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[Focus] Plongée dans l’univers florissant et sensible des interprètes de conférence

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[Focus] Plongée dans l’univers florissant et sensible des interprètes de conférence
Le 9e forum mondial de l’eau  a fermé ses portes ce samedi 26 mars. Pendant six jours, des sommités venues des quatre coins du globe ont débattu autour des questions liées au liquide précieux. Si le dialogue a été possible entre les participants, au cours des différentes conférences tout au long de cet évènement, c’est en grande partie grâce aux interprètes de conférence. Seneweb est allé à leur rencontre.

En plus du centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), le centre des expositions était l’un des lieux qui abritait les 263 sessions de cette messe mondiale de l’eau. Sur le principe de « la silent room » (salle silencieuse), plusieurs conférences ont pu être organisées de manière simultanée grâce aux matériels de sonorisation mis à disposition : microphones et écouteurs.  Ce dernier a une double fonctionnalité. Il permet non seulement d’entendre clairement  les propos des intervenants lors des séances et il donne aussi la possibilité aux participants de comprendre les différents messages malgré la barrière de la langue. Une action rendue possible grâce à des femmes et des hommes présents dans une douzaine de box alignés dans une partie de la salle. Dans l’une de ces cabines vitrées avec vue sur les séances, on retrouve Ousmane Traoré Diagne. L’homme exerce le métier d’interprète depuis 20 ans et a pour langue de travail : le français, l’anglais et l’espagnol. Il définit l’exercice de sa profession : « Il s’agit de véhiculer un message de la façon la plus claire possible pour les autres personnes qui ne comprennent pas l’orateur ».

 Ainsi, l’interprète de conférence est la personne qui rend possible la communication entre différents individus tout en respectant des règles strictes. « Imagine que tu es sur une route avec un groupe de cyclistes et on te demande de les suivre et non de les dépasser. Si le cycliste accélère, tu accélères, s’il ralentit, tu ralentis. C’est la même chose avec l’orateur, l’idée c’est d’arriver à incarner sa pensée et d’être très en alerte sur ce qu’il dit », renchérit O.T. Diagne. Pour ce 9e forum mondial de l’eau, 40 interprètes ont été mobilisés. Celle qui a eu la charge du recrutement des équipes se dénomme Fatimata Tall Dièye. Elle cumule plus de 30 ans d’expérience dans le domaine. Vu l’ampleur de l’évènement et des questions abordées, le choix des interprètes a répondu à des critères précis. « C’est une sélection assez fastidieuse. Car ce forum porte sur une thématique assez technique. On vous parlera déjà d’eau, des eaux souterraines, des nappages, des aquifères, des bouts de vidange…  C’est une question essentiellement technique, donc, quand on se met à former une équipe pour des fora d’une telle importance comme celui-ci, on doit le faire avec beaucoup d’attention », confie-t-elle.

Un cercle restreint qui rapporte beaucoup

La profession d’interprète de conférence est loin d’être la plus fournie au Sénégal, en atteste Fatimata Tall Dièye : « Il était difficile d’avoir ce nombre d’interprètes (40) sur la place de Dakar. Pour le cas échéant, on fait venir des collègues de la sous-région (Gambie, Burkina Faso…) ». Cette communauté serait estimée à une soixantaine de membres au Sénégal. Une faible représentativité qui faciliterait le mode de recrutement. « En général, c’est un collègue qui décroche un marché et il appelle les personnes qu’il veut. Il arrive qu’une institution vous contacte directement. Dans tous les cas, l’interprète ne travaille jamais seul, il faut toujours se relayer. Lorsqu’une institution vous contacte, vous devez absolument recruter un collègue qui sera payé au même tarif »,  dit Ousmane Traoré.

Question rémunération, l’interprète n’a pas à se plaindre. Pour ce forum par exemple, leur gain journalier avoisine les 400 000 francs par jour (800 dollars). Des chiffres dans la moyenne mais largement en deçà de ce qu’ils peuvent percevoir à l’international. En effet, le salaire journalier d’un interprète de conférence à la commission européenne est estimé à plus de 1000 euros (830 000 FCFA). Des émoluments qui restent bien supérieurs aux autres professions en partie à cause de la difficulté de la tâche. Les interprètes de conférence de ce 9e forum mondial de l’eau sont toujours par paire de deux. Une composition qui leur permettrait de se relayer toutes les 30 minutes. Une donnée importante pour maintenir des performances optimales. « Si tu ne te fais pas relayer au bout de 30 minutes, tes compétences commencent à baisser mais tu ne t’en rends pas compte. Tu commences à faire des fautes de grammaire et des fautes d’interprétation et ce sont les personnes qui t’écoutent qui se rendent compte que la qualité de l’interprétation commence à baisser », explique Ousmane Diagne.

Autre point à noter, la majeure partie des interprètes sont des freelances, ils travaillent pour leur propre compte. Et comme dans tout métier, les périodes de vaches maigres causées par l’avènement de la Covid 19 se sont fait ressentir. « L’ensemble de mes jours de prestations en septembre 2019, étaient beaucoup plus importants que l’ensemble de 2020 », raconte Ousmane Diagne. Il poursuit : « Sur toute l’année 2020, je n’ai pas eu plus de 10 jours d’interprétation. Hors, sur l’année précédente, j’avais dépassé les 100 jours. C’est un métier indépendant, de freelance. Il faut savoir gérer ses finances, prévoir les périodes où il y aura moins de travail. Parce que, tu n’as de sous que lorsque tu travailles. Tu n’es pas salarié ! »

« Je n’ai pas fait de formation d’interprète »

Parmi les 40 interprètes réunis pour les différentes sessions de ce colloque international se trouve Ibrahima Baldé qui maîtrise en plus du Français, l’Anglais et l’Espagnol. Il est, par ailleurs, écrivain et auteur de l’ouvrage « la Gibecière de l’orateur ». Dans le secteur depuis 2019, il vit, d'ores et déjà, de belles expériences dans sa jeune carrière. « C’est un immense plaisir pour moi que de participer au 9éme forum mondial de l’eau en tant qu’interprète. C’est toujours flippant car nous couvrons un événement qui réunit des sommités de ce monde et personnellement je n’ai pas été à l’abri du stress lors des sessions où j’ai interprété des discours de président, en l’occurrence celui de la Banque Mondiale, M. David Malpass », déclare le jeune qui espère servir les Nations Unies dans quelques années. Le stress, une émotion que même les plus expérimentés dans le métier rencontrent toujours à l’image d’El Hadj Madior Diop exerçant depuis 15 ans : « Avant d’entrer en cabine, on a le stress, on se demande toujours ce qui va se passer, donc, on ne peut pas prédire. Et il nous arrive de sortir d’une réunion et de ne pas être satisfait de sa prestation. Il y a des clients qui apprécient parfois et il y a aussi des incompréhensions ci et là que l’on gère comme dans tout métier »

Déjà, il faut faire la distinction entre un interprète et un traducteur. Ce dernier exerce à l’écrit tandis que l’autre est oral et se fait de façon simultanée ou consécutive après les propos d’un orateur. Pour exercer cette profession, il faut au préalable avoir une maîtrise dans 2 langues puis suivre une formation en interprétariat. « Quand je parle de formation, je veux évoquer la formation aux techniques de l’interprétation. Par exemple, lorsque quelqu’un parle  avec un débit rapide vous avez une technique pour pallier ça. De même que pour une personne qui bégaie. Le but est de faire en sorte que celui qui vous écoute ne sache pas que l’orateur qui est au micro a un quelconque problème. Vous vous débrouillez pour rendre un message cohérent, audible sans trahir la pensée », précise Fatimata Tall Dièye.

A côté de ceux qui suivent un cursus académique, certains optent pour une formation sur le tas. C’est le cas  de Cheikh Amara Diop, qui cumule plus de 20 ans d’expérience. Casquette sur la tête et voix rauque, il revient sur son parcours : « Je n’ai pas fait de formation d’interprète. Il y avait deux femmes américaines qui étaient venues au Sénégal et qui habitaient à côté de chez nous. Vu que j’avais été renvoyé de l’école en 3e,  j'étais avec elles à tout moment. Donc, je me suis mis à les accompagner partout et à faire de l’interprétation consécutive au marché, dans les boutiques… Ensuite, j’ai repris mes études et j’ai obtenu mon baccalauréat puis une licence d’anglais et je n’ai jamais cessé de pratiquer cette langue. »

L’interprétariat ou l’art d’avoir des connaissances basiques dans tous les domaines !

Les sollicitations dans le métier sont nombreuses et les thématiques abordées, également. De ce fait, l’une de ses occupations est de s’abreuver constamment intellectuellement. « L’interprète, selon moi, est quelqu’un qui doit avoir beaucoup de connaissances, de la culture générale ; il ne doit pas avoir un domaine où il ne sait absolument rien. Il doit toujours lire des magazines, des journaux des revues scientifiques... pour toujours pouvoir s’exprimer quel que soit le domaine des conférences auxquelles il prendra part », pense Cheikh Amara Traoré. Un avis corroboré par El Hadj Madior Diop : « Un interprète doit avoir une bonne culture générale, c’est la base. Deuxièmement, avant d’aller dans une conférence, on doit recevoir les documents deux semaines à l’avance pour se préparer. Le secret, c’est la préparation, il faut toujours préparer ses réunions. »

Effectivement, l’interprète de conférence doit, plusieurs semaines à l’avance, avoir une documentation de la part des organisateurs pour se préparer au mieux. Mais leur acquisition relèverait, par moment, du parcours du combattant selon Fatimata Tall Dièye : « En Europe, les interprètes, dans des conférences techniques, demandent à obtenir les documents traduits un mois à l’avance. Ça veut dire que parfois, l’interprète est en cabine et il lit tout simplement et n’a pas besoin de trop faire fonctionner son cerveau. Mais en Afrique, c’est extrêmement différent, il faut se battre pour arracher les documents parce que les gens ont une autre perception de l’utilisation de ces papiers ».

« Il a commencé à insulter ses collaborateurs, je me demandais si je devais les répéter »

Le sacerdoce de l’interprète qui est de « de rendre le message aussi intact que possible » se trouve parfois difficile à appliquer en situation. « Lorsqu’une personne profère des menaces ou des insultes lors d’une réunion, on n’a pas le droit de déformer ses propos mais on peut les atténuer », glisse F. T. Dièye. Une situation à laquelle Ousmane Traoré Diagne avait été confronté : « J’étais dans une suite présidentielle où une éminente personnalité africaine avait invité son équipe. C’est un souvenir assez drôle. J’y étais pour faire de la consécutive, c’est-à-dire quand l’orateur parle puis s’arrête et vous faites l’interprétation. A un moment donné, il a commencé à insulter ses collaborateurs. J’étais complètement abasourdi, je me demandais si je devais les répéter. Et là, l’orateur est revenu sur ses insultes en anglais en proférant les mêmes insultes. Il était bilingue du coup. Je me suis senti très gêné sur l’instant ».

Si l’interprète ne sert pas de relais de « messages sensibles », il est souvent désigné comme bouc émissaire. « Un jour, on était dans un sommet à Syrte, feu Mouammar Kadhafi avait invité ses pairs. Le Président Abdoulaye Wade était à la tête du Sénégal et il était en désaccord avec son homologue libyen sur plusieurs points. Donc, deux pôles se sont créés. D’un côté celui du président Kadhafi de l'autre celui de Me Abdoulaye Wade. Les débats étaient houleux et ont duré jusqu’à 5h du matin. Quand ils ont décidé de se retrouver, ils ont jeté la faute sur les interprètes en disant qu’ils avaient mal fait passer le message. Ils ont juste cherché un prétexte pour se retrouver, et c'est l’interprète qui en a payé les frais », se ressasse Fatimata Tall.

Parmi les autres difficultés que rencontrent les interprètes figurent en tête de liste : les dictons, les expressions et le sarcasme. Étant donné que chaque pays a ses propres cultures, leur langage aussi se singularise d’une région du globe à l’autre. « Il nous arrive parfois d’entendre des dictons qui sont employés dans une langue locale qui ne veut rien chez l’interlocuteur. C’est à l’interprète de le replacer dans le contexte de sorte à ce que l’auditoire comprenne le sens du dicton », nous dit Fatimata Tall Dièye.

Amateurs de langues maniant les mots, ce métier est fait pour vous !


10 Commentaires

  1. Auteur

    En Mars, 2022 (10:19 AM)
    C'est pas un métier honorifique pour hommes c'est un métier de femme. Il y'a meilleur à faire pour un homme et avoir plus d'argents que passer la journée assise à remué les lèvres et la langue. 
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  2. Auteur

    Lull

    En Mars, 2022 (10:43 AM)
    En tout cas moi je parle 4 langues étrangères et j ai fait la formation mais ce secteur a été accaparé
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    Auteur

    En Mars, 2022 (10:44 AM)
    Conflit d’. Fatimata Tall =petite sœur d’Aissata Tall. CQFD !
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    Auteur

    Frconsult

    En Mars, 2022 (11:09 AM)
    Il faut aller vous inscrire a l' ILEA, universite cheikh anta Diop, institut de la FLSH. Ils forment des interpretes en Anglais, portugais, Allemand, espagnol etc. Un metier tres prometteur vu la mondialisation de nos jours. Cest un metier passionnant, mais tres difficile, il faut etre reactif et maitriser les langues. Certaines langues sont tres rares, en Allemand, il n' y a que peu  pour  un certain niveau de langue , en Espagnol un peu plus, en RUSSE, un et en hollandais zero.
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    Auteur

    En Mars, 2022 (11:09 AM)
    Certains Sénégalais sont vraiment négatifs à l'image du premier commentateur, c'est dommage.
    Auteur

    En Mars, 2022 (11:22 AM)
    Vraiment il ya des crétins dans ce forum. Un métier tellement noble et sélectif que l'interpretariat un nigaud nous dit que c'est un métier de femme. L'interprète gagne jusqu'à 300 milles XOF (580$) par jour combiné avec son métier qu'il loue au moins 250 mille par jour. Quel sénégalais gagne ce montant par jour. Le senegal ne compte même pas 50 interprètes formés dans les plus grandes écoles occidentales. Du m

    N'importe quoi vraiment d'as ce bled.
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    Auteur

    T.

    En Mars, 2022 (11:44 AM)
    Belle plongée dans un univers très sélectif et semble t il enrichissant. 
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    Auteur

    Placide Muhigana

    En Mars, 2022 (20:16 PM)
    1000 euros = 655900 fcfa
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    Auteur

    Le Thiessois

    En Mars, 2022 (01:24 AM)
    Il y a un américain qui paye ses interprète s 12500f jour ..James G . il travaille avec l armée américaine

     
    Auteur

    En Mars, 2022 (17:51 PM)
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