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Panama Papers - Média - Inkyfada : le récit de la cyberattaque

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image illustrative - Panama Papers

De Panama à Tunis, effets et conséquences. Les fichiers du cabinet Mossack Fonseca contiennent le nom d'une vingtaine de Tunisiens. Cette société propose une panoplie complète de produits opaques, voire criminels, aux amateurs de dollars comme de dinars. Parmi les personnes citées à Tunis : deux politiques, un patron de médias et une kyrielle d'hommes d'affaires, d'avocats.

Des révélations en chaîne

Le média indépendant Inkyfada, un site à mi-chemin entre le magasine et l'investigation, qui parle de la Tunisie sans chercher à « faire le buzz », a commencé lundi, à l'instar de ses 106 homologues du monde entier, ses publications des Panama Papers. Les auteurs de l'enquête, pour la partie tunisienne, ont mis en ligne deux articles. L'un précisant le cadre de cette investigation hors norme, l'autre citant l'intérêt de Mohsen Marzouk, ex-conseiller du président de la République et désormais leader d'un nouveau parti, Al-Horra, pour cette société panaméenne. Mails à l'appui, Inkyfada n'a pas accusé, mais expliqué la situation. Rien d'illégal, mais de légitimes interrogations à l'égard d'un personnage public. À maintes reprises, le média a souhaité se confronter à Marzouk. Sans succès. Ses avocats ont commencé à menacer. Il est 22 h 24 ce lundi. Mise en ligne de l'article « Mohsen Marzouk en route pour le offshore ». La cyberattaque comme à 0 h 24. Malmenant le site avant de le propulser dans les limbes du K.-O. « Une slow read attack qui a causé une failure SSL » en terminologie technique, dixit Houssem Hajlaoui d'Inkyfada. Une attaque qui a permis une « injection de contenu » sur le site. À 2 h 55, dans la nuit de lundi à mardi, 46 insertions d'un faux article titré « Moncef Marzouki la main dans le sac… du Qatar ? » commencent. Le site est alors hors de contrôle. « L'article ? » Un « fake » insinuant que l'ancien président de la République « aurait converti 36 millions de dinars » au profit d'une société qatarie. Malgré les messages lancés par l'équipe d'Inkyfada sur Facebook et Twitter, le billet mensonger est repris par des sites d'information tunisiens. Durant plus de 20 heures, l'équipe ainsi que son hébergeur, une référence internationale, luttent pour reprendre le contrôle du site, le nettoyer, mettre à jour le système de sécurité. Pendant ce temps, Mohsen Marzouk est l'invité du Midi Show sur Mosaïque FM, la radio privée numéro un du pays. Il accuse Inkyfada de « diffamation » et dit avoir mandaté ses avocats pour agir en conséquence. L'article ne l'accuse en rien de comportement illégal. Dans l'ensemble des données collectées, son nom est apparu. Pour Malek Khadhraoui, président de l'association Al Khatt (« La Ligne ») qui chapeaute le média, « cette attaque me rappelle celle que nous subissions en 2004 sous Ben Ali quand nous luttions chez Nawatt ». Ce dernier était une plateforme de partage d'informations sur les exactions de la dictature. Il avait permis de publier les Leaks de l'ambassade américaine sur la corruption endémique instaurée par Ben Ali, ses proches et sa belle-famille, pour piller le pays.

127 parlementaires signent pour l'ouverture d'une enquête

Les temps changent. La Tunisie est devenue une démocratie malgré les tentatives des figures de l'ancien régime de réduire en poussière ce modèle. Le procureur général de la cour d'appel de Tunis a ouvert une enquête, après accord du ministre de la Justice, et 127 parlementaires (sur les 217 que compte l'ARP) ont signé pour qu'une enquête soit ouverte. Du côté des spécialistes du piratage, les conclusions sont similaires : « Le niveau du mec qui a fait ça est au-dessus de la moyenne », estime le dirigeant d'une société de Digital Security. Idem pour le staff d'Inkyfada : « C'est une équipe de pros. » Les interrogations sont légion. L'action était-elle une vulgaire vendetta à la suite d'un papier ? Pourquoi insérer un article bidon salissant l'ancien président de la République ? Pourquoi attaquer aussi violemment un organe de presse indépendant ? Dans un pays où la lutte contre la corruption s'engage difficilement, cet accroc fait à liberté de la presse suscite un malaise. Sur les 107 médias, représentant 76 pays, qui ont dévoilé l'utilisation des sociétés offshore à des fins peu orthodoxes (au mieux cupides, au pire criminelles), aucun n'a déploré de représailles. La Tunisie fait exception au sein du consortium de médias qui œuvre dans la discrétion depuis de nombreux mois, de Mumbai à Munich, de Paris à Moscou. À Tunis, l'enquête judiciaire commence. « Et la guerre journalistique aussi », lançait, bravache, un journaliste harassé. Inkyfada poursuivra la publication de ses enquêtes consacrées aux Tunisiens liés de près ou de loin à cette société panaméenne. Hacker ou pas. Menaces ou pas. Inkyfada avait publié les SwissLeaks en 2015. Le dossier des fraudeurs en Helvétie. Aucune action en justice n'a été ordonnée après la publication de ce Who's Who de la fraude fiscale. Mais l'opinion publique ne pourra pas dire qu'elle ne savait pas. Qu'il s'agisse des banques zurichoises ou de la blanchisserie de Panama.


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