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Culture

Il y a 20 ans disparaissait Douta Seck, géant du théâtre sénégalais

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Il y a 20 ans disparaissait Douta Seck, géant du théâtre sénégalais

Il y a 20 ans, le 5 novembre 1991, disparaissait, à l’âge de 72 ans, le comédien sénégalais Douta Seck, un géant du théâtre national, artiste à la stature imposante, qui, après des études d’architecture, s’est distingué pendant plus de 40 ans dans l’art lyrique et le 4-ème art.

Douta Seck a lutté pendant six ans contre un emphysème pulmonaire qui avait compromis la poursuite de sa riche carrière, le privant aussi de la possibilité de transmettre à la jeune génération son expérience des planches.

‘’Ce grand comédien avait incarné au théâtre le rôle du Roi Christophe avec beaucoup de vérité et de sensibilité. Avec lui disparait le dernier de nos géants du 4ème art’’, soulignait le quotidien Le Soleil, dans son édition du 7 novembre 1991.

Avant de tirer sa révérence, écrit le journaliste Djib Diédhiou, ‘’il aura donné jusqu’au bout la réplique à ce personnage tapi au cœur de son être – l’emphysème – et qui se réveillait de temps à autre, et de manière soudaine, pour l’accabler’’.

‘’Car +Christophe+ comme on peut appeler Douta depuis ce 4 août 1964 où fut à Salzbourg créée par Jean Marie Serreau, +La Tragédie du Roi Christophe+ d’Aimé Césaire, n’avait plus à faire face aux vicissitudes de l’histoire ni à la versatilité d’un peuple, mais il devait composer sur la scène de la vie’’, indique Diédhiou.

Il relève le ‘’regret’’ du monde de la culture de voir partir un professionnel talentueux et aguerri sans pouvoir faire découvrir au public d’autres ressources qu’il gardait en lui : celles du chant. ‘’Car, on l’oublie souvent, c’était l’autre passion de Douta. C’était un domaine où il excellait aussi. Il avait la voix, le métier, le talent, pour ça’’, précise le journaliste.

Djib Diédhiou ajoute : ‘’Peut-être que si le théâtre n’avait pas régné en lui de manière possessive, il aurait connu une plus grande célébrité pour sa voix de ténor. Mais sur ce plan, le regret n’est plus permis tant la carrière de comédien de cet homme a été bien remplie’’.

Le théâtre, oui. Parce qu’après une carrière d’instituteur à Ziguinchor (1938-1946), Douta Seck, né le 4 août 1919 à Saint-Louis, obtient une bourse d’étude de la Municipalité de Dakar pour ses études d’architecture aux Beaux-Arts de Paris (1947-1954).

Dans la capitale française, il prend goût au théâtre : le rôle du sorcier dans la pièce ‘’L’empereur Jones’’, mise en scène par Sylvain D’homme (1949) et, à partir de 1952, la décision d’abandonner l’architecture au profit de l’art lyrique et de l’art dramatique.

Depuis, Douta Seck ne chôme pas, enchaînant les apparitions dans des pièces, pour devenir une des plus grandes vedettes noires de la scène parisienne : rôle du coolie, dans la pièce ‘’L’exception et la règle’’, de Berthold Brecht, mise en scène de Jean-Marie Serreau (1954), ‘’La Tragédie du Roi Christophe’’ (créée pour la première fois le 4 août 1964 à Salzbourg et représentée aussi en avril 1966 lors du premier Festival mondial des Arts nègres), ‘’Général Manuel Hô’’ (1978), la fresque sur ‘’L’Afrique et l’homme noir’’ (1977, mise en scène de Jean-Pierre Leurs au Festival des arts et de la culture de Lagos), ‘’Le Mahabharata’’, sous la direction de Peter Brook, etc.

Le comédien joue un peu partout dans le monde. Il joue aussi dans de nombreux films : ‘’Tamango’’ de John Berry (1957), ‘’Les Tripes au Soleil’’ de Claude-Bernard Aubert (1958), ‘’Liberté’’ d’Yves Ciampi d’après l’œuvre de Léopold Sédar Senghor (1960) ; Douta Seck joue le personnage de l’aveugle dans ‘’Xala’’ d’Ousmane Sembene (1974). Il est pasteur dans ‘’Amok’’ de Souhail Ben Barka (1981), grand-père dans ‘’Pétanki’’ de Yéo Kozoloa, (1982) et ‘’Rues Cases Nègres’’ d’Euzhan Palcy (1983), Thierno dans l’adaptation de ‘’L’Aventure ambiguë’’ de Jacques Champreux, d’après l’œuvre de Cheikh Hamidou Kane (1984).

Le public connaissait moins la voix de chanteur de Douta Seck, qui a effectué, entre 1954 et 1956, des études musicales à l’École normale supérieure de musique de Paris-classe de Marcelle Gérar (section art lyrique). Il est titulaire d’un diplôme d’exécution vocale du même établissement et d’un brevet d’aptitude à la carrière lyrique décernée par l’Union professionnelle des maîtres du chant français. En 1955 et 1956, Douta Seck effectue une tournée de concerts de chant classique, de mélodies modernes, negro-spirituals et mélodies africaines à travers l’Afrique occidentale française (AOF).

Dans son hommage signé le 7 novembre dans les colonnes du Soleil, le journaliste Djib Diédhiou retient ‘’l’éclat de sa voix, son rire très engageant (...) le souvenir de ses coups de colère à cause desquels il pouvait passer aux yeux de ses confrères, ou de ses proches, pour un homme difficile’’, qui ‘’aimait la perfection (…) exécrait la paresse intellectuelle, la facilité’’.

Cette exigence de perfection, Douta Seck la tient de sa profession de formateur. Il a été, d’octobre 1959 à juin 1963, fondateur et directeur de l’École des arts de la Fédération du Mali (puis au Sénégal, à la rupture de cette unité politique).

En 1972, il revient à Dakar, à la demande du président Léopold Sédar Senghor et devient sociétaire du Théâtre national Daniel Sorano. L’année suivante, ‘’La Tragédie du Roi Christophe’’ est créée à Dakar avec une mise en scène de Raymond Hermentier, à l’occasion de la visite officielle du président de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny au Sénégal, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor.

En juillet 1991, quelques mois avant sa mort, un hommage est rendu à l’artiste par le gouvernement sénégalais, sous l’égide du président Abdou Diouf et de l’UNESCO. A cette occasion, Dominique Wallon le fait, au nom de la France, Chevalier des arts et lettres.

A cette distinction, le journaliste Jean Meissa Diop – dans l’hebdomadaire Walfadjri (8-14 novembre 1991) – ajoute le premier ‘’Prix Artiste de Paris-Wurmser’’ (1955), le premier ‘’Prix Léopold Bellan’’ (1955), la mention ‘’Très bien’’ en chant français, les insignes de Commandeur de l’Ordre national du Mérite (août 1991).

Jean Meissa Diop qualifie Douta Seck de ‘’carrefour des arts’’, saluant ‘’cet instituteur qui change de vocation pour se consacrer à la peinture’’, son ‘’courage’’ à ‘’affronter la société dans ses préjugés’’, ‘’un courage et des convictions forgés dans l’acier’’.

Depuis avril 1997, l’ancienne résidence de la Médina, devenue Maison de la Culture, porte son nom.

liiiiiiiaffaire_de_malade

11 Commentaires

  1. Auteur

    Tiédo

    En Novembre, 2011 (18:20 PM)
    respect Mr seck. comme on dit " les valeurs dominantes sont celles de la classe qui dirige". le régime libérale a installé la médiocrité ambiante partout et dans tous les secteurs . résultat la culture a foutu le camp.Les gens ne veulent plus etre excellent , la médiocrité suffit. Au temps de Douta seck, senghor, au moins on cherchait à etre excellent. Aujourd'hui on cherche de l'argent (comédiens, chanteurs, télé, radios, religieux,politiciens, syndicalistes,etc...) quitte à proposer n'importe quoi. Car comme la culture bat de l'aile, l'ignorance, l'obscurantisme, la faiblesse intellectuelle, la facilité d'etre manipulé, la perte du sens critique, la soumission gagne du chemin et les gens considerent que des produits de mauvaises qualités sont de bonne qualité. Wade tu es un monstre! Tu construis un théâtre à coup de milliards , pour qu'il dure longtemps (non pas par amour ou connaissance de l'importance de l'art et de la culture mais pour forcer les gens à se souvenir de toi) alors que tu n'as pas de politique culturelle à part celle basée sur la promotion de la médiocrité (tes ministres), des mensonges, la manipulation des faibles,le vol, etc....

    Douta repose en paix.
    • Auteur

      Européen

      En Novembre, 2011 (18:35 PM)
      mane mom sama problème moy noumay dèf ba reendi sama khar mi fi ci europe on me demande des papiers que je né pas, de tte façon je l'égorgerai ds la clandestinité. bala nga khamni europe mo métti rek tabaski djotte c le seul jour k je ss vréma triste, j'aimerai à le passer o côtés de ma famille. snifff snifff
    • Auteur

      Bien Dit Thiedo

      En Novembre, 2011 (14:04 PM)
      merci pour votre analyse claire et pertinente. je suis ecouré quand il m'arrive de regarder chez certains amis nos fameux"theatre". on a tellement régressé dans ce domaine. je me demande di la culture a une vrai valeur pour le gouvernement actuel.
    • Auteur

      Seck Samba

      En Novembre, 2011 (22:07 PM)
      je me joins aux nombreux sénégalais qui ont connu ce talentueux homme de culture prier dieu pour le repos de son âme.ensuite,je donne raison à ce mr qui dit que la culture est en train battre de l'aile au sénégal.c'est constat qui est malheureusement là et on n'a peut rien à cause de ce maudit régime de wade et de ses nullards de ministres
  2. Auteur

    Lolz

    En Novembre, 2011 (18:20 PM)
    IBBBRAhima Falllllllllllllllllll
    Auteur

    Almamy Abdoul Demba Tall

    En Novembre, 2011 (18:38 PM)
    Que la paix du seigneur soit sur mon ami Douta Seck, un homme de bien, d'une generosite et d'une ouverture qui m'ont toujours ebloui. Si Radio-Senegal et Sorano etaient en ce temps la, de veritables soeurs jumelles, on le doit a des talents comme le sien.

    Douta Seck fut l'ami et le pere de toutes ces grandes familles qui ont cohabite dans la fraternite et le respect mutuel pendant de longues decennies. Reposes en paix et que ta memoire ne nous quitte jamais.
    Auteur

    Faataataatat

    En Novembre, 2011 (18:57 PM)
    Maitre douta, je l'ai découvert dans xala de sembene ousmane, j'ai été frappé de stupeur et de joie que dis je. UN comédien de trés geand talent, trés trés grand artiste, d'une sensibilité incroyable. J'avoue avoir trés peu vu un si bon acteur sous nos cieux. Repose un paix grand artiste.

    Quant à la jeune génération j'espère qu'il vous inspirera.
    Auteur

    Pape Fourtado

    En Novembre, 2011 (19:05 PM)
    EUSKEY sama yaram dawna ! Rien à ajouter. Un sénégalais qui nous a reprensentés dignement en Europe et dans le monde avec talent et créativité dans le domaine de l'art dramatique. H
    Auteur

    Pape Fourtado

    En Novembre, 2011 (19:13 PM)
    Nos marabouts et politiciens qui ne se fatigueront jamais de piétiner notre culture et nos traditions entre autres, ont beaucoup à apprendre de cet homme de talent. Repose en paix Douta. Merci pour tout ce que vous avez fait pour notre pays et son peuple. Que la terre vous soit légère. Nous ne vous oublierons jamais.
    Auteur

    Az

    En Novembre, 2011 (22:42 PM)
    La Tragedie du Roi Christophe version sonore :

    myspace.com/doutasecksiteofficiel
    Auteur

    Zorro Zaim

    En Novembre, 2011 (23:55 PM)
    Hommage à cet hom exceptionnel digne hom de culture ki a su maitriser l'art dramatique dans tte sa plenitude.nous som trè jeunes pr appréhender ttes ses qualités humaines et artistiques mai les éloquents temoignages à son endroit sont assez revelateurs de son talent extraordinaire ki a fini par fair de lui une icone incontestée du theatre africain.repose en pai gran père,tu as été un lion et un lion ne meurt jamais il s'endort.k dieu takeuye au paradis.a voir cette génération d'artistes-comediens ki occupe le devant de la scène on constate bien kil ya un recul.lhom de culture n'est plu ce kil devai etre:la voix et la voie du peuple mai on constate avec amertune kon a une race de voraces ki se servent de la culture.c vraima domage.il fau retourner à l'ancienne école.vivement les assises de la culture.
    Auteur

    Lébou Ndoye Mali Mareme!!!

    En Novembre, 2011 (01:34 AM)
    Merci Mr DOuta Seck!! mais je voudrais seulement dire si ce n'est pas le cas aussi de consacrer à ces hommes plus d'espaces.. Les cheikh Anta Diop et consorts ... Il faudrait aussi revisiter les programmes scolaires chez nous en donnant une grande emprise aux écrits des africains ... Je vois mal où les poèmes de Lamartine ou de Baudelaire pourrait nous mener avec tout le respect que j'ai pour nos hommes de littèrature française et consorts??... Vraiment il est temps de changer les programmes scolaires... parler et surtout plus de l'Afrique en particulier du Senegal, l'amour pour son peuple nait à la base en inculquant aux potaches dès le bas age que le travail est une grande vertu, ls valeurs de nos ancetres qui ont tendance à s'enliser avec l'adoption de ce qui vient de loin aujourd'hui, pour dire de l'occident meme en dècadance... Djeguelou wassalam!!
    Auteur

    Doc

    En Novembre, 2011 (11:36 AM)
    c pa le pere de oumar seck rts?
    Auteur

    Gew4w

    En Novembre, 2011 (13:44 PM)
    Non. Omar seck est le frere de Ousmane seck ancien ministre des finances de Senghor, qui l'a amene a la rts. Ils sont de thies.

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