. A cela, merci d’ajouter le nombre de pèlerinages que j’ai effectués à la Mecque, la puissance de la sono que j’ai fait installer dans la mosquée du quartier, la grandeur et la flamboyance des cérémonies que j’organise à chaque occasion (décès, mariages, baptêmes, dahiras, meetings politiques), le clinquant de mes habits et bijoux. 

Cette personne aime la lumière, le brillant. Même ses quelques et rares bonnes actions n’ont d’objectif que d’ajouter encore à son mérite, à sa notoriété et à l’élévation de son rang social. Oublie-t-on, que le rang social aussi haut soit-il, il atteint son apogée avec un petit tissu en percal et quelques pieds sous terre. Assez de digression, revenons à notre sujet. Dakar est notre capitale, notre ville que nous aimons. Mais qu’est-ce qu’elle est laide et sale. Beaucoup d’éléments peuvent être invoqués ici pour expliquer, voir justifier ce constat désolant. Il y en a un qui me semble le plus flagrant parmi tant d’autres : c’est l’absence de verdure

Comment se fait-il que nos responsables, nos urbanistes aient pu concevoir (permettez-moi d’utiliser ce verbe même s’il est très peu adapté ici) une ville de cette taille sans parcs, espaces verts ou autres pour le loisir de ses habitants. Imaginez la vie d’une jeune maman qui voudrait promener son petit bébé. Que lui offre-t-on ? Un trottoir encombré de véhicules, de détritus, de gravats de chantiers qui ne se terminent jamais, une atmosphère remplie de polluants rejetés par des véhicules d’un autre siècle qui auraient dû faire un tour à la casse depuis longtemps. 

Mais un petit billet de 1000 francs permet de prolonger la circulation de ces cercueils ambulants qui déversent à chaque mètre parcouru de quoi rendre asthmatique des dizaines d’individus dont personne ne se soucie de la santé. Faisons un rêve et imagions la ville autrement. Imaginons une place de l’indépendance paradis d’un gazon taillé impeccablement, d’une multitude d’espèces d’arbres et de fleurs, un petit lac au milieu où barbottent des canards et autres oiseaux aquatiques, quelques poissons se cachant sous les feuilles des nénuphars. 

Tout cela dans une propreté impeccable sans un sachet ni mégot abandonnés. Imagions une dizaine de cette même place essaimer dans tous les quartiers de la ville. Voyons certaines encore plus grandes avec un parcours de footing, une petite forêt vierge, un lac artificiel, une grande salle multisports et même une ferme pédagogique. J’entends ceux qui sont en train de se dire : ceci n’est pas possible dans notre pays, mais en Occident, Paris, Berlin ou New York. Permettez-moi de vous dire qu’ils ont tort. La nature est intrinsèquement africaine. C’est le bétonnage abusif de nos cités qui est une importation irréfléchie et mal adaptée qui nous était étranger. 
Comme sur beaucoup de points, nous avons copié ailleurs des concepts mal adaptés à nos environnements en les enlaidissant par ailleurs et souvent sans aucune phase de conception ni de projection dans l’avenir. Même les nouveaux quartiers de Dakar, qui ont été construits il y a seulement une vingtaine d’années, cumulent les mêmes tares que Rebeus ou Grand Dakar. Aucun endroit pour l’épanouissement de l’enfant, du jeune ou de l’adulte n’est prévu en leur sein. 

La bâtisse en bêton, massive, sur plusieurs étages, occupe tout l’espace dans une géométrie que même un jeune collégien aurait à redire, et ceci, sans aucune harmonie. Revenons à notre rêve de verdure, de lacs artificiels, de longues allées bordées d’arbres centenaires, de bougainvilliers, de prairies verdoyantes où éclosent des milliers de fleurs d’ici et d’ailleurs, de coassement de grenouilles, de vols de libellules, de chants d’oiseaux les plus magnifiques, d’enfants apprenant à faire du vélos avec leur papa pendant que maman et ses copines font un tour dans une barque aux couleurs de la téranga sénégalaise, de personnes âgées et plus jeunes assis sur des bancs ou à l’ombre de manguiers en floraison et tant d’autres merveilles. 

Ce rêve peut être une réalité à l’emplacement actuel de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. La majorité de cette surface pourrait être consacrée à ce rêve pour le bonheur de toute la population. Une majorité des rêves peut devenir réalité. Il suffit de s’en donner la peine et les moyens.

Oumar Djigo Citoyen sénégalais et du monde.


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