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Culture

Muriel BERSET COHEN, ambassadeur de SUISSE, présidente du Groupe des amis de la Francophonie : «Il est important de promouvoir notre diversité dans la Francophonie»

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Muriel BERSET COHEN, ambassadeur de SUISSE, présidente du Groupe des amis de la Francophonie : «Il est important de promouvoir notre diversité dans la Francophonie»

Invitée de la rédaction du quotidien Le Soleil, à l’occasion de la célébration, demain mardi 20 mars, de la Journée internationale de la Francophonie, Muriel Berset Cohen, ambassadeur de Suisse au  Sénégal,  présidente du Groupe des amis de la Francophonie (Gaf), parle des activités prévues à travers le pays. Accueillie par le Directeur général, Cheikh Thiam, avec à ses côtés El Bachir Sow, Coordonnateur général des Rédactions du «Soleil», elle explique aussi le rôle du Gaf, en parfaite collaboration avec le ministère sénégalais de la Culture, durant la Quinzaine de la Francophonie.

La Journée internationale de la Francophonie, célébrée le 20 mars au Sénégal
« Le 20 mars est la journée du lancement officiel de la  Quinzaine de la Francophonie. Nous la célébrons en partenariat avec le ministère de la Culture car la Direction de la Francophonie est rattachée à ce département. Pour cette année, la journée de lancement commencera le matin à la Place du Souvenir par une cérémonie officielle. La troupe « Espoir de la banlieue » en assurera l’animation. Il y aura aussi un panel sur le thème « Le Français dans tous ces états » avec comme trois sous-thèmes : «  La langue française est-elle sexiste ? »,    « Le  français des Sms » et « Le français dans le rap sénégalais ».  C’est une façon pour le Groupe des amis de la Francophonie (Gaf) de s’intéresser au français tel qu’il vit et évolue...
Tout ce travail nécessite un gros investissement de la part des membres du Gaf.  Des ambassades ont aussi participé à ces investissements. Les autorités sénégalaises se sont également impliquées pleinement. De même, des structures culturelles vont nous accueillir. Il s’agit de la Maison de la culture Douta Seck, du Centre culturel Blaise Senghor, de  Kajinol, de l’Ucad, ainsi que des institutions culturelles françaises au Sénégal.
A chaque célébration de la Quinzaine de la Francophonie, nous voulons faire des activités en dehors de Dakar pour ne pas nous limiter à organiser des activités uniquement dans la capitale. Ainsi, nous organisons des activités à Saint-Louis,  Toubab Dialao et Louga. J’espère qu’à l’avenir nous en ferons encore plus en dehors de Dakar. C’est un objectif que nous essayons d’atteindre chaque année, mais ce n’est pas simple.

Manifestaions gratuites pour tous les publics
Toutes ces manifestations ne sont pas uniquement construites  et développées par la Suisse, la France, le Canada ou la Belgique qui organisent des activités pour la Francophonie. C’est  plus large et nous avons un groupe qui comprend la Tunisie, le Liban, le Congo, l’Egypte…, qui sont tous aussi actifs et qui font venir des experts de haut niveau, des professeurs, des artistes, etc. 
Pour notre Groupe, il est important de promouvoir cette diversité culturelle et nous voulons en faire bénéficier le public sénégalais. Ce que nous faisons,  c’est pour ce public. En tant que présidente du Gaf, j’essaie de communiquer  autant que possible pour que le public soit averti, informé, pour qu’il y ait des manifestations gratuites pour tous les goûts et de différentes natures.
En 2008, nous avions organisé avec les autorités sénégalaises la Quinzaine de la Francophonie qui, depuis cette date, se tient chaque année autour de la Journée internationale de la Francophonie, le 20 mars. Par Quinzaine de la Francophonie, il faut entendre toutes les activités culturelles au sens strict de la culture.  Cette année par exemple, nous avons prévu des activités littéraires, des galas, des récitals de poésie,  de la littérature, de la musique, des activités sportives, etc. Il y aura aussi le « Marathon de  la Francophonie ». Et comme nouveauté, nous aurons une randonnée dénommée « la Francophonie en marche ».

Les activités de cette année vont durer deux mois et demi 
Les années précédentes, nous avions l’habitude d’organiser des manifestations en deux semaines. Mais cette année, compte tenu de l’élection présidentielle, nous avons jugé nécessaire d’étaler les activités de la Quinzaine sur deux mois et demi. En réalité, en ayant plus de temps, nous espérons que cela permettra au public d’y participer largement.
Cette année, au lieu d’avoir un thème qui traverse les activités, nous avons préféré les grouper avec des manifestions littéraires et sportives. On aura également un cycle de cinéma dont je suis particulièrement fière.?C’est un défi car à Dakar, les gens n’ont pas beaucoup d’occasion d’aller au cinéma  et c’est dommage.
Il  y aura aussi des conférences dont la plupart auront lieu à l’Ucad. Une conférence, qui est pour moi l’une des plus importantes, est consacrée à la Francophonie et aux langues nationales africaines.?Son thème : « Y a-t-il une  concurrence ou une complémentarité entre le français et les langues africaines ? Comment les deux vivent-elles ensemble ? Autour de quoi s’articulent- elles ? ».?Nous n’avons pas voulu nous limiter aux langues africaines. Nous avons aussi trouvé intéressant de mettre en perspective un cas exogène à l’Afrique. En effet, il y aura un conférencier belge qui parlera des relations entre le français et le flamand belge qui est un peu particulière comme situation.
Des conférences sont également prévues sur le français comme langue des affaires et du travail. Le français est une chance pour les affaires et le travail. Ceci, il faut que les jeunes le sachent et ne perdent pas cette chance sur le plan international. Nous ferons aussi une conférence sur Jean-Jacques Rousseau, en raison de la célébration du 300 ème anniversaire de sa naissance. La Suisse a choisi d’organiser sur l’actualité politique de la pensée de Jean Jacques Rousseau, avec le professeur Aminata Diaw Cissé, spécialiste de cet écrivain né à Genève le 28 juin 1712. Il y aura des activités pédagogiques qui se dérouleront principalement dans les écoles avec l’organisation de concours. »
Objectifs du Groupe des amis de la Francophonie  
« Le Groupe des amis de la francophonie (Gaf) a été créé en 2008 à Dakar. Il réunit, d’une part, les représentants des ambassades des pays membres de la Francophonie qui ont une ambassade à Dakar. D’autre part, il se compose des institutions de la Francophonie qui ont leur siège à Dakar ou qui sont représentés au Sénégal. Il s’agit principalement de l’Agence universitaire francophone (Auf), du Confemen, de la Confejes ainsi que d’autres pays associés ou  associations et clubs qui travaillent  pour la Francophonie.  Nous voulons aider le Sénégal à mettre en œuvre les objectifs de l’Organisation international de la Francophonie  (Oif).
La présidence  de ce groupe  a été toujours liée à la présidence de la Francophonie en général. La Suisse a organisé le dernier  Sommet de la Francophonie en octobre 2010 à Montreux. A mon arrivée à Dakar, en septembre 2010,  j’ai repris de mon collègue l’ambassadeur du Canada cette fonction de présidente du Gaf. Cette présidence devrait se terminer au prochain sommet de la Francophonie à Kinshasa, au Congo, du 12 au 14 octobre prochain.
Le Gaf fonctionne à travers des réunions plénières. Et tout ce que nous décidons de faire est validé par la plénière du groupe. Nous avons un bureau plus restreint qui réunit les anciens présidents, les nouveaux, l’ambassadeur du Liban, doyen du corps diplomatique au Sénégal, et quelques autres membres. C’est en quelque sorte une manière d’avoir une représentation géographique équilibrée, puisque l’Oif a la chance d’être une organisation présente sur tous les continents et a une immense diversité culturelle.
A Dakar, au Sénégal, nous avons la chance d’avoir des ambassades de pays africains francophones. Cette chance est à saisir car la majorité des membres de l’Oif sont africains et le français est la langue que nous avons en partage. Mais pour la plupart des membres de l’Oif, le français n’est pas la première langue, ni la seule.

Langage du Sms et du rap, une réelle menace
Si je prends l’exemple de mon pays, la Suisse, le français y est parlé par un peu plus de 20% de la population.  Il n’y est donc pas la première langue, mais c’est une langue par laquelle on peut communiquer. C’est aussi un instrument de travail. C’est dans ce sens qu’elle nous intéresse d’ailleurs. Comme l’a dit le secrétaire général de  la Francophonie,  le français est une chance que nous avons en commun pour faire des choses qui nous intéressent et qui intéressent les jeunes de nos pays.

Pratique de la langue française au Sénégal
« Au Sénégal, il y a deux aspects. Je constate une grande éloquence et une sensibilité de la langue, ainsi que l’usage approprié de cette dernière par des intellectuels. Ce qui m’a d’ailleurs frappée car en Suisse, les gens ne sont pas éloquents.?Ils parlent peu, mais bien. Par ailleurs, dans la vie quotidienne, j’ai trouvé les gens moins francophones que ce à quoi je m’attendais avant de venir au Sénégal. Je me suis demandé si le français était en retrait. Dans un pays où la majorité de la population parle le wolof, il est normal que cette dernière soit une langue véhiculaire et que le français soit justement une langue d’ouverture vers le monde. A ce titre, le français mérite d’être conservé et d’être appris par les jeunes.  La pratique du français est en recul dans le monde et particulièrement en Afrique, même si théoriquement le nombre de personnes qui parlent cette langue augmente du fait de la démographie. Il peut bien y avoir d’autres approches par rapport à cela, même si l’anglais est une langue de communication internationale. Le français en est également une autre.
On parle aussi bien le français que d’autres langues dans ces pays. L’idéal est de conserver cette langue qui est un patrimoine. Je considère que toutes les formes d’expression comme le Sms, le rap, peuvent participer à faire vivre le français qui est une langue vivante. C’est normal qu’elle évolue. On ne peut pas parler de la même manière à Dakar, à Abidjan, à Montréal ou à Genève. C’est ce qui fait la richesse de cette langue. On doit pouvoir évoluer librement.

Une Francophonie trop culturelle, au détriment de l’économie ?
Je ne crois pas que la culture soit la cerise sur le gâteau de la Francophonie. La culture est une nécessité fondamentale pour tout être humain. Quand on n’a plus rien, on reste cet être humain avec sa culture. Je veux parler de la culture au sens profond et large du terme,  pas celle au sens du savoir écrit et acquis.
La culture est un besoin fondamental pour la survie de l’être humain. Je ne suis pas d’avis que toutes les organisations doivent faire la même chose. Est-ce que ce serait un gain que la Francophonie soit une espèce d’union qui s’occupe de tous les domaines ? Est-ce que c’est réaliste d’y penser, compte tenu de l’étendue géographique de notre espace ? Est-ce que, économiquement, cela a un sens ? Il reviendra aux responsables de répondre à cette question. Et je ne suis pas persuadée que cela soit la voie la plus directe pour arriver vers l’autre objectif du développement.

Accès plus facile des jeunes Africains aux universités occidentales
C’est vrai qu’il n’est pas facile d’obtenir un visa pour aller en Suisse qui appartient à l’espace Schengen. Nous partageons les mêmes règles que les autres pays de cet espace. La possibilité d’étudier existe. De nombreux étudiants sénégalais en profitent d’ailleurs. Je ne crois pas que les politiques migratoires sont devenues aussi restrictives comme vous l’avez dit, en particulier à l’égard des étudiants. D’ailleurs, les pays que vous avez cités (Suisse, Belgique, France et Québec) accueillent de plus en plus des étudiants étrangers, notamment sénégalais. Si une personne veut aller étudier dans ces pays, il faut qu’elle maîtrise le français. C’est l’une des conditions.
Par ailleurs, de nombreux Sénégalais vont en Suisse dans le cadre des visites de famille, pour étudier ou dans le cadre des activités des organisations internationales qui ont leur siège dans notre pays. C’est vrai qu’il y a une procédure à suivre, qui est un peu restrictive, mais il y a une tendance de réticence de nos compatriotes car la Suisse est un pays où la démocratie est très développée. Il y a eu des initiatives, notamment un référendum dans le sens d’un durcissement des politiques migratoires.



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