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Conditions d’existence difficiles dans les daara : 30 000 talibés livrés à eux-mêmes à Dakar

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Conditions d’existence difficiles dans les daara : 30 000 talibés livrés à eux-mêmes à Dakar
Plus de 30 000 talibés répertoriés dans la seule région de Dakar. Des garçons livrés à eux-mêmes, exploités et parfois battus par des «soi-disant maî­tres coraniques», dénonce l’Ong Human right watch. L’Organisation, qui fustige l’attitude spectatrice de l’Etat, appelle le gouvernement à adopter une loi pour réglementer les daaras et à veiller à son application. 


Une cartographie des écoles coraniques a permis de constater plus de 30 000 garçons soumis à la pratique de la mendicité forcée dans la seule région de Dakar. Un chiffre avancé par l’organisation de défense des droits humains, Human right watch (Hrw), qui cite la Cellule de lutte contre la traite des personnes, logée au ministère de la Justice qui a réalisé en 2014, ce recensement. Ces dizaines de milliers de garçons sont ainsi exposés au risque de subir des sévices et d’être exploités. «Au cours de la dernière décennie, des dizaines de milliers d’enfants ont été exploités sous couvert d’éducation, battus par leurs prétendus maîtres et soumis à des conditions de vie déplorables dans des écoles qui ne devraient pas être autorisées à fonctionner», a déclaré Mamadou Wane, coordonateur de la Platefor­me pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (Ppdh). «Le signal que donne le gouvernement du Sénégal, en renonçant à enquêter et à traduire en justice les personnes qui commettent ces abus, est que les vies de ces enfants ne valent pas la peine d’être protégées», commente le coordonateur de la Ppdh.


Une autre enquête de Hrw, réalisée en janvier 2015, fait aussi état des conditions déplorables que cette frange de la population vit au quotidien. Les garçons ont décrit comment ils étaient régulièrement battus à l’aide de fouets en caoutchouc, de morceaux de bois et de corde effilochée, par leur maître coranique et ses assistants. «L’un d’eux, âgé seulement de 8 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu’il était parmi un groupe de garçons qui avaient été à plusieurs reprises conduits de force dans une pièce, déshabillés, maintenus à terre et longuement frappés au torse avec une lanière de pneu de voiture. De nombreux autres enfants dans ce daara et dans d’autres souffraient visiblement de blessures infectées et de maladies de peau et ils se plaignaient aussi de problèmes gastro-intestinaux. Aucun des élèves interrogés n’avait reçu le moindre soin médical dans leurs écoles coraniques et s’ils en recevaient ailleurs, leurs maîtres coraniques ne finançaient pas leurs traitements», rapporte Human right watch. Cela en dépit de la loi de 2005 qui interdit de telles pratiques. 


Il faut dire que cette loi fait face à la longue tradition consistant à envoyer des garçons étudier dans des internats coraniques. Une pratique enracinée dans les valeurs positives de l’enseignement religieux et moral. Pourtant, il existe de nombreuses écoles coraniques qui assurent le bien-être de leurs élèves et leur dispensent une éducation religieuse. Toutefois, regrette Hrw, des milliers de soi-disant «maîtres coraniques» se servent de l’éducation religieuse comme couverture pour l’exploitation économique des enfants qui leur sont confiés, sans crainte d’être l’objet d’une enquête ou de poursuites judiciaires.


Peu de maîtres fautifs sont poursuivis par la loi


D’ailleurs depuis l’adoption, il y a une décennie, d’une loi visant à protéger les enfants contre la traite et pratiques assimilées, souligne le rapport qui cite la Plateforme pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (Ppdh), une coalition de 40 organisations non gouvernementales internationales et sénégalaises, le Sénégal n’a porté devant la justice qu’un petit nombre d’affaires concernant le trafic et la mise à la mendicité forcée d’élèves d’écoles coraniques par des maîtres abusifs. Alors que, regrette Mamadou Ndiaye Daara, un facilitateur et militant de la Ppdh, «il n’y a pas d’excuse pour le fait que les autorités sénégalaises n’appliquent pas leurs propres lois visant à protéger ces enfants vulnérables, surtout que les abus qu’ils subissent sont commis ouvertement, au vu et au su de tout le monde».


L’Ong internationale, qui déplore cette situation, a demandé au gouvernement d’agir immédiatement pour retirer les enfants des daara «abusifs» et «dangereux.» Aussi, incite-t-elle l’Etat à faire appliquer les lois qui sont censées protéger les enfants de la mendicité forcée, des violences et du manque de soins. Elle suggère des consultations significatives et trans­parentes afin que l’Assemblée nationale puisse adopter un projet de loi visant à réglementer les écoles coraniques, et que l’Etat s’assure de son application pour sauver ces dizaines de milliers d’enfants.


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