Calendar icon
Sunday 31 August, 2025
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Fiscaliser sans casser : vers une intégration mesurée de l’économie informelle au Sénégal

Auteur: Aicha FALL

image

 L’économie informelle constitue depuis plusieurs décennies le socle invisible mais vital de l’activité économique au Sénégal. Selon les estimations du Bureau international du travail (BIT), ce secteur représenterait plus de 90?% de l’emploi total et près de 40?% du PIB national. Artisans, commerçants de rue, mécaniciens, coiffeurs, restaurateurs ou encore vendeurs de détail évoluent quotidiennement en dehors du périmètre fiscal classique, sans immatriculation légale ni obligations déclaratives. Si ce tissu foisonnant soutient la résilience sociale et pallie les défaillances de l’emploi formel, il échappe largement à l’impôt.
La problématique n’est pas nouvelle, mais elle prend une acuité particulière dans un contexte où l’État cherche à élargir sa base fiscale pour financer les politiques publiques et réduire sa dépendance à l’endettement. Au cours des dernières années, plusieurs tentatives ont été lancées pour structurer davantage l’économie informelle : mise en place du NINEA simplifié, régimes d’imposition forfaitaire, campagnes d’immatriculation à l’initiative de la Direction générale des impôts et domaines (DGID), partenariats avec les collectivités territoriales. Le Programme d’appui à la transition de l’économie informelle vers le secteur formel, soutenu par des institutions internationales, vise justement à créer un pont progressif entre les deux sphères.
Cependant, les résultats restent encore mitigés. La méfiance demeure forte chez les acteurs informels, souvent échaudés par la complexité administrative, la crainte d’une pression fiscale brutale ou l’absence de contreparties visibles. Pour beaucoup, la fiscalité est perçue comme une ponction plutôt qu’un levier de formalisation. À cela s’ajoutent des contraintes structurelles : faibles marges, instabilité des revenus, faible capitalisation des unités de production. Dans ces conditions, une approche coercitive risquerait d’étouffer des activités déjà fragiles et d’aggraver la précarité.
L’enjeu réside donc dans une méthode progressive, incitative et contextualisée, capable de transformer la relation entre l’État et les acteurs de l’informel. Plusieurs pistes sont désormais explorées. La première consiste à associer la fiscalité à des services concrets : accès à une couverture sociale, à la formation, au crédit ou à la commande publique. Des mécanismes de fiscalité simplifiée, fondés sur un taux forfaitaire proportionnel aux capacités réelles des petits opérateurs, peuvent également contribuer à lever les réticences. Le modèle du contribuable volontaire, expérimenté dans certains pays d’Afrique de l’Est, a montré qu’il était possible d’élargir l’assiette sans recourir à la contrainte.
L’usage des outils numériques représente également un levier structurant. L’extension du paiement mobile des taxes ou la digitalisation des registres de commerce permettent une traçabilité accrue des transactions tout en réduisant la lourdeur des démarches. À cela s’ajoutent les initiatives locales : à Dakar, Pikine ou Kaolack, certaines mairies ont engagé des campagnes de sensibilisation et d’enregistrement, en lien avec les organisations professionnelles du secteur informel.
Dans cette transition délicate, l’État sénégalais se trouve à un point d’équilibre. Il s’agit de consolider les recettes fiscales sans compromettre la vitalité économique que représente ce vivier informel. L’objectif n’est pas de contraindre à la norme administrative des structures qui ne sont pas prêtes à l’intégrer, mais plutôt de favoriser leur montée en régime progressive, en rendant la formalisation plus accessible, plus utile et plus juste.
Loin d’être un simple segment marginal, l’économie informelle constitue un pilier central de la société sénégalaise. L’intégrer intelligemment dans le circuit fiscal, c’est aussi reconnaître sa légitimité, sécuriser les parcours professionnels de millions de travailleurs et construire un pacte social fondé sur la confiance plutôt que sur la répression. Une fiscalité équitable et adaptée peut alors devenir un instrument de développement, plutôt qu’un frein à l’activité.
Auteur: Aicha FALL

Commentaires (17)

  • image
    il y a 2 mois

    Je ne suis contre les aventures à risque ça permet d'apprécier le petit coin que le mentor vous a obtenus

  • image
    il y a 2 mois

    Avant d’exiger que les gens paient l’impôt, il faut diminuer sensiblement les taxes.
    Tout est trop cher dans ce foutu bled!

  • image
    il y a 2 mois

    Moi j'ai un problème avec les impôts des travailleurs du privés. Putain l'Etat nous suce grave. Quand ke vois le montant de ma retenue chaque mois mais je me dis c'est plus q'énorme comparer au public. Remarque un agent du public plus haut vient de dire 42000 mille le montat retenue par la solde. Moi privé plus de 100 000 mil francs? Faut vraiment que les syndicalistes en parles car franchement la politique fiscale au Sénégal oppresse les ménages

  • image
    il y a 2 mois

    Les universitaires sénégalais ont labouré ce terrain en long, en large et en travers; mais, au Sénégal, il n'y a pas de passerelles entre la recherche universitaire et l'action administrative ou tout simplement les décideurs.

  • image
    Doyna waar il y a 2 mois

    Les fonds communs que reçoivent les fonctionnaires sont exorbitants. Ils faut arrêter cela

  • image
    Deed il y a 2 mois

    Alaboni populisme!

    Donc leur unique stratégie c'est le matraquage fiscal?
    Réduire drastiquement le train de vie de l'état est l'unique solution sérieuse et responsable.
    Wa salam

  • image
    ZAZA il y a 2 mois

    À l'image du Cgu instauré un régime simplifié incitatif

  • image
    il y a 2 mois

    Surtout un impôt qui servira a enrichir ceux qui ont cassé leur bien dans la rue et leur commerce et fermer leur outil de travail

  • image
    le PSE parlons EN ... il y a 2 mois

    Formaliser le travail dépend de la prise en charge du travailleur .

    Instauration d' un numéro nominatif UNIQUE . et à vie comme cela est courant avec l' identification nationale .
    Tout sénégalais confondu doit disposer de numéro UNIQUE .

    Ma pensée va vers nos pauvres concitoyens en Caze d' examen

  • image
    il y a 2 mois

    Impôt foncier triplé en un an comment est ce que c est possible
    . Qui peu payé ?????

  • image
    il y a 2 mois

    Il faut acheter les voitured des députés he

  • image
    Md il y a 2 mois

    Les gens ne refusent pas de payer l'impôt, ils sont découragés de l'usage qu'en fait l'autorité, et cela, de senghor jusk ' aujourd'hui. Ça me fait mal de penser k Les 42 000 f que la solde me coupe depuis 17 ans puisse alimenter le carburant d'une autorité arrogante et indispensable ou alimenter une caisse dont les dépenses ne seront jamais justifiées pour ne pas dire noire. L'incitation fiscale doit commencer par montrer au contribuable que son argent n'est jamais perdu. Même 1 seul FRANC.

  • image
    Md il y a 2 mois

    Les gens ne refusent pas de payer l'impôt, ils sont découragés de l'usage qu'en fait l'autorité, et cela, de senghor jusk ' aujourd'hui. Ça me fait mal de penser k Les 42 000 f que la solde me coupe depuis 17 ans puisse alimenter le carburant d'une autorité arrogante et indispensable ou alimenter une caisse dont les dépenses ne seront jamais justifiées pour ne pas dire noire. L'incitation fiscale doit commencer par montrer au contribuable que son argent n'est jamais perdu. Même 1 seul FRANC.

  • image
    Zeuss il y a 2 mois

    Voilà c’est ça qu’on attend d’un journaliste, c’est ça un travail de réflexion et d’analyse qui touche le fond qu’il faut pour faire avancer les choses. Félicitations !!

  • image
    il y a 2 mois

    Tout le monde doit payer des impots maks est ce que ceux qui payent leurs impots sont ils admis dans les hopitaux publics sans qu'on leur demande une garantie avant les soins. Il faut que les gens paient mais il faut egalement que les fonctionnaires ait du respect dans l'itilisation des moyens mis en.place, qu"ils soit professionnels et accueillant. Quand vous payez des impots pour que certains se paient des 8x8 , gaspille l'electricite, le carburant et que dans les services les gens vous font perdre du temps voire vous manque du respect cela ne donne pas envie. Il y a un effort important pour l'efficience des servvices.

  • image
    il y a 2 mois

    Malheureusement, la pression fiscale va s’étendre et petit à petit, les sénégalais vont découvrir la réalité du régime des sangsues, impôts sur impôts avec partage des fonds communs, plus d’une dizaines de briques par trimestre et des terrains gratuits à la pelle.
    J’attends le divorce !

  • image
    il y a 2 mois

    ou sont les internautes sortez

  • image
    reply_author il y a 2 mois

    La plus grande partie des sénégalais prennent un repas par jour.
    Comment quelqu'un qui a faim va payer des impôts ?
    Faites très attention avec cette idée de faire payer aux Sénégalais des impôts.
    Pour rappel, avant mars 2021, le pouvoir d'achat des sénégalais avaient bcp diminué à cause du Covid et ça a engendré des frustations partout et le résultat vous le savez.
    ATTENTION

Participer à la Discussion