Avec un taux de chômage élargi des jeunes évalué à 20 % en 2024 par l’ANSD, la situation de l’emploi au Sénégal suscite un intérêt constant dans le débat public. Mais cette donnée, souvent utilisée comme principal indicateur de la “crise de l’emploi”, dissimule une réalité bien plus nuancée : la majorité des jeunes Sénégalais exercent déjà une activité, souvent en marge des circuits économiques officiels, dans des conditions précaires et sans véritable filet de sécurité.
En effet, près de 95 % des actifs occupés évoluent dans ce qu’on appelle communément le secteur informel - un espace économique foisonnant mais désorganisé, où dominent petits métiers urbains, initiatives individuelles, services de proximité et activités artisanales. Ce tissu d’activités de survie, bien que dynamique en apparence, reste largement sous-valorisé, échappant aux normes sociales, fiscales et réglementaires. Il ne s’agit donc pas tant d’un manque d’emplois au sens strict, que d’une prolifération de formes d’occupation peu protectrices et à faible productivité.
Ce déséquilibre entre l’existence d’activités économiques et leur faible valeur ajoutée pose un problème structurel. Les jeunes, nombreux à se lancer dans des “petits boulots” ou des micro-activités entrepreneuriales, se retrouvent souvent piégés dans un cycle de précarité déguisée : revenus volatils, absence de couverture sociale, accès limité au crédit et à la formation, et aucune projection de carrière. Par conséquent, la question centrale n’est plus uniquement celle de la création d’emplois, mais bien celle de leur qualité, de leur pérennité et de leur reconnaissance institutionnelle.
Face à ce constat, l’État sénégalais a initié plusieurs pistes de réforme. En avril 2025, la Conférence sociale sur l’emploi, organisée par le gouvernement Diomaye Faye, a rassemblé pouvoirs publics, patronat, syndicats et société civile. L’objectif : dresser un état des lieux du marché du travail et envisager une reconfiguration des politiques d’insertion. Il y a notamment été question de formalisation progressive des activités économiques de subsistance, de renforcement des filets de protection sociale pour les travailleurs indépendants, ou encore de révision des mécanismes d’accès à la commande publique.
Dans le prolongement de ces discussions, plusieurs mesures ont été annoncées : création d’un Fonds souverain orienté vers les investissements à fort impact emploi, ajustement du cadre des marchés publics pour y réserver des quotas aux entreprises dirigées par des jeunes, et lancement de programmes pilotes de sécurité sociale adaptée aux acteurs de l’économie dite “populaire”. Ces orientations restent toutefois à l’étape de déploiement, et leur efficacité dépendra en grande partie de la capacité de l’administration à dépasser les blocages institutionnels récurrents.
L’entrepreneuriat est fréquemment cité comme levier de solution. Une jeunesse inventive tente de s’organiser à travers la création de start-ups, de commerces informels ou d’activités agricoles. Si cette dynamique traduit une forme de résilience, elle n’est pas exempte de limites : conditions de financement restrictives, instabilité juridique, absence d’écosystème structuré. Dans les faits, l’entrepreneuriat par nécessité l’emporte souvent sur l’entrepreneuriat par opportunité, réduisant la portée transformative de ce choix professionnel.
En parallèle, l’accès à l’emploi salarié demeure contraint. Le secteur privé formel, encore étroit, absorbe difficilement les flux annuels de nouveaux diplômés, tandis que la fonction publique, longtemps perçue comme débouché sécurisant, subit des politiques de rationalisation budgétaire. L’adéquation entre compétences disponibles et besoins réels du marché reste faible, malgré l’existence de dispositifs de formation professionnelle et d’insertion ciblés.
La configuration actuelle du marché du travail se caractérise donc par une économie duale : d’un côté, un secteur structuré, mais limité en opportunités ; de l’autre, une sphère d’activités éclatée, dynamique mais fragile, qui capte l’essentiel de la main-d’œuvre jeune. C’est cette frontière qu’il s’agit aujourd’hui de mieux comprendre et, éventuellement, de redessiner.
À ce jour, les dispositifs publics sont en phase de rodage. Leurs effets sur l’emploi réel restent à évaluer dans la durée, notamment en ce qui concerne leur impact sur la transition vers des formes de travail plus stables, productives et sécurisées.
Il y a la DER moutons pour lutter contre la faim des jeunes et des femmes le jour de la Tabaski.
Ils sont vraiment nuls
Répondre à
il y a 2 mois
taux de chômage = 20%, quelle blague !
Répondre à
il y a 2 mois
Les deux apprentis nous avait promis qu'il y aurait plus de jeunes au chômage encore et toujours des promesses et des mensonges rek........
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il y a 2 mois
La courbe de la natalité est de loin asymétrique à celle de la création d'emploi et de richesse.
reply_authoril y a 2 mois
On aime se voiler la face!
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il y a 2 mois
Le taux de chômage est en réalité beaucoup plus élevé.
Au Sénégal, on a honte d’avouer qu’on est chômeurs.
Répondre à
il y a 2 mois
Difficile de cerner la souffrance des jeunes qui en plus de presque l'impossibilité de décrocher le premier emploi, mais font face aux vampires sans cœur qui les plongent dans l'engrenage des sociétés d'intérim et de placement. Ce système d'esclavage sauvage les exploite à mort sans aucune protection de l'Etat. Avec le "niaake pékhé", les demandeurs d'emploi acceptent les pires conditions d'engagement; parfois sans contrat, sans bulletin de salaire et des horaires de travails inhumaines. Et cà c'est pour les privilégiés qui en trouvent. Des jeunes cadres avec un bac+4 ou 5 perçoivent 150 000 maximum 200 000 et pour un travail de cadre supérieur.
Il faut imaginer pour les non diplômés!!!!!
Répondre à
il y a 2 mois
Encore une excellente analyse Aïcha, c'est ça que j'appelle du journalisme.
reply_authoril y a 2 mois
Effectivement je ne suis pas le seul à apprécier cet article bien structuré avec un langage accessible et digne d'un journaliste.
Commentaires (7)
Il y a la DER moutons pour lutter contre la faim des jeunes et des femmes le jour de la Tabaski.
Ils sont vraiment nuls
taux de chômage = 20%, quelle blague !
Les deux apprentis nous avait promis qu'il y aurait plus de jeunes au chômage encore et toujours des promesses et des mensonges rek........
La courbe de la natalité est de loin asymétrique à celle de la création d'emploi et de richesse.
On aime se voiler la face!
Le taux de chômage est en réalité beaucoup plus élevé.
Au Sénégal, on a honte d’avouer qu’on est chômeurs.
Difficile de cerner la souffrance des jeunes qui en plus de presque l'impossibilité de décrocher le premier emploi, mais font face aux vampires sans cœur qui les plongent dans l'engrenage des sociétés d'intérim et de placement. Ce système d'esclavage sauvage les exploite à mort sans aucune protection de l'Etat. Avec le "niaake pékhé", les demandeurs d'emploi acceptent les pires conditions d'engagement; parfois sans contrat, sans bulletin de salaire et des horaires de travails inhumaines. Et cà c'est pour les privilégiés qui en trouvent. Des jeunes cadres avec un bac+4 ou 5 perçoivent 150 000 maximum 200 000 et pour un travail de cadre supérieur.
Il faut imaginer pour les non diplômés!!!!!
Encore une excellente analyse Aïcha, c'est ça que j'appelle du journalisme.
Effectivement je ne suis pas le seul à apprécier cet article bien structuré avec un langage accessible et digne d'un journaliste.
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