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Touche pas à leurs défauts!

Auteur: Amadou Gueye Ngom

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Mon cadet de référence, de surcroit éditeur, me confiait avec dépit:

-” Au Sénégal  dire à un écrivain que son livre  ou manuscrit n‘est pas bon, équivaut à se faire haïr à mort par l’auteur, détester à vie par sa femme et s’entendre souhaiter de crever la gueule ouverte par leurs enfants, la belle mère, l’oncle, le neveu et la bonne..

La susceptibilité empêche d’accueillir une critique, même négative, comme la pluie qui fait germer les bonnes pousses que l’on sépare de l‘ivraie.

L’agriculteur doué de bon sens arrache les mauvaises herbes qui menacent sa récolte.

A quoi sert-il  de lui  reprocher ou de le critiquer de n’en plus éprouver le besoin ?

Chacun s’incarcère ou se libère tout seul de ses inconsciences. N’est-ce pas vanité de se croire investi d’une mission salvatrice ? Pourquoi, devrais-je  me donner l’illusion d’une intelligence qui confèrerait le droit à la critique?  L’individu sera toujours contaminé par son environnement. Un peuple ne change pas ; il évolue autrement. Les « Esquisses sénégalaises », écrites par l’Abbé Boilat, depuis 1854, en offrent des exemples saisissants par leur contemporanéité.

A écrire pour écrire, je choisis  désormais la fiction, tout en étant conscient qu’elle ne sera jamais ex nihilo, entendu que toute œuvre de création est miroir d’une société.

La Nouvelle que vous allez lire est extraite du  recueil «Coups d’ dard»,  fruits de mon imagination. On peut ne pas aimer mais personne ne prendra la mouche ennuyeuse pour une abeille qui pique.

 

L’histoire se passe en haute mer

Presque trois longues semaines à scruter l’horizon, à attendre le signal des mouettes et autres oiseaux pêcheurs, à épier, au fil de l’eau, l’éclair d’un requin chasseur. Soudain, à l’aube du vingt-unième jour, Pierre Toubab, Patron-de-Pêche aperçoit  un banc de poissons. Véritable ballet de mer: mérous, daurades, brochets. Tout ce qu’il ya de plus recherché…

- “les filets! Ordonne t-il aussitôt à ses Noirs

Lui répond un retentissant «Ayaalal Salat» qui le fait sursauter…Le muezzin de bord, à la prière du matin, appelle ses coreligionnaires qui sortent des soutes, des cabines, selon leur grade et déplient…les nattes.

-Les filets…! Ai-je dit!

-Ayaalal Salat, Ayaalal Falah…

Pierre-Toubab, pur Blanc d’Outre Mer, sur le champ, devient mauve.

- M’enfin, qu’est-ce que vous attendez ? Bon sang!

- L’heure d’Allah, répond tranquillement le muezzin.

Pierre-Patron-de Pêche tape du pied, hurle, menace, tempête…Les gars en ont vu d’autres et même des tempêtes de Dieu. Ils terminent paisiblement leur prière, égrène le chapelet, replient les nattes et courent chercher les filets…

Là-bas, le banc de poissons s’éloigne en rendant grâce au ciel avec  des coups de queue d’allégresse.

A partir de ce jour, aux Moussa, Djibril, Mellick et Consorts, Monsieur Pierre ne  recrutait plus que des Biroukhar, Kiwi, Pinton et Zembla mais fut foudroyé par le regard d’une baleine aux yeux bleus que venaient de lui pêcher ses nouvelles recrues.

Moralité?  C’est selon l’entendement…

Amadou Gueye Ngom

Nouvelliste

 

PS:

La religion attendue comme un traitement définitif  sert bien plus souvent de pansement adhésif qu’on applique, renouvelle et arrache selon l’état de la plaie.

Auteur: Amadou Gueye Ngom
Publié le: Lundi 12 Octobre 2009

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