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Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Politique

ABDOULAYE BALDE, DIRECTEUR EXECUTIF DE L’ANOCI : “ Nous ne sommes ni ordonnateur, ni administrateur, ni comptable de l’argent”

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ABDOULAYE BALDE, DIRECTEUR EXECUTIF DE L’ANOCI : “ Nous ne sommes ni ordonnateur, ni administrateur, ni comptable de l’argent”

Le directeur exécutif de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique, Abdoulaye Baldé est un homme comblé. Après les voyages, les négociations avec les bailleurs, la supervision des travaux et l’organisation proprement dite du sommet de l’Oci à Dakar, il s’est prêté, avec un plaisir non feint, au feu roulant des questions de nos collaborateurs. L’occasion a été bonne pour lui de tirer le bilan de l’activité de son agence et d’apporter un certain nombre d’éclairages sur l’utilisation des ressources mobilisées grâce à l’Anoci. Entretien.

L’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (Anoci) est attendue sur son bilan après la tenue du sommet de l’Organisation de la conférence islamique à Dakar. Quels enseignements tirez-vous de votre mission ?

Ce que j’entends par bilan, c’est peut-être tirer les conclusions générales du sommet et des raisons pour lesquelles l’Anoci a été créée. Il faut dire que le décret qui a créé l’Agence en juin 2004 nous assignait comme principale tâche de réaliser les infrastructures routières et hôtelières nécessaires à la bonne tenue de ce sommet. De ce point de vue, nous avons fait tout notre possible pour livrer aux Sénégalais les meilleures infrastructures routières possibles. Dans le domaine de l’hôtellerie, nous étions en relation avec le secteur privé national et international. C’est vrai que nous n’avons pas atteint complètement nos objectifs parce que ces réceptifs n’ont pas été livrés. Mais l’un dans l’autre, nous avons réussi à faire en sorte que les hôtes du Sénégal soient reçus dans les meilleures conditions. Nous avons réussi à les loger dans des conditions appréciées par tous. Voilà, en gros, pour les infrastructures et l’organisation. Maintenant, en ce qui concerne la participation et les résultats, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères a tiré lui aussi le bilan qui, à mon avis, est plus que satisfaisant. Je retiens donc que le bilan global est très largement positif.

Nombre d’observateurs ont soutenu que ces travaux ont été supportés, pour l’essentiel, par le budget national. Qu’en est-il exactement ?

Je crois qu’il est bon de rétablir la vérité sur cette question. Le montant global mobilisé par l’Anoci pour le compte de l’Etat, dans la réalisation des infrastructures routières, compte non tenu de la participation de l’Etat, est de 125 milliards de nos francs. La part de l’Etat dans ces infrastructures routières n’est que de 17 milliards, ce qui fait que l’enveloppe globale est d’un peu plus de 143 milliards de nos francs. Dans ce budget, nous n’avons, à ce jour, utilisé qu’un peu moins de la moitié. Il faut cependant préciser que dans cette affaire, nous n’avons été que des facilitateurs entre l’Etat du Sénégal et les bailleurs. Pour l’instant, nous n’avons utilisé, pour le compte de l’Etat du Sénégal, que 70 sur les 143 milliards mobilisés. Ce qui représente un peu moins de 50 %. Ce montant a permis la réalisation de trois projets. Il s’agit de la première et la deuxième phases de la Corniche, de la Vdn, de l’assainissement et des aménagements du paysage. Il reste donc 73 milliards non encore utilisés et qui vont permettre de prendre en charge de nouveaux projets. Il s’agit de la route financée par le Fonds saoudien de développement qui va de la Gueule Tapée à Ouakam et qui sera élargie en deux fois deux voies et dotée de plusieurs ouvrages. Il faut ajouter, dans ces projets de seconde génération, la route qui va des Mamelles à l’aéroport avec la Corniche des Almadies, la bretelle qui va du Virage à l’océan jusqu’à l’aéroport. Ce projet est co-financé par le Fonds saoudien et le Fonds koweitien.

Le troisième projet concerne l’avenue Malick Sy, qui va de la Place du Millénaire à Cyrnos et continue jusqu’à la Place « Seven Up » sur la route de Rufisque. Ce projet a acquis son financement auprès du Fonds d’Abu Dhabi pour un peu plus de 36 milliards. Les 73 milliards serviront à financer ces trois projets. Je tiens à préciser que ce n’est pas de l’argent disponible au niveau de l’Anoci. Il est mobilisé pour le compte de l’Etat du Sénégal et sera injecté dans la réalisation de ces infrastructures routières dans le respect des procédures en la matière. Tous ces financements, permettez-moi de le préciser, ont été obtenus grâce à l’aura du président de la République, Me Abdoulaye Wade, et du Président du Conseil de surveillance de l’ANOCI, Karim Wade.

L’un des reproches faits à l’Anoci est d’avoir concentré toutes les nouvelles infrastructures à Dakar...

(Il coupe) Nous avions une mission particulière qui consistait à organiser le sommet et celui-ci se tenait à Dakar. Nous avons aussi un peu réhabilité le réseau routier de Saly parce qu’une partie des invités y logeait. Mais nous ne pouvions pas aller au-delà de notre mission. Il appartient à d’autres organes de l’Etat d’intervenir dans les autres localités.

Il vous a été aussi fait grief de ne pas avoir respecté les délais, or vous venez de dire que la livraison des hôtels incombait aux privés. Qui porte la responsabilité de ces retards, l’Anoci ou ces privés ?

Il est vrai qu’il faut faire la différence entre les infrastructures routières et hôtelières. En ce qui nous concerne, nous sommes responsables, pour le compte de l’Etat, de l’exécution et de la livraison, avant le sommet, des infrastructures routières. Pour l’essentiel, nous nous sommes acquittés de nos tâches. Pour ce qui est du volet hôtelier, il est vrai que nous l’avons accompagné parce que ce n’était pas au départ un programme propre à l’agence. Nous avons démarché le secteur privé national et international qui est venu investir massivement.

Malheureusement, il y a eu des contraintes de qualité et de délais qui ont fait que ces hôtels n’ont pas pu être livrés avant le sommet. Nous leur avons cependant signifié notre déception et notre mécontentement de n’avoir pas pu disposer de ces outils avant le sommet, mais ils nous ont promis que ces réceptifs seront livrés avant la fin de l’été. Ce qui permettra de relever les performances touristiques de notre pays. Il faut ajouter qu’au-delà du sommet, l’objectif était de positionner Dakar comme un hub pour les conférences internationales et, de ce point de vue, nous avons réussi sur ce plan puisque ces hôtels seront ouverts dans quelques mois.

Il a été aussi dit que ce sommet nous laisse certes des routes et des hôtels, mais aussi un volume d’endettement exorbitant. Peut-on avoir un éclairage sur la question ?

D’abord, en ce qui concerne les hôtels, l’investissement est totalement privé. Le volume total des mobilisations, dans ce domaine, s’élève à 185 milliards de nos francs, provenant entièrement du secteur privé national et international. Pour les quatre projets qui sont en cours, déjà 88 milliards sont injectés dans l’économie nationale par des privés. Il reste 97 milliards qui vont aussi incessamment démarrer toujours dans ce domaine avec, notamment, un projet qui va porter l’enseigne « Intercontinental », un autre de Al Kharafi et un troisième qui sera géré par le groupe Mixta África. Tout ceci n’a rien à voir avec le budget national et exclut donc toute possibilité d’endettement de l’Etat du Sénégal.

Pour ce qui concerne le volet routier, nous avons dit que nous avons aidé l’Etat du Sénégal à mobiliser auprès des bailleurs de fonds 125 milliards. Cette somme a été obtenue dans des délais sans précédent, à des taux concessionnels et de manière exceptionnelle. Et la presque totalité de cette somme a été obtenue avec des taux insignifiants et des délais de remboursement qui vont de vingt à trente ans. Je considère que pour avoir une économie saine et entrer dans l’ère de la modernité, il faut s’appuyer sur de bonnes infrastructures. Et si on ne les réalise pas maintenant, elles vont coûter quatre à cinq fois dans quelques années, compte de l’évolution des coûts des matières premières. Il fallait donc profiter des opportunités du sommet pour se doter de bonnes infrastructures à moindre coût. Il faut ajouter en outre que depuis le Ppte (une initiative du Fmi et de la Banque mondiale d’allégement de dette pour une liste de 41 Pays pauvres très endettés, ndlr), notre niveau d’endettement s’est considérablement réduit. Le ministre d’Etat, ministre de l’Economie disait lui-même qu’il avait une grosse marge d’endettement. Et puis, tous les pays qui se sont développés se sont endettés.

Au vu des résultats très positifs du sommet, peut-on s’attendre à une évolution de l’acronyme Anoci pour d’autres missions ?

Il appartiendra au chef de l’Etat d’en tirer les conséquences. Mais l’Anoci a été créée pour organiser le sommet. Le décret de création précise que : « les missions de l’Agence prennent fin l’année qui suit celle du sommet ». Ce sera théoriquement en 2009. D’ici là, nous allons faire nos comptes, rendre compte au Conseil de surveillance avant la liquidation de l’Anoci.

Beaucoup de voix s’élèvent aujourd’hui pour demander un audit. Comment vivez-vous cela ?

Je crois que c’est dans notre intérêt que cet audit se fasse. Mais je répète encore que l’Anoci n’a géré, au cours de ses années d’existence, que son budget de fonctionnement. C’est-à-dire, trois milliards en 2004-2005, cinq milliards pour 2006, six milliards en 2007 et à peu près deux milliards de dépensés pour 2008. L’Anoci a donc dépensé, pour son fonctionnement, seize milliards. C’est tout. Pour tout le reste, nous avons contribué à injecter dans l’économie nationale 376 milliards. En rapport avec ce chiffre, le budget de l’Anoci ne représente que 4,1%. Par conséquent, s’il y a un contrôle, il ne pourra s’exercer que sur cela. En vérité, nous avons plus aidé à créer de la valeur ajoutée qu’à manipuler de l’argent. Il est important de souligner que les budgets de fonctionnement des années 2004, 2005 et 2006 ont fait l’objet d’un contrôle et d’un rapprochement bancaire par le cabinet international de contrôle et de gestion, le CICE. Ces budgets de fonctionnements ont été également certifiés par un commissaire aux comptes. Les comptes ont été remis aux tous les membres du Conseil du Surveillance. Pour 2007, les rapprochements bancaires et la certification sont en cours et seront présentés à tous les membres au prochain Conseil de Surveillance.

L’argent a donc transité par le Trésor public ?

Parfaitement. Les bailleurs de fonds arabes ne donnent pas l’argent. Quand l’entreprise envoie sa facture, elle est contrôlée par le Bureau de contrôle qui s’assure que la qualité y est. Ensuite la Division Infrastructures routières de l’Anoci entre en jeu, ainsi que les services administratifs. Ce n’est qu’après tout ce parcours que nous envoyons la facture au niveau du ministère l’Economie et des Finances à la Direction de la Dette et des Investissements. C’est cette dernière structure qui vise la facture en définitive et l’envoie au bailleur qui paie directement l’entreprise retenue. L’argent n’est donc ni à l’Anoci ni au ministère de l’Economie et des Finances. Nous ne sommes ni ordonnateur, ni administrateur, ni comptable de cet argent. Nous ne sommes que maîtres d’ouvrage délégués dans l’exécution de ces travaux.

L’expertise engrangée par l’Anoci pourra-il aider le président Wade à bien faire face à ses nouvelles charges de président en exercice de l’Oci ?

Je pense que ce sont deux missions différentes. Mais c’est vrai que nous avons engrangé beaucoup de relations et élargi l’horizon diplomatique du Sénégal. Nous avons quand même pu établir des relations diplomatiques avec le Kazakhstan, ainsi qu’un certain nombre de pays de l’Est. Avant la création de l’Anoci, des Etats comme Dubaï n’étaient aussi présents au Sénégal et l’action de son président Karim Wade y a beaucoup aidé. Grâce à la promotion du Sénégal par notre agence, nous avons pu avoir des relations beaucoup plus poussées avec certains pays de l’Asie du Sud-Est comme le sultanat de Brunei, la Thaïlande, la Malaisie, etc. C’est vrai que nous avons un tissu relationnel que nous mettrons à la disposition de notre pays. Le président de l’Agence, Karim Wade, a beaucoup contribué à drainer des investissements importants au Sénégal. Vous avez la Jabel Ali Free Zone qui s’est déportée sur le Sénégal alors qu’il y avait d’autres pays concurrents comme le Ghana, vous avez aussi DP World qui ne connaissait pas le dynamisme de notre économie, tout comme le secteur privé iranien qui vient en masse ainsi que d’autres secteurs privés. Nous avons pu engranger tous ces acquis pendant nos missions et nous les mettrons à la disposition du président, si tant est que l’économie devra jouer un rôle durant son mandat à la tête de l’Oci.

Je tiens aussi à souligner que toutes nos missions ont été effectuées en parfaite collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et, chaque fois que nous avons été dans un pays, nous avons tenu à associer l’ambassadeur sénégalais à nos démarches.

Il paraît que les palmiers plantés sur la Corniche commencent à mourir...

(Rires). Avant de parler, les gens doivent se renseigner. Il est admis qu’après la plantation, les plantes perdent leurs feuilles avant de régénérer. C’est naturel. Et puis, nous avons pris des garanties avant de signer ce contrat. Il est évident que d’ici à une année, si ces arbres meurent, l’entreprise sélectionnée procédera à leur remplacement.

Quelles sont les causes du suintement noté dans le tunnel de Soumbédioune ?

Ce genre d’impair est inhérent aux tunnels. N’oubliez pas que ce tunnel a été construit à 12 mètres en dessous du niveau de la mer. Maintenant, il faut trouver les techniques pour y pallier. Les techniques qui sont imaginées consistent à poser des drains qui vont permettre de drainer l’eau. L’équipement du tunnel n’est pas encore entièrement posé. Ils ont encore trois mois pour poser les ventilateurs, les caméras et les drains. Le problème devrait donc être posé après la pose des drains. Mais en attendant, le tunnel est très sûr. Il n’y a pas d’eau qui coule, contrairement à ce qui est avancé.

Qui a politisé ces travaux ? La « Génération du concret » à laquelle il est prêté l’objectif de se retrouver au sommet de l’Etat ou une certaine opposition désireuse de faire barrage à cette ambition ?

Ni le président de l’agence ni moi-même n’avions pas le temps de politiser cela. L’ampleur des travaux a fait penser à certains qu’il y avait d’autres objectifs et ils ont contribué à la politisation. Maintenant, je suis un homme politique, si l’on m’attaque, mes partisans sont obligés de riposter. Le président a choisi Karim Wade et moi-même tout comme il pouvait choisir d’autres et je considère que nous avons travaillé pour le président et pour le Sénégal sans aucun soubassement politique.

Mamadou SEYE, Habib Demba FALL et Sidy DIOP



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