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BRVM : pourquoi la Bourse régionale reste si peu visible du grand public ?

Auteur: Aicha FALL

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La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), qui fédère les huit pays de l’UEMOA, est l’un des piliers du développement financier en Afrique de l’Ouest. Pourtant, malgré une capitalisation dépassant 10 078,68 milliards de FCFA à la fin de 2024 et une croissance soutenue de son indice, elle demeure largement méconnue du grand public. Ce paradoxe interroge sur les freins structurels et culturels qui limitent son rayonnement populaire, alors même que son potentiel de mobilisation de l’épargne nationale reste encore largement sous-exploité.
La réalité de la BRVM est ambivalente. Sur le plan quantitatif, elle affiche des résultats encourageants : l’indice composite a progressé de 28,89 % en 2024, porté par les secteurs bancaire et de la grande distribution, tandis que le marché obligataire continue de représenter la majeure partie des transactions, notamment à travers les titres publics, qui constituent près de 82 % des échanges selon l’Autorité des Marchés Financiers de l’UEMOA (AMF-UMOA). Cependant, ce dynamisme masque une participation très restreinte des particuliers, qui représentent environ 4,1 % des investisseurs, le marché étant dominé par des acteurs institutionnels et des investisseurs étrangers.
Cette faible pénétration auprès du grand public s’explique d’abord par une faible culture financière dans la région. La bourse est souvent perçue comme un univers complexe et risqué, davantage réservé à une élite ou à des professionnels, tandis que la majorité des citoyens préfère l’épargne traditionnelle ou informelle. L’éducation financière, qui pourrait jouer un rôle clé dans cette perception, reste encore insuffisante, et les initiatives de sensibilisation menées par la BRVM ou des organisations partenaires peinent à toucher une audience large et diversifiée.
La communication elle-même reste un obstacle. Les contenus diffusés sont souvent trop techniques ou centrés sur des indicateurs financiers peu accessibles au grand public, et les canaux d’information privilégient les milieux urbains et les investisseurs déjà initiés. Par ailleurs, l’accès à la bourse se heurte à des contraintes pratiques : les intermédiaires financiers (Sociétés de Gestion et d’Intermédiation) sont peu présents hors des grandes capitales, et les démarches d’investissement apparaissent fastidieuses pour un particulier non aguerri, notamment en raison d’un faible développement des outils numériques adaptés.
À cela s’ajoute la faible représentation des petites et moyennes entreprises (PME) sur la place boursière. Si les grandes entreprises cotées sont essentiellement des filiales de groupes internationaux ou des acteurs majeurs dans quelques secteurs comme la banque ou les télécommunications, les PME, qui constituent pourtant plus de 90 % du tissu économique régional (Banque Africaine de Développement, 2024), restent marginales. Le troisième compartiment de la BRVM, dédié à ces PME, n’a accueilli que six sociétés à ce jour, avec des volumes de transactions très faibles, ce qui contribue à limiter l’identification des citoyens à la Bourse comme moteur de développement local.
Pour élargir son impact et sa visibilité, la BRVM devra intensifier ses efforts d’éducation financière en intégrant des modules adaptés dès le niveau scolaire, encourager le développement de plateformes digitales simplifiées pour les petits investisseurs, et faciliter l’accès des PME au marché, notamment par une simplification des procédures réglementaires sans compromettre la transparence. De plus, la création de produits financiers plus accessibles, tels que des fonds communs de placement à faible ticket d’entrée, pourrait contribuer à attirer une clientèle plus large.
La démocratisation de la BRVM ne passera pas uniquement par une amélioration technique, mais par une transformation profonde de la perception qu’en ont les populations : sortir de l’image d’un marché élitiste et spéculatif pour promouvoir une vision de la Bourse comme levier collectif de participation à la croissance économique. Sans ce basculement culturel et structurel, la BRVM risque de rester confinée à une sphère restreinte, loin de son potentiel réel au service des économies ouest-africaines.
Auteur: Aicha FALL

Commentaires (9)

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    Investisseur il y a 1 mois

    Article intéressant. Le blocage c'est d'abord les sociétés d'intermédiation qui imposent des conditions qui font que la plupart des jeunes qui travaillent et qui veulent investir leur argent ne puissent investir en bourse.

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    il y a 1 mois

    Un sujet qui m intéresse beaucoup mais Hellas pas beaucoup de commentateurs

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    il y a 1 mois

    J ai vu un commentaire me traitant de menteur à été effacé. Un anecdote pendant le Covid-19 le baril du pétrole était descendu jusqu’à $5 j avais partagé dans le groupe Whatup de mon collège l idée d acheter des actions pétrolières ce que j ai fais dans mon 401k.

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    il y a 1 mois

    Si tu viens faire ta pub ici où il n y a que 3 commentaires c'est que tu n'as pas bien compris le texte .
    Va faire ta pub là où on parle matin midi soir de qui ( au pluriel) vous savez avec des millions de vues et commentaires .

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    il y a 1 mois

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    il y a 1 mois

    La bourse c est le meilleur moyen d économiser. Moi II il dans j ai un compte chèque et épargne. Dons le compte épargne il n’y a rien. Dans le compte chèque je mets 40% de mon revenue pour payer les factures eaux électricité loyer maison..,,, par contre je me mets 35% de mon revenue dans mon compte épargne:retraite appelé fidelity 401k où tu peux acheter dès actions risques ou non risques. En 25 ans je suis presque a $950000 d épargne. Avec un retour moyen de 7-20% par an

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    reply_author il y a 1 mois

    ARRETE DE MENTIR, VOILA DES SCAMS QUI POUSSENT PAS LES GENTS A S'Y INTERESSER

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    reply_author CGFBOURSE il y a 1 mois

    Cgf a des fonds commun de placement qui depassent en annualisé 14.
    Contactez les vous allez pas le regretté

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    Ngor Jegaan il y a 1 mois

    Excellent article! Et tous les problèmes qui concourent au manque de visibilité de la BRVM y sont bien exposés: 1) la culture de l'épargne n'est pas très répandue dans notre société pour diverses raisons (dont la principale est l'économie de survie à laquelle est confrontée la majorité de la population; demandez la proportion d'individus assurés hors assurance maladie); 2) même chose pour la culture du risque financier (j'ai lu il y'a plus d'une dizaine d'année un petit livre américain intitulé GROWING MONEY, conçu pour expliquer à l'américain moyen les différents produits financiers où ils peuvent placer leur épargne, des moyens risqués (Bons du trésor par ex.) aux plus risqués (participation à un fonds de capital risque par ex.) ; l'absence ou l'invisibilité de fonds communs de placement qui en Amérique, en Europe et en Asie permettent aux petits épargnants de participer à l'activité financière sans en expérimenter les tracasseries techniques et administratives. Et pourtant, il y'a un énorme marché à exploiter là. Et effectivement, pour cela il y'a un énorme travail de formation et de vulgarisation à faire en commençant par l'école mais en ciblant aussi tout le secteur informel et toutes ces personnes fortunées comme nos sportifs dont certains se font arnaquer dans des opérations bcp + risquées que les fonds communs de placement (projets mal ficelés, multiplication d'argent avec de faux billets, etc.)

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    il y a 1 mois

    La bourse est bidon avec des entreprises qui n'intéressent que des gros caïmans quand la plèbe crève de faim...peu de volume de transactions...

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    il y a 1 mois

    Pour illustrer vos propos, le post est là depuis une bonne heure et aucun commentaire.
    Un post sur des histoires de moeurs ou politiques aurait reçu moult commentaires!

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    reply_author il y a 1 mois

    Parce que c'est Affaire de Riches et business de riches.

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