Avec l’annonce, le 7 mai 2025, de la construction d’un parc Disney sur Yas Island, les Émirats s’invitent dans le cercle très fermé des capitales mondiales du divertissement. Une nouvelle donne pour les touristes africains, jusqu’ici éloignés des grandes destinations familiales.
Abou Dabi change d’échelle. Avec l’arrivée annoncée de Disneyland, l’émirat s’affirme comme une nouvelle capitale mondiale du divertissement familial. Cette dynamique s’appuie sur un acteur-clé, Miral, déjà à l’origine de l’aménagement de Yas Island. Au-delà du prestige, c’est une vision structurée du tourisme que les Émirats déploient?: multisite, intégrée, accessible.
Cette orientation stratégique résonne bien au-delà du Golfe. À une distance raisonnable des principales métropoles africaines, la nouvelle offre émiratie redéfinit les hiérarchies régionales du loisir, en se rapprochant d’un continent en pleine transition démographique, économique et touristique.
Yas Island, vitrine du modèle Miral
Le 7 mai 2025, The Walt Disney Company a annoncé l’ouverture prochaine de Disneyland Abu Dhabi, sa septième destination mondiale et première implantation au Moyen-Orient. Le projet, développé en partenariat avec Miral, comprendra un parc à thème couvert, un hôtel Disney Resort et une zone commerciale immersive. Il viendra s’inscrire dans un environnement déjà largement structuré : l’île de Yas.
Depuis plus d’une décennie, Yas Island est le laboratoire de l’ambition touristique d’Abou Dabi. Située à une trentaine de kilomètres du centre-ville, cette île artificielle concentre plusieurs attractions de premier plan, dont Ferrari World, Warner Bros. World, SeaWorld Abu Dhabi ou encore Yas Waterworld, récemment étendu à 60 attractions. À ces parcs s’ajoutent un circuit de Formule 1, des centres commerciaux, des hôtels thématiques, des plages, un musée d’histoire naturelle en cours de construction, et plusieurs équipements culturels ou sportifs.
À l’origine de cette dynamique se trouve Miral, opérateur public fondé en 2011 par le département exécutif d’Abou Dabi. Contrairement à d’autres modèles plus segmentés, Miral assume l’ensemble de la chaîne de valeur?: conception, investissement, exploitation et coordination stratégique des sites. En 2023, Yas Island a accueilli 38 millions de visiteurs, avec un taux d’occupation hôtelier de 82?%. Grâce à l’agrégation de contenus internationaux sous licence, à une gestion centralisée et à une forte capacité d’adaptation technologique. Miral impose un standard régional du loisir, pensé pour attirer une clientèle élargie.
La décision de Disney d’implanter sa septième destination à Abou Dabi intervient après près d’une décennie sans nouvelle ouverture, la dernière remontant à Shanghaï en 2016. Ce choix confirme la montée en puissance des Émirats arabes unis dans l’économie du loisir : ils se positionnent désormais comme un relais stratégique entre Europe, Asie et Afrique, trois blocs démographiques dont les flux touristiques convergent de plus en plus vers le Golfe. Pour Disney, c’est l’opportunité d’élargir sa base familiale au-delà des marchés occidentaux traditionnels, tout en s’adaptant à des publics émergents à très fort potentiel.
Ouverture au marché africain
Jusqu’ici, l’expérience Disney restait largement ancrée dans des destinations occidentales ou d’Extrême-Orient, synonymes de coûts élevés et de longs trajets, en particulier pour les familles africaines. À six heures de vol de Lagos, Nairobi ou Johannesburg, Abou Dabi bouleverse ce schéma. Les enfants africains pourront accéder à un imaginaire planétaire et largement apprécié, sans franchir les obstacles logistiques et financiers d’un voyage transatlantique ou transpacifique. Cette proximité géographique réduit mécaniquement le coût global d’un séjour et ouvre la porte à des visites plus courtes, plus accessibles, et mieux calibrées pour cette clientèle.
Cette montée en puissance ne vise pas à répliquer un modèle occidental, mais à le déployer depuis un point d’ancrage plus proche des marchés émergents. En Afrique, les besoins en matière de tourisme familial sont en forte croissance, portés par l’essor d’une classe moyenne jeune, connectée et mobile: 34?% de la population appartient désormais à cette classe, et plus de 60?% des Africains ont moins de 25 ans. Or les Émirats Arabes Unis s’imposent comme une destination privilégiée pour l’Afrique subsaharienne, qui, en 2023, a représenté un total plus de 750 000 visiteurs. Ce chiffre, bien que modeste face aux 17,15 millions de visiteurs enregistrés cette année-là, illustre une tendance en progression constante. Jusqu’ici, l’accès aux parcs de loisirs de renommée internationale restait réservé à une clientèle minoritaire, freinée par les coûts, les distances et les politiques de visa restrictives.
C’est précisément sur ces points que les Émirats concentrent leurs efforts. La compagnie nationale Emirates dessert actuellement plus de 20 pays africains, avec une trentaine de liaisons actives vers le continent, dont Lagos, Accra, Addis-Abeba, Nairobi ou Johannesburg. Depuis 2023, les Émirats ont également engagé une simplification progressive de l’obtention de visas pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, avec des procédures accélérées, souvent dématérialisées, et des partenariats renforcés avec les agences de voyages régionales.
Derrière la dimension spectaculaire du projet, se profile une logique plus discrète?: celle d’une ouverture progressive des grands standards du loisir à des publics longtemps tenus à distance. En rapprochant ces expériences d’un plus grand nombre, sans en altérer la qualité, Abou Dabi esquisse peut-être les contours d’un nouvel âge du tourisme familial, plus fluide, plus régional, et potentiellement plus équitable.
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