Gout Gout (17 ans), la nouvelle pépite australienne du sprint mondial, va participer à son premier meeting en Europe, mardi à Ostrava (République tchèque). Ses temps, en avance sur un certain Usain Bolt, suscitent une énorme impatience mais aussi des interrogations sur son avènement au plus haut niveau et son évolution physique.
L’Europe va enfin découvrir le phénomène de ses propres yeux. Le sprinteur australien Gout Gout (17 ans) va faire ses grands débuts sur le Vieux Continent mardi lors du meeting d’Ostrava (République tchèque) sur 200m, sa distance de prédilection. Et les attentes seront énormes autour de la nouvelle pépite du sprint mondial, seulement âgée de 17 ans, plus rapide que la légende Usain Bolt à 15 ans (sur 200m), déjà sous contrat avec Nike (contre plus de cinq millions d’euros annuels), et un champion olympique (Noah Lyles) comme partenaire d’entraînement. Les 15.000 places du petit stade Mestsky feront le plein pour découvrir l’Australien, dont les parents ont fui le Soudan du Sud, deux ans avant sa naissance.
"Sur le visuel, on peut le classer dans la catégorie des phénomènes"
Ce périple a d'ailleurs engendré un quiproquo sur l’orthographe et la prononciation de son nom. "Il s'appelle Guot et quand je vois que les gens l'appellent Gout Gout (prononcez Goutte) je ne suis pas vraiment content pour lui", s’est récemment agacé son père dans la presse australienne en déplorant la comparaison avec la maladie de la goutte. A son grand désarroi, le mal semble déjà fait puisque tous les observateurs n’ont que son (mauvais) nom à la bouche devant ses exploits précoces: un 100m en 10’’57 à 14 ans en 2022, un 200m à 20’’87 à 15 ans (record national U18) en avril 2023.
????? L'athlète du futur ? Le jeune sprinteur australien de 16 ans, Gout Gout, a signé un chrono de 20"04 sur 200m, soit un chrono plus rapide que celui d'Usain Bolt au même âge. La veille, il avait déjà brillé sur 100m.https://t.co/RQvwOqVbHppic.twitter.com/AnaXcXrFKX
Ses performances ont, depuis, progressé de manière explosive: un 100m en 10’’29 le 16 mars 2024, puis l’argent aux Mondiaux juniors sur 200m (20’’60) en août 2024, soit un centième de moins qu'Usain Bolt au même âge (15 ans). En décembre, il a même battu le vieux record d’Australie du 200m (il datait des JO de Mexico 1968) en 20’’04. Cet été, il disputera les "vrais" Mondiaux (du 13 au 31 septembre au Japon) où il sera encore la grande attraction. Dans cette optique, il va se frotter à des coureurs bien plus expérimentés à Ostrava, puis Monaco (11 juillet, Ligue de Diamant). Sa première expérience chez les seniors, en mars dernier, s’est soldée par une deuxième place sur 200m (20’’30) derrière Lachlan Kennedy (20’’26, vice-champion du monde du 60m en salle) de la 1ère étape du Continental Tour.
"Il a le pied absolu"
Mardi en République tchèque, tout le monde voudra en savoir plus: est-il ce phénomène tant attendu ou une comète dans cet impitoyable monde du sprint? "Il y a beaucoup d'interrogations derrière un phénomène comme ça", confie Guy Ontanon, entraîneur français. "Sur le visuel que l'on peut voir aujourd'hui, on peut le classer dans la catégorie des phénomènes et il y a aussi ses résultats chronométriques. Sa manière de courir pour son âge est déjà très propre. Je pense qu'il va encore gagner en masse en masse musculaire."
Sa taille (1,79m, contre 1,95m pour Bolt) le différencie des spécialistes du sprint. Mais cela n’empêche pas les inévitables comparaisons avec "La Foudre" en raison de sa précocité et de son talent. "Ça, c’est le jeu des médias", sourit Guy Ontanon. "Nous, en tant qu'entraîneurs, on est beaucoup plus prudents parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je ne sais pas ce qu'il fait réellement à l'entraînement." L’ancien mentor de Jimmy Vicaut, Ronald Pognon ou Muriel Hurtis s’interroge notamment sur la charge de travail nécessaire pour en arriver à ces performances.
"Comment il va gérer les blessures, les échecs qui peuvent se répéter?"
"Si vous me dites qu'il fait 20’’04 sur 200m et 10’’00 sur 100 avec trois ou quatre entraînements par semaine, je dis ‘waouh, ça, ça va être fantastique’. Maintenant, s'il fait la même chose à son âge et qu'il a 10 ou 12 entraînements par semaine, ce n'est plus la même chose. Il faut être prudent, il faut mesurer quelle est sa quantité de travail, quelle est sa charge encaissée. Si on compare les performances brutes, je dis oui, c’est un garçon qui va mériter un suivi et un marquage à la culotte dans les mois et les années qui arrivent. Il y a une forte probabilité que son évolution le rapproche également de chronos assez remarquables."
"Mais l'histoire mondiale du sport est faite de tellement de phénomènes qui n'ont pas forcément été à la hauteur des attentes que je resterai prudent."
Comme une monoplace de Formule 1, le dosage du travail physique sera déterminant pour devenir une référence du gratin mondial. "Aujourd'hui, il a un rapport poids-puissance tout à son avantage", explique Guy Ontanon. "S’il prend 10kg de masse et qu’il n’avance plus derrière, ce n'est plus du tout intéressant." Le mental sera l'autre donnée cruciale. "Comment il va gérer les blessures, les échecs qui peuvent se répéter? Aujourd'hui, il n'est pas totalement dans la cour des grands", rappelle Guy Ontanon.
Même constat chez Renaud Longuèvre, ancien entraîneur de Ladji Doucouré. "Il a l’arme fatale, le pied absolu. Il est très fin et pas du tout développé musculairement", a-t-il récemment constaté dans le Super Moscato Show sur RMC. "Ça fait beaucoup parler dans le milieu. Il a toutes les armes pour faire aussi bien que Bolt mais maintenant, le problème, c’est mentalement. Bolt n’a pas explosé tout de suite, il explosé à Pékin en 2008, il a traversé pendant trois ou quatre ans ce que traversent tous les sprinteurs, des blessures. Est-ce que mentalement, il va être capable de convertir son talent chez les seniors et de traverser les années difficiles? Il en connaîtra comme Bolt en a connues."
A ce titre, Ostrava sera un premier test important. "Je me rappelle des interviews de Bolt qui disait qu'il était mort de trouille avant ses premiers grands championnats", reprend Ontanon. "C'était tout juste s'il avait envie de sortir des vestiaires et aller sur la piste." Pour balayer un peu ce stress, Gout Gout invite les gens à arrêter de la comparer à Bolt. "Je n'aime pas en parler", a-t-il confié au média australien 7.30. "Pour être honnête, je reste simple. Je suis encore un enfant, encore au lycée, donc il ne faut pas trop attendre de moi. Tout le monde prononce mon nom, tout le monde crie mon nom à tue-tête, c'est vraiment génial, c'est quelque chose que peu de gens peuvent vivre. La vie n'est jamais normale, il y a des hauts et des bas, des obstacles, des rochers, du sable, du feu. C'est une chose à laquelle je peux m'habituer et que je peux gérer."
Battu par un professeur de 28 ans lors d’une course à handicap, le 21 avril dernier, il avait accepté cet échec relatif avec une certaine philosophie. "Les gens diront que gagner est une sensation agréable, terminer deuxième est désagréable et terminer troisième encore plus désagréable", a déclaré Gout. "Alors terminer deuxième est une expérience que l'on peut vivre et cela attise ma passion."
Commentaires (3)
Il est surhumain ce gosse
Tsssss raciste
La couleur de la lumière est noire
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