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SOULEYMANE NDENE NDIAYE, PREMIER MINISTRE : « J’ai préféré une licence en Droit à une carrière de footballeur »

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SOULEYMANE NDENE NDIAYE, PREMIER MINISTRE : « J’ai préféré une licence en Droit à une carrière de footballeur »
Premier ministre sportif, ou plutôt un sportif devenu Premier ministre ! C’est ainsi que Me Souleymane Ndéné Ndiaye nous est apparu lors de l’entretien exclusif qu’il nous a accordé. Très au fait de ce qui se passe et s’est passé sur les stades d’ici et d’ailleurs, celui qui soutient qu’il aurait « pu être international de foot ou de basket », ne s’est donc point égaré les week-ends sur les différentes aires de compétition. Et c’est en vrai connaisseur qu’il nous a parlé de sport en général. Entretien, en toute décontraction.

« M. le Premier ministre, on vous voit souvent au stade. Est-ce parce que vous êtes un sportif convaincu ou n’êtes-vous, comme l’on dit, qu’un sportif du dimanche ?

Je ne suis pas un sportif de la 25è heure ou du dimanche. J’aurais pu être un international de football ou de basket. J’ai pratiqué le sport pendant mon enfance. Si je n’ai pas poursuivi le sport, c’est parce que mon père voulait que je réussisse dans mes études. Je n’ai jamais abandonné le sport. Enfant, j’ai joué au Navétanes jusqu’à l’âge de 25 ans. J’ai fait mes études dans des écoles où l’on pratiquait beaucoup de sport : lycée technique Maurice de Lafosse, grenier de bons footballeurs. J’ai été aussi au collège Pie XII de Kaolack où j’ai appris à pratiquer le basket. J’ai fait le collège Joseph Faye où toutes les classes étaient habillées aux couleurs de grandes équipes d’Espagne. En 3è, notre équipe portait les couleurs du FC Barcelone, parce que le directeur de l’école était un père originaire de Barcelone. J’ai joué en 1976 dans l’Asaco d’Oussouye qui était en 2è division. J’ai joué dans beaucoup de villes quand j’étais jeune : Dahra Djolof, Foudiougne, Tivaouane, Kaolack dans l’équipe de l’ASC Lat Dior. A Guiguinéo, j’ai joué à l’ASC Diakhaye, alors que je n’avais que 18 ans. C’est la première équipe où j’ai joué en Navetanes. J’ai joué jusqu’à l’âge de 25 ans. Jeune, je supportais l’équipe de l’Asfa.

L’Asfa, parce que vous aviez une âme de militaire ?

Je n’avais pas l’âme d’un militaire. Peut-être que le début de ma prise de conscience a commencé avec la période où l’Asfa était la meilleure équipe du Sénégal. C’était après la réforme Lamine Diack. C’était l’équipe la plus en vue ; l’Asfa remportait le championnat du Sénégal régulièrement. L’Asfa a joué un match mémorable avec le Djoliba de Bamako, 2 à 0 à Dakar. Au match retour, les joueurs ont fait l’objet d’un mauvais traitement. Je me rappelle que c’était le premier match de Yamagor Seck, qui était un jeune joueur, sous la houlette d’un capitaine Guèye que je vois toujours parmi les anciens de l’Asfa. Je me souviens (très nostalgique) de noms comme Mamadou Samassa, Babacar Ndiaye, Ibrahima Coulibaly, Yamagor, Omar Diop, Amady Diop, Pape Niang, Mamadou Niang, Gaye qui était gardien de but, feu Lamine Dabo. Jeune, j’ai supporté aussi le Mbossé de Kaolack. J’ai un cousin, Mamadou Diouf, qui était un pilier du Mbossé. J’ai regardé tous les matches, ou presque, du Mbossé à Kaolack. Vous savez comment je faisais ? Je passais à la radio de Kaolack voir Ablaye Diaw. Il avait une voiture 2CV qui tombait un jour en panne et était en marche le lendemain. Je venais tellement souvent que Laye Diaw a fini par me connaître. Je lui prenais soit la radio, soit le tabouret, et j’entrais au stade sans payer. Mon père me savait si attaché au sport qu’il ne refusait pas que j’aille au stade. Mais il ne voulait pas que je joue au Navétanes. Il me disait toujours que je pouvais me blesser et gâcher mes études. Heureusement que je ne me suis blessé grièvement qu’une seule fois. J’ai eu une jambe cassée et j’ai toujours les séquelles de cette blessure (Il enlève sa chaussette droite et indique la partie de son pied alors touchée). C’était à l’occasion d’un match entre l’Asaco d’Oussouye et l’Avenir de Kolda, en 1976. J’étais en 3è, relativement jeune, je jouais avant-centre, et le libéro de Kolda, à l’époque on parlait de demi-centre, m’a donné un tacle ravageur. J’ai failli perdre la jambe.

Aujourd’hui, le football s’est beaucoup développé et a fait beaucoup de millionnaires, de milliardaires même. Ne regrettez-vous pas de n’avoir pas fait une carrière internationale ?

Je ne regrette pas du tout, puisque je suis devenu avocat (Rires). J’ai préféré une licence en droit à une carrière en football. Il faut aussi dire, qu’à notre époque, il y avait très peu de gens qui pouvaient allier leurs études et leurs carrières sportives. Il y a en eu, mais très peu. Aly Sarr a fait une brillante carrière sportive à côté d’une brillante carrière professionnelle.

Il y avait Samba Hann des Niayes qui avait pu terminer ses études à l’Université. Doudou Mbodj de l’US Gorée, Monteiro Dièdhiou qui était avec nous à l’Université et qui est allé jusqu’à la maîtrise et en même temps, il avait fait une belle carrière de footballeur. Joseph Koto aussi était dans notre lycée. Il faisait BEP compta, alors que moi j’étais en G2. Cheikh Seck aussi était en seconde quand moi j’étais en terminale, Patrice Cardeau et Mbaye Fall aussi ont fait Delafosse. On avait comme entraîneur Pape Faye, un ancien coach du Diaraf, un des premiers professeurs d’éducation physique du Sénégal. En plus, Delafosse est situé en plein quartier Gueule Tapée. C’était l’époque de la grande équipe de Mbotty Pom avec un jeune qui s’appelait Omar Guèye Sène. Je supportais deux équipes : le Mbotty Pom et Derklé de Castors.

C’était assez commode non de supporter les deux meilleures équipes de Dakar ?

En fait, tant que j’étais à Delafosse, je supportais Mbotty Pom. Plus tard, quand j’ai quitté Delafosse pour aller à l’Université, j’habitais à Castors chez mon oncle, feu Ameth Diouf, donc je supportais le Derklé de Castors. C’était avec la famille Mbodj, Amady Ndiaye de Gorée et son frère Ablaye. C’était une grande équipe avec Mansour Mbodj, le frère de Doudou Mbodj. C’était un grand footballeur, je ne sais pas ce qu’il est devenu... Doudou Mbodj, lui aussi, a pu faire ses études de sciences économiques et terminer sa carrière à l’US Gorée. Il a été même international à un moment donné. Aujourd’hui, les jeunes peuvent devenir riches sans faire de grandes études. C’est la vie.

Vous n’avez pas parlé de lutte, alors vous êtes très assidu à l’arène. Comment s’est opéré le passage ?

Je suis quelque peu Sérère. Mon père est un Ndiaye du Djolof, mais du côté de ma mère, je suis Sérère. Ma mère est Diouf du Saloum et du Sine. Par tradition, les Sérères sont des lutteurs. Jeune, j’aimais bien lutter à l’école pendant la récréation. « Dama dane rof ay gal gal » (Rires), je faisais des croc-en-jambe. Mon père était aussi le parrain de beaucoup de lutteurs à Guiguinéo. C’était un jeune fonctionnaire à Guiguinéo et il aimait bien participer à la vie associative de la ville. Beaucoup de lutteurs venaient à la maison se préparer. Il est même arrivé qu’un jour, les deux lutteurs qui devaient s’opposer pour un grand combat, logent à la maison. Avec chacun dans son coin. C’était Coriace Mbaye et Alassane Niang. Il y a un lutteur et Babou, le manager, qui me rappellent toujours Alassane Niang. Babou venait souvent à Guiguinéo à l’époque, avec Alassane Niang, un grand champion qui venait du Cayor. J’adorais la lutte, mais aujourd’hui, elle ne se pratique pas comme il y a 40 ans. La lutte s’est beaucoup modernisée. Avant, on misait beaucoup sur la lutte pure plutôt que sur la boxe. Aujourd’hui, il faut être à la fois boxeur et lutteur comme Yékini. Mais je préfère de loin le football à la lutte.

Est-ce qu’il y a un lutteur que vous supportez ?

Ah oui, il y a beaucoup de lutteurs que je supporte. Tyson, c’est mon frère, un ami. J’ai participé avec d’autres à l’essor de Tyson et de la génération Boul Falé. Jeune avocat, c’est moi qui faisais les contrats entre ABCD dirigé à l’époque par mon frère feu Bassirou Diagne, Ousmane Kébé Ndao. Nous avions organisé les premiers combats de Tyson contre Manga II, Toubabou Dior. A l’époque, Babacar Diagne était directeur de la télévision, on passait le voir, il nous donnait des conseils. Yékini aussi, c’est mon parent sérère. Comme tout bon sérère, je supportais l’écurie sérère à côté de l’écurie Fass.

C’est comme tout à l’heure. C’est plutôt facile d’être avec les meilleurs...

En fait, quand Robert Diouf luttait contre Mbaye Gueye, je supportais Robert. Mais quand ils ne luttaient pas l’un contre l’autre, je supportais Mbaye Guèye. Là, j’ai eu du mal quand Tyson était contre Yékini.

Vous étiez avec qui ?

Je supportais tous les deux (Rires). Balla Bèye II c’est mon ami. Tout comme le jeune Balla Gaye que je découvre. J’aime bien aussi Modou Lô. J’admire bien son courage, parce que les lutteurs qui ont la même carrure que lui auront des problèmes à le terrasser.

Et Yawou Dial qui prétend avoir le président de la République comme marabout ?

Yawou Dial est aussi mon lutteur. C’est quelqu’un qui amène de l’ambiance dans l’arène.

Il y a un débat en cours dans l’arène autour de la nécessité de faire payer des impôts aux lutteurs. Quel est votre point de vue sur la question ?

Je pense que c’est tout à fait normal. Toute personne qui perçoit des revenus doit payer des impôts. Il faut expliquer cela aux lutteurs et à tous ce qui gagnent des revenus. L’impôt sur les revenus ne doit pas seulement être payé par ceux qui sont dans le secteur formel. Les lutteurs ont choisi de faire la lutte comme métier, ils perçoivent un cachet et ils doivent payer des impôts sur ces revenus. Cela doit aller de soi.

Pourquoi donc a-t-on tardé à prendre cette décision ?

Il faut toujours commencer un jour, et c’est maintenant qu’on a pensé commencer. Je salue cette initiative du directeur général des impôts, mais il faut appeler les lutteurs et discuter avec eux. Il ne faudrait pas que les lutteurs ne pensent pas que l’Etat cherche à les spolier de leur richesse. Aujourd’hui, qui paie l’impôt ? Les salariés, les travailleurs, et ceux qui ont des sociétés connues. Même ceux qui sont dans l’informel ne paient pas l’impôt parfois. Alors que dans un pays, tout le monde doit payer l’impôt. Moi, je ne peux pas y échapper parce que je suis un salarié. A la fin du mois, on me coupe la part de mon salaire qui doit aller à la caisse du Trésor. N’importe qui, dans un pays qui travaille, doit payer l’impôt.

Le Sénégal a fait de la pluridisciplinarité sa politique en matière de sport. Mais il y a un problème d’infrastructures qui se posent, comme à la lutte, qui court depuis, derrière une arène nationale...

(Il coupe) Comme par extraordinaire, ce matin, (NDLR : l’entretien a été réalisé dimanche en début de soirée) j’ai parlé d’infrastructures sportives avec le président de la République. Il m’a demandé combien coûte un stade. J’attends de voir les éléments de réponses à lui donner. Pour le président, chaque chef lieu de département, chaque ville du Sénégal, doit avoir un stade multifonctionnel où l’on peut pratiquer tous les sports. Je pense qu’on va vers cela. Pour l’arène nationale, le site est connu. L’ADM devait réaliser des travaux. La semaine prochaine, je vais convoquer une réunion pour voir ce qui a été fait.

Nous avons aussi en chantier un stadium de basket, genre palais des sports. Le Président a reçu les Lionnes du basket, à cette occasion, le président de la Fédération de basket a exprimé le souhait que le Sénégal soit doté d’un Palais des sports, à la dimension de ce que notre pays représente dans le basket féminin et masculin sur le plan africain.

Justement, ce palais des sports, cela fait un moment qu’on en parle, mais on n’a toujours rien vu... Le projet existe, il est même assez avancé. Le président de la République avait donné son accord de principe. J’ai convoqué une réunion à laquelle avaient participé tous les acteurs du sport, du basket notamment. Ensemble, les ministères de l’Urbanisme, des Sports, et les domaines sont allés localiser le site, parce qu’il faut un terrain d’une certaine contenance. Le site a été trouvé du coté du stade Léopold Sédar Senghor. Il ne reste qu’à mobiliser les ressources pour démarrer les travaux. On connait le coût, on a le plan. On va voir dans le prochain budget ce que l’Etat pourra mobiliser pour démarrer les travaux.

Les courses hippiques aussi réclament un hippodrome depuis des années ?

Il y a un projet d’hippodrome à Kébémer, à coté du haras national. Le Sénégal a fait l’option de la pluridisciplinarité. Aussi longtemps que je me souvienne, le Sénégal a toujours participé aux joutes internationales en plaçant des équipes dans tous les sports : la boxe, l’athlétisme, etc. Tenez par exemple, le javelot ! Très jeune, j’ai suivi des compétitions de javelot, du saut en hauteur, du tripe saut. Très jeune aussi, j’ai connu de grands champions du Sénégal en saut en hauteur. Il y avait Mansour Dia qui avait participé même à l’encadrement de l’équipe nationale de football. C’était un très bon sauteur. Le Sénégal a fait cette option de la pluridisciplinarité. Ce qui fait qu’assez souvent, les grands stades régionaux sont des sites où l’on pratique plusieurs sports. Aujourd’hui, le rugby est pratiqué dans beaucoup de villes du Sénégal grâce à Me Guédel Ndiaye qui a en fait son dada.

Le handball aussi. Je me rappelle en 1971, j’ai joué une finale de handball dans l’équipe de Pie XII face à l’équipe de Kahone. Figurez-vous, une finale Ussau parce que le handball était très développé. A l’époque, quand l’équipe de Pie XII rencontrait l’équipe du lycée Gaston Berger, le stade était plein à craquer. Il y avait de grands handballeurs dans l’équipe de Pie XII, Jean Pierre Biblot, un blanc, Moustapha Diop, une sœur, Katia Camara qui a joué aussi au Diaraf. Elle était une internationale de handball et de basket. Il y avait quelques jeunes dont je me souviens des noms, Souleymane Diallo qui est comptable maintenant, Etienne Sylva, feu Jean Pierre Faye. On avait une bonne équipe de basket. Kaolack était une grande ville de handball. Diourbel aussi.

Le collège Saint Michel de Dakar était aussi un grand creuset de basketteurs et de handballeurs, de même que le collège Saint Michel. Les Séga Ndir et autres ont fait le collège Saint Michel. J’en profite d’ailleurs pour lui présenter mes sincères condoléances après le décès de Demba Ndir, un autre très grand basketteur.

Quand il y avait un match de basket entre Saint Michel, Saint Gabriel de Thiès, ou le collège de Joal, c’était de grands moments. Mathieu Faye qui était au collège Saint Michel, Mame Gorgui Ndiaye, c’étaient de grands basketteurs qui ont commencé par l’Uassu. Je connaissais un footballeur qui s’appelait Modi Bâ, qui a joué au Diaraf et au Casa Sports, il était au collège franco-arabe. C’était de grandes écoles où il y avait de grands footballeurs. Babacar Thiam de Kaolack a été révélé au sport par l’équipe de Ndangane. Il a joué une finale Uassu, et c’est cela qui l’a révélé au public kaolackois.

La transition est toute trouvée pour parler de l’Uassu. Vous évoquez de glorieux souvenirs du sport scolaire et universitaires, alors que l’Uassu est actuellement en rade. Que faut-il faire pour un nouveau départ ?

Ce qu’il faut faire, c’est relancer l’Uassu. C’est la réorganiser, la restructurer en la dotant de moyens. A l’époque, dans chaque école, il y avait une équipe qui portait le fanion de l’école. Cette équipe avait des équipements, des ballons. Il y avait une sélection qui se faisait à partir des meilleurs joueurs de chaque classe et une équipe qui représentait l’école. Le lycée Gaston Berger, par exemple, avait des équipes de cadettes, de minimes, de juniors et de séniors. On doit faire cela dans toutes les écoles du Sénégal. On avait une sélection universitaire qui avait joué à Montevideo en Uruguay avec comme capitaine Me Aly Sarr qui était un brillant footballeur et qui a joué au Mbossé de Kaolack et à la Jeanne d’Arc de Dakar. Il était dans cette équipe universitaire avec les Jospeh Koto, Monteiro Dièdhiou.

Les autres noms m’échappent. On a connu une époque glorieuse avec l’Uassu. Les finales de football entre Blaise Diagne et Delafosse remplissaient totalement le stade Demba Diop. En basket aussi avec Van Vo. J’ai un petit frère, Mame Biram, qui jouait bien au basket, qui était au lycée Van Vo. Donc, il faut relancer l’Ussau. Il ne se pose pas de question sur qui va gérer l’Uassu.

Mais il semble que c’est là la grande question. Qui doit gérer l’Uassu, entre le ministère des Sports et celui de l’Education ?

Je pense que c’est le ministère de l’Education qui doit gérer l’Uassu. C’est le sport scolaire et universitaire. Le ministère des Sports, c’est transversal dans le domaine du sport ; mais il y a des professeurs d’éducation physique et sportive dans les lycées. A notre époque, ce sont eux qui géraient ça. J’ai connu Karim Séga Diouf, actuel entraîneur de l’équipe nationale junior, qui était le coach du Mbossé de Kaolack, mais aussi du lycée Gaston Berger. C’était au début des années 70. Laye Diaw était à Kaolack, Satiombi était un jeune stagiaire qui apprenait à faire des reportages.

Tous les grands footballeurs de l’époque sont passés par l’Uassu. Je pense qu’il faut relancer la petite catégorie. On ne peut pas faire de grands footballeurs en oubliant la petite catégorie. Je pense qu’à l’époque, si nous avions eu de grands footballeurs, c’était grâce à l’Uassu qui était un vrai creuset. Il faut oublier cette querelle de qui va gérer l’Uassu. C’est le ministère de l’Education qui doit la gérer. Comme les techniciens sont fournis par le ministère des Sports, les deux ministères peuvent en toute symbiose gérer cela sans qu’il ne se pose de problèmes.

Dans chaque école, les maîtres doivent s’entendre avec les directeurs, et s’organiser pour avoir une équipe. Dans les lycées, les professeurs d’éducation peuvent se charger de sélectionner les meilleurs joueurs pour porter le fanion de l’équipe de l’école. Si on le fait à l’échelle du Sénégal, on va relancer le sport scolaire et universitaire. Cela peut être un bon creuset pour développer le sport au niveau national. Pour l’instant, notre équipe nationale de football est composée, en majorité, de joueurs expatriés, mais il faut aussi avoir une bonne équipe locale. Aujourd’hui (NDLR : dimanche) l’équipe du Sénégal locale rencontre le Nigeria pour la finale de l’Ufoa. L’équipe qui joue cette finale est composée de locaux qui, pour la plupart, sont passés par des écoles. Depuis 10 ou 15 ans, on ne parle plus de l’Uassu, mais il est temps qu’on la relance pour faciliter la détection des talents. Vous voyez ce que Saër Seck a fait à Mbour ! Il a ouvert un centre extraordinaire avec des jeunes talentueux qui ont de l’avenir. Je pense qu’on peut avoir ce genre d’infrastructure dans chaque capitale régionale.

Mais ça, c’est une initiative privée. Est-ce que l’Etat est disposé à investir le créneau ou à appuyer des initiateurs ?

Bien sûr, l’Etat est toujours derrière ce genre d’initiative. Quand je suis allé là-bas, j’étais charmé par le centre. J’ai demandé à Saër Seck combien cela a coûté. Il m’a répondu, et je lui ai dit : pourquoi l’Etat ne le ferait-il pas ? Il ne peut pas y avoir de développement du sport sans infrastructure. Le président de le République, je le rappelle, m’a interpellé ce matin même à l’aéroport pour me demander combien coûte un stade. Il m’a dit qu’il nous faut construire dans chaque localité un stade à la dimension de ladite localité.

Compte tenu du nombre d’adeptes du sport, qui est devenu presque une religion, il faut développer des infrastructures, et nous sommes sur une bonne lancée avec la réhabilitation des stades régionaux, et très prochainement, la construction de stades à l’intérieur du pays.

Il y a justement un ministre, sous l’ancien régime, qui disait que « le Sénégal est un peuple de sportifs, mais il faut en faire un peuple de champions ». Mais on n’arrive toujours pas à être champion. Où est-ce que ça cloche et qu’est ce qu’il faut faire ?

Vous savez, on était proche du sacre en 2002 au Mali. Il a fallu les tirs au but pour nous départager avec le Cameroun. Nous avons raté de peu la plus haute marche du podium. C’est Dieu qui a décidé en 2002 qu’on ne serait pas champion. On a raté aussi le podium au Mondial au Japon et en Corée. Si le latéral gauche, après avoir perdu la balle, ne s’était pas couché et avait poursuivi le jeu, l’ailier turc n’aurait pas centré la balle pour son avant-centre. On a été très proche du sommet, et nous voila maintenant dans les bas-fonds du football africain, pour ne pas dire mondial. Avec l’équipe que nous avons maintenant sous la houlette d’Amara Traoré, l’espoir renait.

Lors de sa dernière sortie, face à la Grèce, l’équipe du Sénégal a bien joué. On est en train de bâtir une équipe avec des jeunes qui en veulent.

Là, vous ne parlez que de foot. Et les autres disciplines ?

Je parle de football, mais je peux vous parler aussi de basket, de handball... C’est vrai que la plupart de ceux qui font le basket et le handball sont obligés de s’expatrier pour vendre leur talent. Awa Guèye, la capitaine des « Lionnes », est obligée d’aller en France pour vendre ses talents et faire vivre sa famille, comme du reste les autres basketteurs qui sont expatriés en Espagne ou au Etats-Unis. Tout comme les handballeurs. Pour l’athlétisme aussi, c’est la même chose. J’étais à Delafosse à un moment où le champion d’Afrique du saut en hauteur venait de là-bas. C’était Boubacar Guèye. Quand j’étais en Terminale, il était en seconde ou en troisième et déjà, il faisait du 1,98 m. Même moi, à un moment donné, je sautais bien. J’ai fait 1,90 m aux épreuves physiques du bac. Je pense que nous devons, pour la relance du sport au Sénégal, peut-être pas organiser les états généraux, comme cela s’était fait avec le football. Mais je pense que le ministère des Sports devrait se restructurer et convoquer une grande réunion pour remettre les choses en place. L’athlétisme, par exemple, va connaître des difficultés quand nous perdrons les champions actuels, Ndiss Kaba Badji, Amy Mbacké Thiam qui est sur une pente descendante. Avant eux, nous avons eu de grands champions comme Amadou Gackou, Amadou Dia Bâ, Pape Gallo Thiam, Mansour Dia. Il faut poursuivre des meetings comme celui de Dakar qui va être organisé bientôt. On nous annonce la venue du champion jamaïcain, Usain Bolt.

Ça nous étonnerait fort... C’est le maire de Dakar qui m’en a parlé. Il semble qu’ils font tout pour le faire venir. Il est bon que ces champions viennent au Sénégal. On a beaucoup à gagner en faisant venir ces champions qui sont la vitrine de l’athlétisme mondial. Ce que je prévois donc, c’est que le ministère des Sports organise un grand forum, à l’occasion duquel, tous ce qui pratiquent le sport ou qui dirigent une fédération, se réunissent pour essayer de relancer les disciplines sportives comme le football, le handball, l’athlétisme, le volley ball, le basket, etc. Le basket est en train de revenir. On avait des joueurs comme Abdourahmane Ndiaye, qui est pour moi le meilleur basketteur sénégalais de tous les temps, à côté des Serigne Der, Madiagne Ndiaye, Assane Thiam... C’était la grande équipe du Sénégal, coachée par Busnel Diagne et Mamadou Sow, qui avait battu la Côte d’Ivoire, alors qu’elle était menée de 20 points à 8 minutes de la fin du match. C’était lors des jeux d’Alger en 1978. Dans l’équipe de Côte d’Ivoire, il y avait un certain Alphonse Bilé, actuel secrétaire général de la Fiba Afrique, que j’ai rencontré à Dakar, lors de la dernière coupe d’Afrique de basket, et Dié Drissa qui aimait mettre des paniers à trois paniers. Dans l’équipe du Sénégal, il y avait Serigne Der. On a eu des basketteurs sénégalais qui ont porté les couleurs de la France, Appolo Faye de l’Asfa, Bengali Kaba de l’Asfo. Un jour, l’équipe du Sénégal a battu l’équipe de France où jouait Appolo Faye. Ce dernier avait eu des gestes malheureux au cours du match. Je pense qu’on peut revenir à cette époque glorieuse où le Sénégal avait des talents partout. Pourtant, on n’avait pas beaucoup d’infrastructures. Pour l’athlétisme, il n’y avait que la piste d’Iba Mar Diop. A chaque 4 avril, il y avait un meeting d’athlétisme sous la présidence de Senghor qui avait même composé un poème en l’honneur de Marième Boye qui était sur 400 mètres et Ndew Niang sur 800 mètres, deux athlètes qu’il aimait bien. On n’a plus ce genre d’athlétisme. Il y a aussi ce phénomène des sportifs qui sont nés ou sont originaires des pays sous-développés, qui portent aujourd’hui les couleurs d’autres pays.

Y a-t-il un moyen d’arrêter ce phénomène ?

Cela m’étonnerait. Les gens aussi, on ne peut pas les empêcher de porter les maillots qu’ils veulent. C’est parce qu’ils le font pour des raisons pécuniaires, pour la nécessité de se hisser à un certain standing. Quand tu gagnes un tournoi, tu empoches beaucoup d’argent. On ne peut rien faire, sauf mettre dans la même enveloppe, la même somme et cela m’étonnerait que les pays africains aient ces moyens.

Le Sénégal n’a plus organisé de CAN de foot depuis 1992. Celle de 2016 est à prendre. Il y a des candidatures qui se déposent et les responsables du foot national semblent intéressés. Etes-vous prêt à appuyer la candidature du Sénégal ?

On est prêt pour la bonne et simple raison qu’on a actuellement plus d’arguments que nous n’en avions en 1992. En cette année là, il y avait au maximum trois villes qui pouvaient prétendre abriter des compétitions : Dakar, Ziguinchor et Kaolack. A l’époque, celui qui était chargé de l’organisation, Daouda Faye en l’occurrence, avait choisi Ziguinchor plutôt que Kaolack. Aujourd’hui que 11 stades de régions sont en train d’être réhabilités, chacune de ces villes pourrait abriter un match de football international, voire une partie du tournoi. Thiès peut l’abriter, il ne reste qu’à poser le gazon du stade Lat Dior. Le stade de Mbour est en train d’être retapé. Cette ville pourrait bien abriter une compétition ou un championnat d’Afrique des nations. Tout cela pour dire que nous sommes effectivement prêts à appuyer la candidature du Sénégal.

Le « Dakar » a quitté Dakar depuis deux ans et va vers une troisième édition en Amérique latine. Le regrettez-vous quelque part et est-ce qu’il y a des possibilités de faire revenir le « Dakar » à Dakar ?

Pour être honnête, je ne suis pas trop le sport automobile. Il est évident que le « Dakar » a fait connaître Dakar à beaucoup de gens du monde. Thierry Sabine, l’initiateur, est mort malheureusement dans un accident d’hélicoptère, il y a quelques années. Il a beaucoup fait pour la promotion de cette épreuve. Maintenant, le « Dakar » a connu quelques difficultés avec la rébellion dans des pays comme le Niger, le Mali, la Mauritanie.

Ces difficultés ont contraint les organisateurs à aller courir le « Dakar » ailleurs. Que le « Dakar » revienne en Afrique avec ce que cela pourra nous amener, n’est pas une mauvaise chose. Je vais me renseigner auprès des responsables des sports mécaniques pour recueillir les bonnes informations et voir comment faire revenir le « Dakar » à Dakar. Car les villes qui étaient traversées bénéficiaient du soutien des organisateurs. C’était un bon programme au mois de janvier.

Je me souviens que dans les temps, tout le monde attendait l’arrivée du Paris-Dakar en janvier. Mais, encore une fois, le problème ne se situe pas à Dakar, mais en amont. Il faut régler cela, cependant on ne cracherait pas sur un retour du « Dakar » chez nous.



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