Calendar icon
Saturday 30 August, 2025
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

[Immersion] Des trottoirs à TikTok: Le commerce du sexe prospère et se réinvente à Dakar

Auteur: seneweb News

image

À Dakar, la capitale sénégalaise, la prostitution atteint des proportions alarmantes. À la tombée de la nuit, une réalité parallèle s’éveille. Dans les rues, des femmes, vêtues de tenues provocantes, s’adonnent au commerce du sexe. Pour documenter l’ampleur de ce phénomène, notre équipe s’est immergée dans l’univers nocturne de la route des Almadies, un haut lieu de la prostitution à Dakar. Postées le long des trottoirs, ces femmes échangent leurs services contre de l’argent, dans un ballet qui se répète chaque nuit, de minuit à cinq heures du matin. En marge des normes sociales et des lois, certaines utilisent les réseaux sociaux pour proposer leurs services en ligne. À travers ce reportage, Seneweb explore un quotidien difficile où la survie l’emporte sur les jugements.
Une plongée dans la nuit dakaroise
Peu après minuit, accompagnés d’un guide familier des lieux, nous arpentons les rues de Dakar. La route Ngor-Almadies attire particulièrement notre attention. À cette heure où la ville s’endort, des travailleuses du sexe, vêtues de tenues suggestives – mini-jupes, shorts moulants ou débardeurs scintillants – investissent les trottoirs pour séduire des clients en quête de sensations. Postées près des boîtes de nuit ou aux abords des grandes artères, elles affrontent les risques pour vendre leurs corps contre quelques billets.
Témoignages et négociations sur le terrain
Au fil de notre immersion, nous avons dialogué avec plusieurs travailleuses du sexe, chacune portant une histoire singulière, des méthodes propres et des tarifs variés. Ces échanges révèlent la complexité d’un métier souvent réduit à des stéréotypes, mais profondément ancré dans la précarité sociale et économique.
Une travailleuse originaire de Sierra Leone
Vêtue d’une mini-robe rouge éclatante, une jeune femme d’environ 25 ans nous aborde avec assurance. Elle s’exprime principalement en anglais, maîtrisant quelques mots de wolof. « Beneu coup, c’est 10 000 francs », lance-t-elle d’un ton direct. Elle explique que le tarif pour un rapport sexuel varie entre 10 000 et 25 000 francs CFA, selon les exigences du client. Après une brève négociation, elle accepte de réduire son prix à 10 000 francs. Son attitude professionnelle témoigne d’une certaine expérience. Elle précise qu’elle ne réside pas à Dakar et ne vient que la nuit pour travailler. « I only work at night, I don’t stay here », confie-t-elle avant de s’éloigner pour discuter avec un autre client potentiel.
Une travailleuse sénégalaise anonyme
Rencontrée à Ngor, une jeune femme d’une vingtaine d’années se montre plus réservée. Elle refuse de révéler son identité ou toute information personnelle. Vêtue d’un short moulant et d’un débardeur scintillant, elle s’approche prudemment avant d’entamer la conversation : « Tu veux quoi ? Un coup simple, une fellation ? Dis-moi ce que tu veux. » Après plusieurs échanges, elle propose une prestation complète pour 15 000 francs CFA. Elle mentionne un hôtel proche du marché du jeudi à Ngor, où elle reçoit régulièrement ses clients.
Une travailleuse nigériane
Plus loin, une femme, manifestement originaire du Nigeria, se distingue par son aisance dans les négociations. S’exprimant en anglais avec un accent marqué, elle déclare : « One round is 15 000. No transport included. » Face à notre tentative de négociation, elle résiste dans un premier temps, mais finit par accepter 10 000 francs CFA. Elle demande où la rencontre aura lieu : à l’hôtel ou chez le client. Pour elle, les préférences du client déterminent non seulement le tarif, mais aussi le niveau de risque qu’elle est prête à assumer. Elle insiste sur son indépendance, affirmant travailler seule, sans l’intermédiaire d’un proxénète. Sa démarche rapide et directe révèle une approche presque mécanique, où ce métier n’est qu’un moyen de survie.
Les réseaux sociaux : un espace hors contrôle
Si les trottoirs constituent la vitrine visible de la prostitution, les réseaux sociaux offrent une alternative plus discrète et difficile à réguler. Désormais, les rendez-vous se coordonnent via WhatsApp, Facebook ou TikTok. Les travailleuses du sexe publient des photos provocantes, souvent accompagnées de numéros de téléphone ou d’adresses. Derrière des profils anonymes, elles redoublent de créativité pour attirer les clients.
Nous avons analysé trois publications sur TikTok qui illustrent cette tendance :
Première publication
Un message accompagné de photos suggestives proclame : « Appelle-moi, et vivez des moments intimes inoubliables. » Nous contactons le numéro indiqué pour en savoir plus :
Client : « Bonsoir, j’ai vu ton numéro sur TikTok. Où es-tu ? »
Prostituée : « Je suis au rond-point monument. Viens là-bas, appelle-moi. » 
 
Client : « Quelles sont tes modalités de paiement ? »
Prostituée : « Un coup simple, c’est 10 000 ; complet, c’est 15 000. »
Client : « Quelle est la différence ? » 
Prostituée : « Coup complet = séance + position. 
Coup simple = préservatif et on enchaîne directement. » 
 
Client : « Et pour une nuit entière ? » 
 
Prostituée : « 100 000 francs. » 
 
Client : « C’est cher, fais un geste. » 
 
Prostituée : « On peut en parler sur place. »
L’appel s’interrompt brusquement lorsque la femme entend une autre voix, craignant une intervention des gendarmes : « Monsieur, vous n’êtes pas seul, j’entends une autre voix. J’annule le rendez-vous. » Puis elle raccroche.
Deuxième publication
Une autre publication propose des appels vidéo explicites via WhatsApp : 5 000 francs pour 30 minutes. Après négociation, le tarif est réduit à 3 000 francs. L’échange se conclut par un appel vidéo où la femme exhibe des scènes intimes pour séduire le client, après réception du paiement par transfert d’argent.
Histoires personnelles : au-delà des clichés
Derrière ces transactions se cachent des vies marquées par la précarité et l’abandon. Une étudiante de 22 ans, rencontrée lors de notre enquête, partage son parcours. Après avoir obtenu son bac, elle intègre l’UCAD, mais découvre en première année qu’elle est enceinte. Le père de l’enfant refuse toute responsabilité. Rentrée au Fouta, elle est rejetée par son père, qui l’accuse d’avoir déshonoré la famille. Livrée à elle-même, elle trouve refuge chez une amie et parvient à valider son année universitaire malgré les épreuves.
En deuxième année, avec un bébé à charge et sans soutien financier, elle se tourne vers la prostitution : « Ce n’était pas un choix, mais une nécessité. Chaque nuit, c’est un combat contre la honte, la peur et le regard des autres. Je ne suis pas une fille perdue, mais une mère qui se bat pour la survie de son enfant. » Malgré tout, elle garde espoir : « Un jour, je vais arrêter. Je ne veux pas que ma fille emprunte ce chemin. J’attends une opportunité, je prie pour rencontrer quelqu’un qui comprendra ma situation et m’aidera à sortir de cet enfer. »
Les hommes dans l’équation
Dans ce milieu, les hommes ne sont pas toujours des clients. Certains se font passer pour des soutiens ou des partenaires, profitant de la vulnérabilité des femmes. Sur TikTok, un compte masculin annonce : « Si vous voulez passer un bon moment avec un vrai homme en toute discrétion, appelez-moi. » Le contact bascule rapidement sur WhatsApp pour poursuivre les échanges, une démarche que nous n’avons pas suivie.
Un phénomène en expansion, un danger pour la jeunesse
Le commerce du sexe, qu’il se déroule dans la rue ou en ligne, prend une ampleur inquiétante à Dakar. Cette réalité représente un danger latent, notamment pour la jeunesse, particulièrement active sur les réseaux sociaux. L’exposition à ces pratiques, souvent banalisées sur les plateformes numériques, pourrait engendrer une dérive si des mesures concrètes ne sont pas prises pour enrayer ce phénomène.
Reportage réalisé par Adama Sy, Ndeye Astou Konaté et Modou Diop
Auteur: seneweb News

Commentaires (0)

Participer à la Discussion