Franc CFA, le Sénégal entre rejet et émancipation monétair [Par Par Sissoko Moussa]
Dans les rues de la capitale sénégalaise, Dakar, la question monétaire n'est plus un débat réservé aux économistes. À la faveur des récentes déclarations gouvernementales et d'un contexte régional en mutation, les Dakarois s'emparent du sujet avec une conviction croissante. Un micro-trottoir révèle des citoyens informés, critiques et partagés entre l'urgence de rompre avec le franc CFA et la prudence stratégique, mais unis par un même objectif : affranchir le Sénégal de toute tutelle financière étrangère.
Les témoignages recueillis dressent un réquisitoire sans appel contre la monnaie héritée de la période coloniale. « Pour moi, je crois que le Sénégal doit vraiment chercher des moyens de quitter la zone CFA. Parce que déjà, c'est une monnaie qui n'est pas compétitive et qui n'est pas rentable pour nous, si nous voulons vraiment tendre vers la souveraineté », affirme un Dakarois interrogé. Ce sentiment est largement partagé : le franc CFA est perçu comme le symbole d'une dépendance économique inacceptable, un frein structurel au développement. « Il ne faut pas dépendre économiquement d'une puissance ou d'une autre. C'est quelque chose que nous avons vécu jusque-là. C'est du passé », insiste un autre résident, pour qui la possession d'une monnaie nationale est un marqueur de souveraineté et d'ambition, à l'image des « grands pays de ce monde ».
Si la sortie du CFA semble faire consensus sur le principe, l'alternative à lui opposer divise. Le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l'ECO, promu comme une réforme, est accueilli avec une franche méfiance. Pour de nombreux Sénégalais, il ne s'agit que d'une manœuvre de continuité déguisée. « Pour moi, l’ECO c'est une continuité du CFA », lance un interlocuteur, résumant une crainte répandue : celle de voir se perpétuer, sous un nouveau nom, les mécanismes de dépendance qui lient la monnaie au Trésor français, notamment la garantie de convertibilité et le dépôt d'une partie des réserves à la Banque de France.
Cette perception renforce l'idée que seul un retrait complet et la création d'une monnaie purement sénégalaise ou au moins régionale mais réellement indépendante, peuvent briser le lien néocolonial.
Face à cette volonté d'émancipation immédiate, un autre son de cloche appelle à la prudence et à l'unité régionale. « Je préfère que nous retirions le système CFA, mais en bloc. Pas d'une manière séparée. Il faut qu'on se regroupe », prévient un citoyen. Cette voix reflète les craintes liées à une sortie unilatérale : isolement économique, attaques spéculatives contre une nouvelle monnaie fragile et perte d'accès à un marché monétaire régional intégré. Elle souligne le dilemme stratégique auquel font face les autorités sénégalaises : agir seul au nom de la souveraineté nationale, ou avancer de concert avec les pays frères de l'Afrique de l'Ouest pour négocier une rupture collective et créer une alternative viable.
Les partisans d'une monnaie propre voient bien au-delà du symbole politique. Ils y perçoivent le levier indispensable pour un décollage économique authentique. Une monnaie nationale donnerait à Dakar le contrôle total de sa politique monétaire : la capacité d'adapter les taux d'intérêt aux réalités locales, de piloter le taux de change pour favoriser les exportations, et de financer des projets stratégiques sans contrainte extérieure. « Ça serait une très bonne chose qu'on dispose de notre propre monnaie [...] Nous aussi, on est ambitieux », proclame un Sénégalais, résumant l'espoir placé dans cet instrument de souveraineté. Il s'agit ni plus ni moins de reprendre en main les rênes du développement, de substituer à une logique de dépendance et de restriction une logique de souveraineté et de projection.
Alors que le gouvernement d'Ousmane Sonko, auquel de nombreux citoyens disent « faire confiance » sur ce dossier, affiche sa détermination à tourner la page du CFA, le débat public sénégalais est lancé. Il transcende la simple technique économique pour toucher à l'identité nationale, à la dignité retrouvée et à la vision de l'avenir. La rue dakaroise, elle, a déjà tranché sur le fond : l'ère du franc CFA est révolue. Reste à trouver le chemin, solitaire ou solidaire, vers une monnaie qui soit enfin sénégalaise.
Commentaires (6)
Chaque fois qu'on veut bouger, il y a tout une cohorte de faux intellectuels qui se précipitent pur dire: ''Attention! Attention! L'inflation! Attention! Attention! L'instabilité monétaire...'' Or, quelle est l''entreprise humaine dans ce monde qui n'a pas de cout, qui ne comporte aucun risque?
ATTENDRE QUE ''LES CONDITIONS IDÉALES'' (PAR EXEMPLE UN MONDE SANS INFLATION ET SANS RISQUE D'INSTABILITÉ MONÉTAIRE) SOIENT CRÉÉES POUR AVOIR NOTRE PROPRE MONNAIE, C'EST TOUT SIMPLEMENT REMETTRE AUX CALENDES GRECQUES NOTRE SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE. CELA FAIT 65 ANS QUE NOUS DÉBATTONS, TERGIVERSONS, ORGANISONS CONFÉRENCES SUR CONFÉRENCES, COLLOQUES SUR COLLOQUES, ÉCRIVONS DES CENTAINES DE LIVRES, DES MILLIERS D'ARTICLES SANS AVANCER.
DES ''EXPERTS'' FRILEUX CONTINUENT TOUJOURS A NOUS DIRE QUE LE MOMENT N'EST PAS VENU. QUAND DONC LE MOMENT VA-IL VENIR, ET LE MOMENT VIENDRA-T-IL DE LUI-MÊME SI NOUS N'OSONS RIEN FAIRE? POURQUOI LE MOMENT EST-IL VENU POUR CES CENTAINES D'AUTRES PAYS DANS LE MONDE QUI ONT LEUR PROPRE MONNAIE MAIS JAMAIS POUR NOUS? QUAND SERONS-NOUS PRÊTS? DANS ENCORE 100 ANS?
De toutes les façons il est clair pour tout le monde que nous ne pouvons rester dans le franc CFA et espérer nous développer. La preuve en est que ça fait plus de 60 ans, plus de 80 ans même, que nous sommes dans le franc CFA et que nous demeurons dans l'impasse. Or, quand on a essayé quelque chose pendant 60 ans, 80 ans, et que ça ne marche pas, n'est-il pas temps de se poser des questions et de tenter autre chose ? Pourquoi rempiler pour 80 autres années, 100 autres années, avec le même système dont on voit bien qu'il a échoué? Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets et comme disait Einstein, « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».
Ça n'a pas marché. Ça ne marchera jamais et on nous dit qu'il faut pourtant rester encore dans le CFA et encor, et encore... Pour combien de temps encore? Pour 100 autres années? Rester dans le franc CFA n'engendrera jamais que la misère et le sous-développement. Nous pourrons bien sur, comme Sisyphe, continuer à pousser notre pierre au sommet de la montagne. Elle dégringolera toujours et il nous faudra aller la rechercher au pied de la montagne. Indéfiniment. C'est cela la définition même de l'absurde.
Le groupe pétro-gazier joue gros. TotalEnergies est l’opérateur et le premier actionnaire (à hauteur de 26,5 %, aux côtés d’investisseurs asiatiques et mozambicains) de ce projet à 20 milliards de dollars, l’un des plus grands investissements privés jamais réalisés en Afrique. Mozambique LNG prévoit d’exploiter les gigantesques ressources gazières découvertes il y a une quinzaine d’années au large des côtes mozambicaines. Deux unités de liquéfaction doivent
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