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(Découverte) Touba Médinatoul Mounawara : L’œuvre religieuse de Serigne Abdou Hakim Mbacké se poursuit dans la commune de Sagna

Auteur: Mor Ka

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Dans la commune de Sagna, située dans le département de Malem-Hodar, se dresse un village pas comme les autres : Touba Médinatoul Mounawara. Ce hameau spirituel et agricole a été fondé en août 2006 par feu Serigne Abdou Hakim Mbacké, frère du khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bachir Mbacké. Plus qu’un simple lieu d’habitation, ce village est l’aboutissement d’une vision mêlant foi, autosuffisance et développement rural, aujourd’hui poursuivie par son fils aîné, Serigne Cheikh Hakim Mbacké.
 
Selon Abdou Lahat Kane, témoin des premières heures de l'implantation de ce village, Touba Médinatoul Mounawara est une représentation du made in mouride. 
 
« Ce village a été créé en août 2006 par feu le marabout Serigne Abdou Hakim Mbacké, avec pour objectif de venir ici pour travailler, prier Dieu et éduquer ses disciples dans le droit chemin», déclare-t-il. Abdou Lahat Kane, l’un des tout premiers compagnons du marabout, décrit les débuts de Touba Médinatoul Mounawara comme ayant été difficiles.
 
À leur arrivée, la zone était encore marquée par une végétation dense, non exploitée. « Nous sommes venus ici en pleine saison des pluies. À peine arrivés, nous nous sommes lancés dans les travaux champêtres, conformément aux instructions du marabout », poursuit-il.
 
Mais la priorité fut ailleurs. « Il nous a ordonné de construire la mosquée avant même nos propres habitations. Cela montre à quel point il tenait au lieu de culte. », avance-t-il tout en laissant entendre que c'est un projet entièrement autofinancé.
 
Tout ce qui a été mis en place l’a été à partir des fonds propres de Serigne Abdou Hakim et de ses disciples. « Il n’aimait pas demander. Il a construit ce village par ses propres moyens avec l’appui de ses disciples », nous révèle Dame Sall.
 
Dès la fin de l’année 2006, les travaux de la mosquée ont démarré et ont été achevés en juin 2007. Ensuite, vinrent le forage, indispensable à la vie du village, et le poste de santé, ouverts à la fois aux talibés et aux populations environnantes.
 
Sur le plan agricole, « nous cultivons du mil, du maïs et de l’arachide sur plusieurs hectares », témoigne Abdou Lahat. Au départ, des appuis en engrais étaient disponibles, mais « aujourd’hui, nous n’en recevons plus, ce qui impacte fortement nos rendements», confie-t-il.
 
De 2006 à sa disparition en 2013, Serigne Abdou Hakim Mbacké,  assurait la navette entre Touba Mbacké et Touba Médinatoul Mounawara, répondant à de nombreuses sollicitations de la part de ses aînés mourides. « C’était un homme d’une vision économico-religieuse remarquable », affirme Abdou Lahat Kane.
 
Une transition assurée par Serigne Cheikh Hakim Mbacké
 
À la disparition du fondateur, son fils aîné, Serigne Cheikh Hakim Mbacké, a repris le flambeau sans faiblir. « Il est aussi armé que son père pour allier travail et religion », assurent quelques habitants.
 
Parmi ses initiatives marquantes : la mise en place d’un poulailler de plus de 2 000 sujets, source de revenus pour les disciples, l’ouverture d’une unité de production d’eau en sachet, destinée à la consommation locale et à la vente, le maintien des activités agricoles et éducatives, suivant l’exemple du défunt marabout, la préservation de l’environnement et de l’engagement local.
 
A leur installation, les habitants ont reçu l’instruction formelle de ne pas couper les arbres existants. « Le marabout nous a dit de préserver les arbres et de reboiser le village. C’est pourquoi nous avons planté des dattiers et d’autres espèces rares », souligne Abdou Lahat.
 
En reconnaissance de cet engagement écologique, la Journée nationale de l’arbre pour la région de Kaffrine, y a été célébrée en 2023, avec la présence des autorités administratives. 
 
 Malgré les difficultés, le village résiste 
 
Depuis, les arbres sont entretenus par les villageois eux-mêmes. Malgré ces efforts. Les obstacles restent nombreux. C'est le cas de Cheikh Diakhaté, un jardin maraîcher menacé par la pénurie d’eau. Dans l’ambition d’assurer la sécurité alimentaire du village et de créer des opportunités économiques locales, un grand jardin maraîcher de 20 ha clôturés avait été mis en place sous la direction de Cheikh Diakhaté.
 
« Au début, c’était une activité dynamique. Nous cultivions plusieurs variétés de légumes et recevions des travailleurs venus des villages voisins. Chaque étape de production permettait de créer de l’emploi et d’assurer des revenus aux familles locales », se souvient-il.
 
Mais aujourd’hui, le tableau est bien différent. « Malheureusement, le jardin est complètement sec cette année. La pression de l’eau du forage, alimentée par le système solaire, est devenue très faible. Nous n’avons plus assez d’eau pour irriguer efficacement les cultures», renseigne-t-il.
 
Cette situation a conduit à l’arrêt brutal de toutes les activités de maraîchage. « C’est une perte énorme pour nous, car le jardin n’était pas seulement une source de nourriture, mais aussi une école de travail pour les jeunes et les talibés», renchérit-il.
 
Cheikh Diakhaté lance un appel pressant : « Nous sollicitons un appui des autorités et des ONG pour renforcer le système hydraulique, notamment en augmentant la puissance du forage ou en mettant en place une solution alternative. Ce jardin est vital pour notre communauté. »
 
Abdou Mbaye : une agriculture sans machines ni soutien
 
Pilier des activités agricoles du village, Abdou Mbaye est en charge de la supervision des tracteurs et des vastes champs collectifs. Son témoignage met en lumière les difficultés croissantes auxquelles fait face la communauté.
« Depuis la fondation du village, nous avons toujours cultivé avec nos propres moyens, sans aucune subvention en matériels venant de l’État. Malgré cela, nous avons pu mettre en valeur plusieurs hectares de terres, notamment en mil, arachide et maïs ».
 
Mais la réalité actuelle est alarmante. « Nos tracteurs sont aujourd’hui à l’arrêt. Ils sont tombés en panne et nous n’avons pas les ressources nécessaires pour les réparer ou en acquérir de nouveaux. Or, sans machines, il est impossible de travailler efficacement des dizaines d’hectares», informe-t-il.
 
À cela s’ajoute un autre frein majeur : le manque d’intrants. « Nous n’avons pas accès à des semences améliorées ni à de l’engrais. La précédente campagne agricole a été très mauvaise en termes de rendements. Si cette situation persiste, cela menace sérieusement la subsistance des familles et l’avenir de notre agriculture», laisse-t-il entendre.
 
Et Abdou Mbaye de dire : « Ce que nous demandons, ce ne sont pas des dons pour vivre, mais un appui pour produire. Avec des tracteurs fonctionnels, des semences et un accompagnement technique, nous pourrons relancer les cultures et retrouver notre autonomie», poursuit-il.
 
À Touba Médinatoul Mounawara, le poste de santé dirigé par l’infirmier-chef Mouhamed Ibrahima Thiam fait face à un afflux important de patients. Bien qu’il couvre officiellement quatre villages, l’établissement accueille chaque mois plus de 200 malades, dont une grande majorité vient de localités situées hors de sa zone de couverture. « Les pathologies varient selon les saisons, mais nous recevons souvent des cas de paludisme, d’anémie, de grippe, d’hypertension et même des avortements liés aux travaux champêtres », explique l’infirmier-chef.
 
Malgré un plateau technique renforcé grâce à un don de lits offert par Serigne Cheikh Hakim Mbacké, les défis restent nombreux.
 
Le personnel, en nombre insuffisant, peine à répondre à la forte demande. De plus, l’absence d’une ambulance complique les évacuations vers les structures de référence. Le poste de santé de Touba Médinatoul Mounawara reste cependant un pilier pour la population, en attente de moyens pour mieux servir.
 
Touba Médinatoul Mounawara abrite aujourd’hui plusieurs daaras regroupant de nombreux talibés, dont la santé et l’alimentation sont entièrement prises en charge par le marabout. Dans ce contexte, un soutien à travers le programme de couverture maladie universelle et une aide alimentaire seraient d’un grand bénéfice pour alléger les charges du village.
 
Touba Médinatoul Mounawara est plus qu’un village : c’est un symbole vivant de ce que peut produire la foi unie à l’effort communautaire, font constater nos interlocuteurs. Fondé dans l’humilité et la vision, il poursuit son chemin malgré les épreuves, porté par une relève dynamique et fidèle à l’héritage de Serigne Abdou Hakim Mbacké.
Auteur: Mor Ka

Commentaires (5)

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    il y a 3 mois

    bonne initiative et un bon reportage merci

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    il y a 3 mois

    Voici le modèle de développement pour notre pays, pas besoin de Longues théories économiques.. Aucun politicien n y a mis les pieds et l argent public n est pas volé...une participation volontaire pour la communauté...

    A côté de ça des leaders politiques vont faire des longues études fonder des partis politiques juste pour voler le peu d argent qu ils sont allés emprunter au nom du peuple sénégalais...
    Serigne abdou hakim mbacke dieureudieuf
    Serigne babacar mbow dieureudieuf
    Mame Cheikh Ibrahima fall dieureudieuf

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    fhhTOURE 4 il y a 3 mois

    ALKHADULILAH DIEURADIEUFATI CHEIKH ABDUL HAKIM RTA
    C'EST TRES SIGNIFICATIF , UNE VISION HORS PAIRE .

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    Bousso il y a 3 mois

    Un vrai exemple et Leader Serigne Abdou Hakim MBacké

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    il y a 3 mois

    MERCI nous voulons ces genres de reportages dans le pays profond le Sénégal authentique
    Cette reportages encore une fois de plus montre qu il y a des sénégalais loin des querelles politique des mondanités sont résolument engagés pour le développement du Sénégal
    Pour ce qui connaissent cette localités qui se trouve dans la région voici des gens qui ont laissé tout le confort qu ils pouvaient avoir dans les villes on préfèreraient s installer dans des localités lointaines auprès des populations pour les soutenir
    Associant éducation agriculture sante élevage autosuffisance alimentaire reboisement réinsertion sociale pour les populations Voilà des initiatives à soutenir et encourager
    A vrai dire mouridisme = développement patriotisme

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