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Économie sénégalaise : sortir de la logique victimaire (par Bacary Coly Cissé)

Auteur: Senewebnews

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Économie sénégalaise : sortir de la logique victimaire (par Bacary Coly Cissé)

Le Sénégal vient de lancer son premier APE pour lever 200 milliards afin de faire face aux défis budgétaires en 2026. Il faut dire que la situation des finances publiques du Sénégal est devenue l’un des principaux facteurs d’incertitude politique et stratégique en Afrique de l’Ouest. Le risque d’une tension aiguë sur la trésorerie de l’État dans les prochains mois n’est plus théorique. Les signaux d’alerte – déficit persistant, dette élevée, service de la dette contraignant, refinancement plus coûteux – se rejoignent. Dans ce contexte, la tentation d’incriminer des facteurs extérieurs est forte : resserrement monétaire international, volatilité des marchés, héritage du passé ou responsabilité des bailleurs. Ces éléments existent. Mais ils ne constituent ni la cause première ni l’explication suffisante de la situation actuelle. Les déséquilibres observés sont d’abord le résultat de décisions budgétaires nationales et de choix politiques passés dont les effets apparaissent aujourd’hui.

La suspension du programme de 1,8 milliard de dollars conclu avec le FMI en 2023 n’est pas la conséquence d’un agenda international hostile, mais de « déclarations erronées significatives » des déficits et de la dette publique sur la période 2019–2023. Le Fonds a gelé ses décaissements après la reconnaissance officielle par Dakar de données trompeuses sur le niveau réel d’endettement et sur l’ampleur des déficits, rompant ainsi le lien de confiance au cœur de tout programme. Toute aide du FMI est en effet conditionnée à une gestion financière prudente.

La sanction du FMI est d’abord celle des marchés et des agences de notation, qui intègrent dans leurs calculs le risque élevé associé à des statistiques publiques jugées hasardeuses. Néanmoins, étant donné que ce sont aussi les institutions sénégalaises qui ont révélé cette dette cachée – Cour des comptes, inspections, nouveau gouvernement – et non le FMI, la crédibilité du Sénégal sur les marchés internationaux pourrait être rapidement restaurée une fois cette affaire réglée.

Des partenaires engagés, mais désarmés

Contrairement à un discours de victimisation qui gagne du terrain, notamment ceux qui dénoncent une punition d'une volonté « souverainiste » sénégalaise, plusieurs partenaires ont, ces dernières années, mis sur la table des moyens substantiels pour soutenir le Sénégal. Le FMI a accompagné le pays dès 2020 avec un appui d’urgence d’environ 442 millions de dollars pour faire face à la pandémie de covid -19, puis, en 2023, avec un programme de 36 mois combinant FEC, MEC et Facilité pour la résilience et la durabilité pour un total d’environ 1,51 milliard de dollars. L’Allemagne, la France, l’Union européenne, le Royaume‑Uni et le Canada ont lancé en 2021 un partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) mobilisant 2,7 milliards de dollars de financements nouveaux et additionnels sur 3 à 5 ans pour accompagner la transition énergétique sénégalaise.

Ces instruments ne se sont pas « retournés » contre le Sénégal : ils ont été suspendus ou ralentis lorsque les partenaires ont découvert l’ampleur des incohérences dans les statistiques nationales, rendant tout soutien additionnel politiquement et financièrement risqué. Même en 2025, la direction du FMI réaffirme publiquement son « engagement » auprès du Sénégal, tout en conditionnant un nouveau programme à la clarification complète de la dette cachée et à des réformes crédibles.

Assumer une démarche de responsabilité

La tentation de désigner des boucs émissaires extérieurs – FMI, marchés, partenaires occidentaux – est forte dans un contexte où les sacrifices demandés à la population seront importants. Mais la réalité est moins confortable. Ce sont des décisions souveraines – endettement accéléré, sous‑déclaration des déficits, dépenses non priorisées – qui ont placé le pays en situation de quasi-asphyxie financière. Ce sont les institutions sénégalaises qui ont démontré, preuves à l’appui, que les comptes publics avaient été maquillés pendant plusieurs années.

La sortie de crise passera donc par une lucidité partagée et un effort assumé :

Vérité des comptes et transparence intégrale

Il faut publier dans le détail la structure de la dette (créanciers, maturités, devises, garanties) et les résultats d’audit, et inscrire cette transparence dans la loi. Aussi, il convient de donner à la Cour des comptes et aux organes de contrôle les moyens et l’indépendance nécessaires pour éviter tout retour à la dissimulation.

Ajustement budgétaire ordonné mais ferme

La mise en œuvre du PRES doit s’accompagner d’une protection des dépenses sociales essentielles, tout en réduisant progressivement les subventions généralisées et les projets à faible impact.

L’État doit veiller à améliorer le rendement de l’impôt en élargissant l’assiette et en luttant contre la fraude et la corruption.

Reconstruction de la confiance avec les partenaires

L’État doit reprendre le dialogue avec le FMI et les bailleurs non pas sur un registre de confrontation, mais sur la base de la reconnaissance des erreurs passées et d’engagements chiffrés, vérifiables, de réforme.

Il convient aussi d’utiliser les partenariats existants – programmes du FMI, JETP, financements concessionnels – comme leviers d’appui à une stratégie définie par Dakar, et non comme prétextes à la déresponsabilisation.

Le Sénégal dispose d’atouts stratégiques majeurs : stabilité institutionnelle, capital humain dynamique, potentiel énergétique lié aux projets gaziers et pétroliers, position géographique clé en Afrique de l’Ouest.

Mais aucun atout ne compense durablement un déséquilibre budgétaire prolongé. La situation actuelle n’est ni une fatalité ni un complot. Elle est la conséquence de choix budgétaires nationaux qui ont privilégié la dépense et l’endettement sans consolidation suffisante des recettes.

La véritable souveraineté ne consiste pas à désigner des responsables extérieurs. Elle consiste à reconnaître lucidement ses propres erreurs et à assumer l’effort de redressement. C’est à ce prix que le Sénégal préservera sa crédibilité financière, sa stabilité politique et sa capacité d’action stratégique.

Bacary Coly Cissé

Auteur: Senewebnews
Publié le: Jeudi 26 Février 2026

Commentaires (2)

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    Jaaxle il y a 5 heures
    C'est quand admirable d'arriver à écrire un tel papier en faisant endosser "les erreurs" à l'ensemble de la population, passant ainsi par perte et profit la cleptomanie de l'APR qui nous a plongés, à l'ainsu et du parlement et du grand public, dans ce gouffre.
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    Ouvre les yeux il y a 3 heures
    La logique victimaire c'est tellement ancré sur ce continent dans absolument tous les domaines qu'en sortir est impossible. Toujours la faute des autres, toujours un bouc émissaire, toujours à chercher un ennemi extérieur, une ethnie coupable, etc... Imaginez dans le reste du monde que des pays comme le Japon et les USA sont alliés malgré deux bombes atomiques. Ou encore qu'on parle d'amitié franco-allemande après des millions de morts, l'occupation et des destructions massives avec des villes des régions sans un seul bâtiment debout ou aujourd'hui l'Irak et l'Iran.

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